gruyeresuisse

23/06/2018

Ryan Mc Ginley : miroirs, (beaux ?) miroirs

Mc Ginley 3.jpgDepuis trois ans Ryan MGinley travaille avec des miroirs en s’inspirant de d’instructions proposées par Miranda July, Sol Lewitt, Rob Pruitt et Yoko Ono. Mais il prolonge ce travail, avec sa série « Mirror, Mirror », en donnant accès aux regardeurs à des espaces privés qu’il avait déjà explorés au début des années 2000 avec des déclassés ethniques de New York.

Mc Ginley.jpgPour ce nouveau projet il a donné à chaque participant un appareil photo, un ensemble d’instructions, cinq rouleaux de film 35 mn. et vingt miroirs à installer dans leur propre maison. Les rouleaux devaient être renvoyés à l’artiste qui a choisi une seule image pour chaque volontaire. Le résultat prouve qu’un appareil photo fonctionne comme un objet intrusif de médiation. Les self portraits offrent non seulement des informations sur l’intimité des « actants » mais sur leur état émotionnel et d’esprit lorsqu’ils présentent leur propre « idéalisation» physique.

Mc Ginley 2.jpgSe distinguent les choix de la partie du corps qu’ils mettent en exergue mais aussi quelle idée d’eux-mêmes chaque agencement traduit. Beaucoup (surtout parmi les plus jeunes d’un panel qui traverse les âges de 19 à 87 ans) ont travaillé de manière instinctive et ludique. D’autres ont beaucoup plus réfléchi à leur mise en scène. Certains se prennent pour des stars, d’autres s’amusent. Mais la galerie est plus signifiante qu’il n’y paraît. Et non seulement sur l’auto-représentation de soi. Les postulants tendent un miroir dans lequel chacun peut se retrouver – et le plus souvent comme nous n’oserions jamais nous montrer.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Percorpsions » d’Anne Sylvie Henchoz

Henchoz 2.jpgAnne Sylvie Henchoz , « Don’t forget to touch me », TSAR Editions, Vevey, 2018.

Ce livre scénarisé habilement par Marietta Eugster rassemble une suite d’invitations et de scénarios pour de futures performances. Celle qui donne le titre du livre est elle-même un corpus de corps pour des pièces chorégraphiées. Danseurs et musiciens en sont les instruments de percussion puisqu’ils utilisent les corps des uns et des autres afin de produire des rythmes aux sonorités dures ou douces créées par la chair ou les os. L’ensemble devient une forme de cérémonial sonore et optique.

Henchoz.pngAnne-Sylvie Henchoz crée un body-art d’une nouvelle facture : le corps n’est plus seulement objet mais sujet. Il trouve dans un tel rituel une forme d’accomplissement quasi spirituel. Se créent des variations autour d'un thème pictural et sonore qui se développent entre continuité et variation. Par ce jeu physique le "réalisme" se transforme en un univers fabuleux. Il s'ouvre même jusque dans son "épaisseur" à une fonction onirique afin d'atteindre la musique des éthers. Elle donne une éternité provisoire à la langue plastique en court-circuitant les chemins habituels de l'instrumentation.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/06/2018

Johanna Simon-Deblon : autoportraits (enfin presque)

johanna-simon-deblon.jpg

 

Photographe de mode indépendante, Johanna Simon-Deblon poursuit en parallèle des séries plus intimes. « 13 » en fait partie et se compose en majorité d’autoportraits d’un genre particulier car partiellement cachés : l’identité et la féminité y sont interrogées dans le passage de l’adolescence vers l’âge adulte.

 

 

 

 

 

johanna-simon-deblon 2.jpgL’artiste propose pour suggérer l’ambiguïté et l’incertitude de l’accession à soi une symbolique (fleur/femme, images claires / images sombres) où tout s’organise entre tension et douceur. Existent à la fois humour et gravité, légèreté et profondeur.

 

 

johanna-simon-deblon 3.jpgDans la suite de la série « Split » ; « 13 » prolonge le jeu entre ce qui se donne et ce qui demeure caché. L’autofiction prend l’aspect du dédoublement de la propre image de l’artiste. Preuve que le « je » peut-être aussi un autre. Fixant l’intime de la post puberté l’artiste joue aussi sur le passage des saisons afin de renouer avec la question du cycle féminin - visualisé parfois sous l’angle du sang ou de sa couleur qui tranche sur une pâleur habilement programmée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Johanna Simon-Deblon, Abbaye de Tonnerre, du 22 juin au 30 juillet 2018.