gruyeresuisse

09/01/2015

Les cérémonies blanches de Patricia Glave

 

 

 

 

 

Glave 2.jpgPatricia Glave offre une série d’images christiques. Elles renvoient toutefois  plus aux images de la mère qu’à celles des pères créateurs. C’est dans les formes rondes que se cercle l’humanité sans pour autant que la figuration humaine préside à la destinée de son travail. La bâloise installée à Lausanne n’a pas pour l’homme les yeux de Chimène. Et dans une certaine froideur le désastre du monde reste évoqué loin de tout pathos. Souvent par la blancheur de ses images l’artiste tente de le laver à grande eau en jouant sur la finesse allusive. L’œuvre est subtile, de son mouvement à la fois étouffant et léger surgit un culte particulier. Il porte sur la nuit (supposée) de la féminité une étrange lumière froide mais pénétrante  qui donne  à chaque image sa vibration. Patricia Glave atteint une intensité de création qui précéderait l'aurore du langage, comme si le rond (même chargé d’épines)  pouvait enfin échapper à la prise. Ne jouant jamais  l'enchanteresse en sa  théâtralité de sortilèges infimes la créatrice installe un univers neuf en revisitant des symboles. Celui-là finit par imposer en son horizon mystérieux et sidère. Il fait basculer les hagiographies votives en brisant les ascensions surfaites par une simplicité magnétique et un profond amour de la vie mais qui rappellent ce qui vient la tuer. Apparaissent aussi une intimité touchante  et  la raillerie profonde d'un monde que l’artiste traite à coup de "vanitatum vanitatis" dont elle multiplie les échos. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/01/2015

Pyronautes à Saint-Gall

 

 

ISchumacher.jpgwan Schumacher, Tout feu tout flamme,  Production/Distribution Schumacher & Frey, Zürich

 

Iwan Schumacher  à coté de son travail de critique et d’enseignant sur le monde de la photographie est  chef opérateur, scénariste et réalisateur.  D’abord membre de Nemo Film AG. Il crée en 2000 la société Schumacher & Frey GmbH. Il produit entre autre pour la SF DRS, l’émission hebdomadaire  « C’est la vie » et une série de films sur l’art dont  « Urs Fischer » (2010) « Markus Raetz » (2007). Avec  « Tout Feu, Tout Flamme »  il aborde la fonderie d’art de Saint-Gall. Le réalisateur montre le lien que des artistes tels que Urs Fischer, Katharina Fritsch, Fischli/Weiss, Paul McCarthy ou Hans Josephsohn cultivent une admiration sans borne à Felix Lehner, fondateur charismatique de l’entreprise. C’est d’ailleurs fasciné par le travail de  Josephsohn que le futur maître des forges - après son apprentissage de libraire -  décide de devenir fondeur. En 1983, il ouvre sa fonderie d’art à Beinwil am See puis, en 1994, déménage à Saint-Gall. Il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise de plus de quarante personnes et possède une succursale à Shanghai. La notoriété est donc internationale et les plus grands artistes trouvent là des techniciens capables de fondre divers métaux.

 

Schumacher 2.jpgLa vue du métal en fusion est toujours aussi étonnante et le film le prouve. Les « pyronautes » de Saint-Gall créent des agrégations commentées ici par la force du discours et des images. La spécificité des deux sites est révélée et devient une opportunité de révéler des occurrences différentes du dispositif de fusion  où se manifestent les écarts de confrontation et de perception. Du noyau générateur d’énergie et de lumière (le feu), aux nœuds et entrelacs de la matière une entropie a lieu  dans une alchimie tellurique. Dégradations, délitements, attaques – bref tous les stigmates de l’usure et du vieillissement – prennent un autre sens par la magie de la métamorphose du feu et sa maîtrise. Une nouvelle fois - outil de pensée et outil de travail - l’ignition nécessaire au travail de fonderie exhibe, dévoile les états successifs et fulgurants. La perspective offerte devient ici un ensemble proche à la fois de l’éphémère et de la puissance venant lécher d’étincelles les murs de lieux soudain réanimés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

07/01/2015

Fabien Claude et la fable du lieu

 

 

Claude bon.jpgAvec Fabien Claude la peinture est tout et aussi son absence. Sa surface – comme celle des mots – est toujours à creuser pour d’autres résonnances d’abîmes sans fond où masculin et féminin se confondent. Chaque œuvre est une porte sans ouverture en un mur invisible. Mais face à ce qui se dérobe reste la fable du lieu à construire puisque « rien ne sera donné que le lieu » (Mallarmé). Reste donc à la peinture la - et non sa – vanité par où tout passe et ne passe pas. Car il y a les trous dans « tout ce qui reste » cher à Beckett. ? De la  ténèbre surgit ainsi la lumière. Tenèbre de l’Histoire et ce l’être sur laquelle la clarté se pose comme un espoir par effet de peau fuyante à mesure que la peinture avance dans l’obscur sans savoir où elle va et ce qu’elle peut retenir au milieu de la ruine.

 

claude 2.jpgLa peinture donc comme sinon le meilleur des biens en tout cas pas le pire puisqu’elle peut parler plus haut que ce que les mots peuvent dire. La peinture ou comme l’écrit Fabien Claude la « parole allusive » fidèle à la nuit de l’être. Mais refondant à travers elle une étrange clarté dans la profondeur du noir. Celle du désir sans doute. Donc celle du partage. Si proche, si loin que dévoilent les ombres fantomales « sur la trace d’autre chose », vivantes, fracturées mais vivantes au-delà des cadavres du corps et de l’esprit. Surgit un temps spasmodique dans l’émiettement qui devient la vocalise d’un espace soufflé où le langage  se récrit  à partir de son néant, rouvre  la scène et fait parler les êtres. Voir ici tout en langage comme le boucher  voit tout en viande par les coups adressés à l’espace contre le leitmotiv du retour de l’Histoire bégayante. Fabien Claude organise pour cela des phases mentales, des rapides, des gouffres contre la mort et ses forces : capture et ouverture pour que la vie se communique enfin.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

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