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05/03/2014

Albertine et les fantômes

 

 

 

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Albertine, « Mise enscène » du 15 mars au 5 avril, Atelier Galerie Maya Guidi, Carouge, « Lupanar », Editions Humus, Lausanne.

 

 

 

Dessiner sert à consoler de l’inutilité de l’image. Il suffit de s’accouder à une table puis de couler dans des exercices d’imbécilité afin de coudre l’endroit à l’envers comme  le fait Albertine dont l’œuvre est un délice - parfois tendre mais parfois sulfureux. Tout reste néanmoins sur le registre de l’humour et de le retenue : la nudité y est une chemise qu’on repasse (jusqu’à à ses poches secrètes) pour qu’on n’ait pas à regarder (pour les coincés) avec des pincettes ou en voyeur comme les ruminants regardent passer les trains d’enfer.

 

 

 

albertine 1.jpgChez Albertine le dessin fait et défait nos marionnettes et que le soleil hésite ou que le café se renverse importe peu. Nous sommes avec l’artiste de Dardagny des Jésus tombés de leur croix ou des Marie-Madeleine près aux derniers outrages. L’éternité se transforme en instant. C’est un spectacle qui ne cesse de se détruire en tant que spectacle. Il appelle le rideau. Mais il arrive qu’on y grimpe.  D’autant que l’artiste ne cesse d’habiller l’espoir  par ses strip-teases où des étoiles inattendues se voient là où s’ouvrent une grande verrière et une porte-jarretelle. On éprouve un vrai plaisir de sybarite à se laisser troubler par ce qui se passe plus à l’intérieur de l’image que par ce qu’offre hors champ le paysage.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

Elisabeth Beurret : alchimie de la nature, texture de l’image

 

 

 beurret.pngElisabteth Beurret, « Dracaena », Galerie Kaminska et Stocker, Yverdon, Mars-Avril 2014

 

 

 

 

 

Elisabeth Beurret est à la recherche d’une alchimie de la nature et du point de vue qu’on porte sur elle.  Ce qu’elle observe elle le transforme en une sorte de journal de bord  ponctuée de nombreuses étapes. A la fragilité du végétal et sa complexité (ici le dragonnier) l’artiste offre plus qu’un écrin. Par un composite de papier et d’image à travers des images numérisées  se trament des  calligraphies insolites et  sophistiquées. La Genevoise introduit en sa chambre des merveilles par une  matérialisation de la lumière dont l’effet de « neige»  provoque la présence  magique de la réalité. Elisabeth Beurret épure le grouillant afin d’inscrire des agencements structurés où l’extase est  « matérielle » et renvoie à un hellénisme en vertu d’une idée du beau, des matériaux et des formes.  Par le traitement du végétal l’artiste poétise le réel en une maïeutique particulière où l’expérience sensorielle liée à la trace est liée à sa matière.  Les célébrations « texturologiques » restent la manière de s’extraire du temporel et de l’anecdote sans rejoindre pour autant un monde d’universaux. L’artiste devient actrice des métamorphoses. Elles font que l’éphémère n’en finit pas de rejoindre une transcendance dans des lieux d’impénétrables proximités où la délicatesse reste toujours présente.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

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09:04 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

04/03/2014

Art & subjectivité à Lausanne : Eliane Gervasoni

 

 

Gervasoni 2.jpg« Mais de quelle réalité parlez-vous ? », Gasparelli Arte Contemporanea,  Bâtiment des Télégraphes, quartier du Flon de Lausanne,  du 26 au 30 mars 2014. (Francesco Bocchini, Giacinto Cerone, Morena Chiodi, Eliane Gervasoni, Federico Guerri, Thierry Kupferschmid, Angela Maltoni,  Mad Meg,  Mirco Tarsi, Verter Turroni, Mattia Vernocchi).

 

 

 

 

 

Onze artistes sélectionnés par la galerie italienne Gasparelli Arte Contemporanea offrent leur lecture de la réalité. La plupart n’ont jamais exposé en Suisse et s’interrogent par leurs travaux sur le concept d’objectivité. Un artiste tel que Mirco Tarsi part d’un détail répété pour explorer l’infiniment grand par l’infiniment petit. Verter Turroni décompose la réalité sous formes des simulacres. Mais de l’ensemble émergent surtout les lignes pures des volutes d’Eliane Gervasoni dont les dessins interrogent de manière pertinente la notion de perception.

 

 

 

Gervasoni Lausanne.jpgL’artiste crée l’espace le plus nu où la narration prend une dimension particulière puisque dégagée de tout anecdote. Elle invente des mutations et des alignements aussi rectilignes que souples dans la spatialisation rythmique. Eliane Gervasoni sait combien  le pouvoir du rythme est le fondement de tous les arts. La ligne, l’épure restent donc des éléments fondamentaux de séquençage. Ils déterminent des propositions poétiques afin de porter le vide à un niveau supérieur de plénitude par incidence de charges réciproques. Les lignes, plus que des délimitations d’espaces, deviennent les émergences du grand vide initial et final. Il cerne chaque dessin tandis que les incisions deviennent les sonorités visuels du poème plastique suspendu dans l’ouvert. Il participe du non lieu auquel l’artiste donne un espace paradoxal  afin qu’en surgisse la métaphore obsédante de l’existence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret