gruyeresuisse

27/10/2014

Mille lanières de Claude Rychner

 

 

Rychner.png« Taxophilia Abissa », un hommage à Claude Rychner, cycle Des histoires sans fin, automne-hiver 2014-2015, Mamco, Genève,  29 octobre 2014 - 18 janvier 2015

 



Rychner.jpgClaude Rychner a construit une œuvre ambiguë  où se mélangent virtuosité et « maladresse », le concerté et un certain débridé. En 1962, en hommage à leur professeur Luc Bois, il  fonde avec six étudiants du Collège de Genève (parmi lesquels John Armleder)  le groupe « Bois » qui présente en juin 1967 sa première exposition, sous le titre de «Linéaments». Claude Rychner est à l’époque le plus iconoclaste d’entre eux. Le mouvement trouvera une extension d’abord avec le groupe Max Bolli (réunissant les mêmes artistes) puis avec « Ecart » de John Armleder, Patrick Lucchini et Claude Rychner. Le trio organise à Genève une série d'événements ponctuels, anime des ateliers. Fortement inspiré par « Fluxus », « Ecart » établit des passerelles entre art et vie et  revendique un statut marginal pour l'art soudain relié à l'aviron ou la randonnée selon des initiatives dénommées «camps de recherche». Elles se déroulent sur l'eau et la neige ou font appel au silence. Le groupe propose ensuite diverses expositions et adopte ouvre une librairie. Les artistes produisent affiches et cartons d'invitation à l'enseigne d'Ecart Publications. Choisit parce qu'il est le palindrome de «trace» le mouvement fonctionnera pendant sept ans en suscitant des happenings, en produisant de petits films d’art-vidéo avant la lettre.  L’hommage à Rychner permet d'appréhender  cette histoire, ses nœuds et méandres en une accumulation de savoirs et de souvenirs mais surtout de plaisirs, d’atermoiements, d’étreintes, d’agrippements. L’ensemble vaut  encore par sa force de dévoiements et de démangeaisons. Elle allait à rebours des vents dominants et reste la preuve d’un esprit plastique en liberté dont les rythmes disloquèrent les images et leur lieux de mise en place.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/10/2014

Dominique Fleury : sans issue.

 

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Dominique Fleury, “Stockholm Syndrome”, art&fiction, Lausanne

 

 

 

Imprimé sur du papier de coton, organique et vulnérable comme la peau, ultime frontière de l’être, « Stockholm Syndrome » est un livre des bords où le paysage devient le prolongement d’un état de la psyché : images et textes se développent selon un défilé plus ou moins cinématographique, plus où moins synchrone entre ses deux composantes. L’ensemble reste le moyen de franchir le pont entre le réel et ses représentations plastique et poétique  Celles-ci  infiltrent  la surface  sous prétexte de figer une parcelle d’éternité par ce qui est le plus mouvant et éphémère. L’expérience personnelle et unique inventée par Fleury devient universelle et cyclique. Il ne s’agit plus de mettre sur la rétine du postiche et du fantasme dans le mental et la surface n’est plus l’infirmière impeccable des identités. Elle se distend comme une peau usée afin que l'imagination crue morte imagine encore.

 

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Le "Syndrome" est à la fois proche et étrange car ce qu’on appelle livre  se met à "flotter", à fluctuer. Articulant son travail des mythologies singulières dans lesquelles chacun peut évoluer, Fleury en un tel livre offre une dérive : l’être qui a peur de son ombre la fuit mais aussi l’affronte. L’artiste en retourne le derme.  Sur ce qu'elle insémine et dissémine  il inscrit des seuils. Toutefois ils n'indiquent plus le passage du fantasme à son reflet imité. L’image par ses effets de franges, le texte en ses fragments deviennent des portes permettant d’entrer ou de sortir d'une sorte de nuit intérieure en ce qui appartient à l'ordre de la coulée et des coulures. La douleur, le plaisir, la pensée, le monde ou plutôt l’ombre de tout cela  portent les stigmates de l'usure du temps dont chaque image devient suaire mais dans lequel. Néanmoins  trouver un repos non mortel est possible même si tout semble pencher à la douleur de la nuit plutôt qu’à la splendeur du jour.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

25/10/2014

Si proche, si loin : potron-minet d’Anne Golaz

 

 

 

Golaz 2.pngAdepte de la décontextualisation la Lausannoise Anne Golaz feint une archéologie du savoir selon des scénographies minimalistes ou de subtiles mises en abîmes par effet de lumières théâtrales. Elle met ainsi à mal une culture asphyxiante et totalitaire. Scènes de chasse, de ferme, etc.  transmuent la pauvreté en luxe et le luxe en misère par ses déconstructions de pinacothèque. L’œuvre témoigne d’une crise de la société et de sa représentation mais selon un mode ludique. Néanmoins reste en filigrane l’histoire que nos ancêtres ont vécue et que l’on retient dans le tréfonds de notre être. Celle-ci adhère encore à une certaine actualité.

 

Golaz.jpgDans un style bondissant, ensauvagé sous l’effet de coordination et de décoordination Anne Golaz fait sauter des serrures. Surgissent des lames de fond ironisées à travers paysages, portraits, objets (parfois érotisés comme son saut à l’appendice conséquent). Le réel prolifère selon une ornementation paradoxale et décalée. Ce qui paraît dérisoire et décimé au fil de l’histoire reçoit soudain une onction particulière. Chaque pièce y réclame sa part de potron-minet comme prélude à un midi de la résurrection  du monde et de l’être. Le tout dans un humour qui fait voler en éclat tout protocole académique. Le badaud face à de telles images peut être plié en quatre. Mais ce serait de sa part la preuve d’une myopie préjudiciable.  Les pots pourris et les scénographies  de l’artiste tourneboulent à l’envi, font rejaillir le passé en retombées d’incartades et autres entorses à l’ordre établi d’hier et d’aujourd’hui.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret