gruyeresuisse

19/06/2014

D’à côté : S.S.(NCF) et vilain dégob

 

 

 

Morel.jpgLes Français ont facilement la dent dure pour leurs voisins. La presse hexagonale traita la votation suisse sur l’immigration avec un dilettantisme narquois. Le pays voit facilement la paille dans l’œil de son voisin mais jamais la poutre dans le sien (cf. victoire de Marine Le Pen aux Européennes). La France se plait à renier son slogan « liberté, égalité, fraternité ». S’il y a belle lurettes que les deux premiers concepts sont une vue de l’esprit : le troisième laissait encore espérer quelques considérations. C’est trop demander aux grenouilles qui n’admirent que les bœufs. Il suffit d’une poignée de conducteurs de trains néo maoïstes (travaillant 24 h effectives par semaine et partant à la retraite à 52 ans) pour bloquer le pays avec l’assentiment de l’extrême droite et de l’extrême gauche... Chacun y va de ses prérogatives quitte à entraîner le pays à sa perte au non d’un fascisme rampant sous oripeaux libertaires.

 

Ce n’est guère mieux de côté de l’art. Vouloir faire passer pour censure le refus d’exposition d’une „œuvre” de Marie Morel est une farce. Ceux qui ont refusé cette „croûte” ne se sont pas posés de question éthique. Ils ont simplement „osé” se limiter à un critère esthétique  et effectuer ce qui ne se fait plus en art : retirer d’un accrochage une pièce parce qu’il s’agit non d’une œuvre pornographique mais d’une immonde  bouse. Saluons-les. Ils osent affirmer un certain goût esthétique dans une période où le nivellement par le bas fait prendre des vessies pour des lanternes et une approximation (qui fait dans le sous conceptuel, le sous art pauvre comme elle fait sous elle) pour le parangon de l’art. Avec une telle litière ce dernier déraille. Quant aux trains ils restent à quais. Preuve que la bêtise comme l’arrogance aiment à se faire savoir. Dans de telles situations de domination ceux qui en jouissent ne comptent que sur la lâcheté des autres. Jusqu’à quand ?  Chacun étant doté d’une cervelle et d’une émotion certains risquent d’en retrouver le mode d’emploi.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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18/06/2014

Celui qui savait regarder : Jean Planque

 

 Planque.jpgCollectif, « Jean Planque en Provence – Un rêve exaucé, Editions La Dogana, Genève, 64 pages, 15 €.

 

 

 

Lausannois d’origine modeste Jean Planque restera comme un des regards les plus pénétrants de l’art du XXème siècle. Croyant dans la « peinture peinture » il a compris qu’en un tableau la frénésie de la couleur ne peut se passer de la passion de la structure et des formes. Elles donnent à une œuvre l’intensité la plus forte. Le Vaudois a donc retenu dans son époque l’art qu’il considéra comme un envol serti en la réalité par un travail charnel qui n’oublie jamais l’origine des choses. Ami de Bissière, Dubuffet, Picasso il a repéré plus qu’un autre les défauts d’élocutions plastiques des bègues, nazillards dont les  travaux zézaient.

 

Avant de devenir collectionneur il fut le conseiller majeur de la galerie Beyeler de Bâle. Ses choix ont largement contribué au succès du lieu. Depuis le début du millénaire sa collection a été présentée dans plusieurs musées européens. Elle permet de comprendre combien Jean Planque a aimé les peintres dont le geste est leur cicatrice et qui ayant atteint une limite ont réussi à la déplacer pour la fixer plus loin. C’est pourquoi une telle collection perdure : elle efface les pensées de néant.

 

Planque 2.jpgIl faut se laisser happer par elle et  ses œuvres aux couleurs tranchées parfois nocturnes parfois solaires, syncopées ou stratifiées de manière primitives ou sophistiquées. Passionné de l'œuvre de Cézanne, peintre lui-même, les choix de Planque sont commentés ici par des proches. En particulier Florian Rodari conservateur de sa collection. Pour celle-ci et afin de la mettre en évidence la Chapelle des Pénitents à Aix-en-Provence a été entièrement restaurée et aménagée. Une telle collection reste indispensable à qui veut se faire une idée d’un siècle majeur de l’art. Jean Planque en amateur plus qu’éclairé à travers ses points de vue et ses choix en a retenu la quintessence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

Aître de l’être : Manuel Müller

 

 

 

Mueller.gifManuel Müller, Dubner Modern, Art Basel et bien sûr Lausanne.

 

 

 

La sculpture de Manuel Müller entraîne une expérience du visible que la plupart des travaux de ses confrères sont inaptes à saisir et à embrasser. Des formes à la fois primitives et contemporaines, exotiques mais tout autant  de proximité ramènent d’où nous sommes issus (mais en sommes-nous vraiment sortis? ) afin  que la boucle soit bouclée et que nous comprenions enfin de ce qu’il en est de nos limbes. Müller prend le sentier disparu pour remonter au lieu de la scène primitive de la première nuit sexuelle. Emprunter ce chemin c’est prendre la part du risque mais retrouver une progression dans l’inévidence du matériau encore informe. C’est aussi affronter le trou béant de la mère et la loi du père, les parcourir, les sonder, en écarter les broussailles tout en ne restant pas de « bois ».

 

 

 

Muller atelier.jpgLa sculpture devient le lieu pour perdre l’espace mais retrouver au Nord  son pôle magnétique afin non de le réfuter mais que le fils « père-turbé » devienne géniteur à son tour. C’est pourquoi et sous diverses métaphores (même totémiques) le sexe féminin reste  l’image-mère de l’œuvre. Celle d’où tout part et où tout revient. Elle devient aussi l’objet sculptural pour une autre raison essentielle et  organique : notre cerveau  est incapable d’en imaginer la spatialité et la véritable profondeur. La sculpture reste la procédure d’appel la plus appropriée pour rendre compte visuellement d’un tel développement et d’un tel renversement d’inaccessibles coordonnées spatiales. Primitives et sourdes mais tout autant futuriste et hurlantes les sculptures non seulement renversent le monde de l’être : elles en remontent l’histoire aussi impossible que toujours inachevée.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:18 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)