gruyeresuisse

06/06/2014

Alice Pauli ou le bon génie de Jaume Plensa

 

 

 

Plensa 4.jpgOn naît galeriste autant qu’on le devient. Il faut en effet des prédispositions au métier de passeur mais aussi un travail qui aiguise la recherche et l’imaginaire afin d’anticiper les formes à venir et ne pas traîner à la queue de ce qui s’est fait avant. Alice Pauli a toujours su trouver croiser son imaginaire avec celui d’artistes qui cherchent moins l’inattendu qu’une harmonie inédite dans la force de matières et selon de nouvelles combinaisons parfois chimiques mais surtout mentales. La galeriste de Lausanne est devenue l’agitatrice de bien des œuvres avant que d’autres s’en servent. Giacometti hier, Jaume Plensa aujourd’hui qu’elle sut attirer dans sa galerie à un moment charnière de leur œuvre : elle sortait d’une modalité de tâtonnement pour rentrer dans une affirmation déjà conséquente et pleine.

 

 

 

Plensa 3.jpgSans la galeriste lausannoise Jaume Plensa ne serait jamais devenu le créateur qui se retrouve au firmament de l’art international. Né en 1955 à Barcelone Plensa y vit et travaille après de longs séjours dans divers lieux européens. Il s’est rendu célèbre dès le début des années 1980 par de grandes formes simples en fonte ainsi que d’immenses tableaux conçus par une hybridation de matières. Ce sont en particulier ces œuvres qu'Alice Pauli mit en exergue. Grâce à ses collectionneurs et clients Plensa se fit un nom. Il abandonna un temps la figuration, à laquelle il revint pour une œuvre monumentale dont ses sculptures de la place Masséna de Nice ou encore ce qu'il présente à Chicago cet été. Alice Pauli et ses collaborateurs ont compris avant les autres qu’une telle création  devenait la réponse à une exigence irrépressible. Plensa trouvait déjà lorsque la galeriste « l’inventa »  de nouvelles combinaisons que ses prédécesseurs cherchaient mais ne parvinrent pas à produire. Il reste le créateur d’une beauté aussi originale qu'engagée et qui constitue l'essence de son art de comme de celui que défend la galerie de Lausanne.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

11:25 Publié dans Images, Monde, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

04/06/2014

Tonatiuh Ambrosetti et les montagnes magiques

 

 

 

 

 

Tonatiuh.jpgS’emparant d’un média qui est par essence celui de la représentation le Lausannois Tonatiuh Ambrosetti propose un procès de la figuration dont la piste ne passe pas par des détournements plus ou moins sommaires et faciles. Son hors-piste se situe par le propos lui-même là où pourtant tout semble « en place ». L’artiste dans son travail de pure création personnelle (il est aussi photographe institutionnel)  interroge le sens des plis du paysage comme de ses plans d’ensemble pour en suggérer quelque chose de cosmique et souvent inquiétant. Le paysage (qu’il soit ou non saccagé par l’intervention humaine) devient apocalyptique  et semble dépasser la dimension terrestre.

 

 

 

Il est autant celui du rêve qu’un point de chute des magmas. Bouleversements de formes : séracs, glissements créent des dérives, des parcours sinueux et des recouvrements face auxquels l’être demeure impuissant. Il ne pourra jamais retenir la force tellurique et atmosphérique des éléments. Entre désert de sable et neige l’avance est inexorable. Ciel et terre ont unis dans le nouveau monde où le chaos est suggéré non sans un certain sens du rite qui tient plus du recueillement que du lyrisme.

 

 Tonatiuh 2.jpg

 

Dès lors la photographie devient affaire non seulement de surface mais aussi d’âme. Cette dernière sait que le corps du monde ne lui appartient pas et la confronte à un absolu irrévocable que le roc et le sable, les nuages et les orages suggèrent et sollicitent par leur force insurmontable. Ne cherchant pas une harmonie imitative Tonatiuh Ambrosetti étreint cet univers dans une poétique de l’espace  qui provoque élan, fascination et angoisse. La splendide indifférence du monde est là dans un silence de cathédrale immense. Quoique « pelliculaire » la photographie est donc l’empreinte d’une densité élémentaire qui unit le mental et l’organique et fonde l’acte plastique sur leur union cosmique. En ce sens la photographie devient un acte sacré puisqu’elle métamorphose le paysage en cérémonie où la liturgie des formes s’ouvre à des fantaisies minérales.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

19:32 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Vidéos-ouvertures de Marion Tampon-Lajarriette

 

 

Tampon.jpgMarion Tampon-Lajarriette, « La passerelle », CRAC Alsace du 19 juin au 21 septembre, « The Clock Analogy », Fonderie Kugler du 6 au 22 juin

 

 

 

 

 

Marion Tampon-Lajarriette dans ses vidéos se fait  l'ordonnatrice d’un statisme qu’elle retient mais en insistant sur quelques indications, repères, points de naissances. Dans le noir et blanc ou la couleur surgit néanmoins une dynamique faite d’attentes. D’où l’interrogation que provoquent de telles vidéos : jusqu'où aller dans l’épure pour glisser du clos à l'ouvert?  A travers chacune d’elle l’artiste invente une forme serrée qui insère des films apparemment disparates dans une continuité moins de “ sujet ” que de plusieurs naissances qui contiennent des abandons.

 

 

 

Tampon 2.jpgIl existe toujours dans de telles vidéos une vocation à la synthèse mais avec la marque de la lucidité qui ne se satisfait pas d’elle-même. Elle sait inventer une poésie par la force plastique des images. Tout s’y passe comme à l’extrême d’un soupir visuel par effet de douceur qui fascine et de simplicité. Là où l’image semble sur le point de disparaître elle sort du chaos. Surgit en incidence  l’arrière pays des songes et voix lactée des mémoires : l’être s’y promet son espace puisque l’artiste offre au « temps à l’état pur »  (Proust). Le bleu ouvre  le ciel  blanc afin qu’il escalade lui-même les faiblesses du vent. L’image et son atmosphère ne forment qu’un seul souterrain invisible : Il annonce la soudure de l’ailleurs et de l’ici, du provisoire et  de l’absolu.

 

 

 

J-P Gavard-Perret