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23/02/2018

Peter Wuettrich : la passion de ce que le livre ignore

Wuettrich.jpgIl n’existe plus chez Peter Wuettrich d’un côté l’esprit ou l’âme et de l’autre côté le corps des signes et des mots. Face à cette dualité spécieuse l’artiste propose la souplesse, une parure d’espace plus qu’une mentalisation. Tout ce qui devient langage change de registre et quasiment de statut. Le l ivre fait masse en devenant image. Et en conséquence c’est elle qui fait signe.

Wuettrich 2.jpgL'artiste propose tout un dressage monumental des figures. Leur attraction suffit. Emane une émotion étrange. Quelque chose d’éperdu et d’aérien s’élève. Le dire ne peut encercler l’état de voir. Et si une image vaut mille mots, celles de l’artiste bernois en valent des millions. Si bien que le livre apparemment relégué à l’état d’objet trouve une nouvelle signifiance.

Wuettrich 3.jpgDès lors plutôt qu’écrire des livres - "c’est une maladie que menace la folie" disait Ovide - Wuettrich préfère une autre relation d’échange avec le « lecteur ». Le livre devient corps qui n’est plus affecté par lui même mais par ses ensembles. Et soudain le regard subit la passion de ce qu’il ignore encore.

Jean-Paul Gavard-Perret .

"ANDERS",Kunstverein Bremerhaven, Karlsburg, à partir du 16 janvier au 4mars 2018.

 

09:00 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

22/02/2018

Du dévoilement à l’hypnose – Mona Kuhn

Kunh 2.jpgMona Kuhn, dans série "Bushes and Succulents", alterne des photos de coraux et de femmes nues. L'objectif : souligner la perfection des lignes et créer au-delà de l'apparence "réaliste" de véritables visions du merveilleux. La photographe reprend la problématique Georgia O'Keefe et ses peintures florales. Sa série devient une célébration particulière du féminin en le poussant sinon vers l'abstraction du moins la métaphore.

Kunh 3.jpgLes nus proprement dits, dans leurs traitements techniques métalliques, rappellent les expérimentations d'un Man Ray et représentent selon l'artiste une réponse à certains courants féministes. Il en va de même avec les coraux. Ils offrent à l'intimité un biais astucieux à ce que la chair ne pourrait suggérer. Le saut dans l'éros prend par voie de conséquence une dimension poétique. La vulve y apparaît loin de la chair. Mais cette distance n'a rien d'un mouvement de recul et d'anachorèse. Elle fait le jeu de la proximité. Le sexe y devient un corps imagé et invaginé par illusion d'optique..

Kunh 1.jpgLe sexe féminin vu de près n'est donc jamais offert tel quel mais "re-présenté" afin de dépasser les limites libidinales ou les désynchroniser de leur objet. Le corail porte donc secours au féminin afin que le plaisir visuel se détache du désir. Se produit une "déformation" insoluble au fantasme. Elle permet une émotion plus sophistiquée. Et la femme acquiert une autre beauté : celle d'un mystère hypnotique. Sa nudité devient princeps : elle est moins sexuelle que génésique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stesuko Nagasawa : émotion et brutalisme

Nagasawa bon.jpgStesuko Nagasawa, « céramique et papier », Galerie Marianne Brand, Carouge, du 3 au 24 mars 2018.

Les dessins et céramiques de Stesuko Nagasawaka tiennent le regardeur sous leur emprise par une force première à la fois tellurique et ailée. Le géométrisme minimalisme est trompeur. il crée une architecture de l’émotion la plus profonde. Chaque « objet » dépouillé de tout aspect décoratif ou ostentatoire devient un écrin à hantise. Il remplit sa fonction de lieu et présence poétiques par la « sur-vivance » qui émerge de la matière. Entre latence et puissance, une véritable présence physique tient par ce qui est moins un négatif des formes que leur condition première. Elle est façonnée par le ciel nocturne des mains de l’artiste : l’horizontalité se transforme en verticalité et des rondeurs deviennent le ventre de la terre.

Nagaqawa 3.jpgStesuko Nagasawaka ramène la céramique à un point d’origine pour y fabriquer une nouvelle histoire des formes. La sculpture se perçoit non seulement par ses contours mais par une qualité physique dont la tridimensionnalité se rapproche de la perfection de l’épure. Cette simplicité possède une portée infinie et d’infini. L’artiste qui enseigne la céramique à l’HEEA et qui se bat pour qu’un tel enseignement perdure trouve dans sa double éducation, japonaise et européenne, un moyen de relier l’art traditionnel aux expérimentations les plus contemporaines.

Nagasawa.jpgSurgit dès lors de la terre modelée une sculpture qui refuse de séduire par l’anecdote visuelle pour mieux signifier. Mais une fascination opère. Stesuko Nagasawa crée des pièces qui se gravent dans l’esprit. Il trouve en elles un secret et un mystère là où réside la seule condition indispensable pour que s’éprouve une vérité première. Elle illustre combien la céramique demeure un porte empreinte premier. Elle est aussi le médium essentiel qui recèle autant d’âme que de «corps ».

Jean-Paul Gavard-Perret