gruyeresuisse

08/07/2017

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg : souplesses

Momont.jpgDans le texte de Danièle Momont et les images d’Anne-Sophie Tschiegg l’amour est un hybride il y a ce qu’il faut de soleil comme un écu, comme une girandole. Une tête parfois empaquetées entre une chair molle et choisie à souhait l’aspire. Elle danse torride. À l’aine. Dans la cavité du nombril. À la racine des cheveux, aux tempes pour se déprendre et mander le fretin du cœur, tout cela, avec peut-être la dérision qui à la plupart d’entre nous tient lieu de foi. Mais les deux femmes en échappent, prêtresses du Bel Échange, dans le vif plus que le ramassé. Momont 2.jpgCe qui fend tient de la percussion et de la traversée, d’un plongeon délicieux. Les femmes s’y font entières, sensuelles, curieuses. Elles veulent connaître, essayer, sentir ; occupées à gésir et désirant mordre à l’orange de l’idéal organique argentin dans la broussaille, dans le ru. Avec l’espoir d’y voir sauter aussi de petits poissons, car toujours elles désirent que le vif ait de quoi hausser le cœur avec le reste de l’intime triperie. D’où ce fatras que chacune taille à sa main. Manière de fabriquer une douceur inusable aux courants immarcescibles qui s’établissent entre deux êtres. Le livre montre combien les courants sont semblables quoique divers en s’intensifiant diversement jusqu’à ce que rien d’autre n’existe dans deux vies. Demeurent les flux, l’aguet fiévreux pour les repérer, et songer que, de quelque nature qu’ils soient, chacune aurait tort de s’en priver.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg, « Dans ma nuque », litterature mineure, 2017, 8 E..

07/07/2017

Cyril Helnweim : absorptions

Helwein 2.jpgAu milieu de l’espace une femme et des taches de sang. Parmi les lignes la lumière de présences fantomales. Dans une gare de triage, d’étranges cérémonials. Partout l'abandon est programmé au sein de combustions oniriques. Restent la perte d'un contrôle et sa retenue. Avec Cyrill Helnweim la photographie devient une technique particulière au seuil du réel et surtout de l’irréel : celui-ci embue les figures du dehors, en consume le vernis jusqu’à la transparence noire reformalisée de manière drôle et gothique.

Helwein 3.jpgLe monde est essentiellement féminin mais peut-être pour mieux montrer ce que les femmes subissent en leurs rêves ardents. Helnweim en soulève le voile et montre le corps. Son risque inconcevable, sa dimension sublime d’impossible extase. Surgit la proximité et la distance. Moins la trace que la sensation. L’artiste ne laisse donc rien perdre de la présence féminine et de l’attente. Ses photographies incisent de réel afin que des fantasmagories de contes merveilleux ou horribles prennent tout leur sens. Mais néanmoins le reste du monde n'est pas oublié. En comparaison il devient un étrange et inquiétant écrin.

Helwein.jpgDans de telles œuvres l’ombre avale l’ombre. Elle creuse les corps pour ce qu’il doit être, pour que tout recommence. Et que tout reste à « écrire » au delà d’une vision « christique » d’un monde chargé de la faute et de la punition. L’angoisse est toujours émergente. Néanmoins le photographe la fait dériver pour qu’elle parle autrement. Il en montre l’envers et scanne son mystère.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/07/2017

Lissa Rivera et son modèle

Lissa Rivera 3.jpgLa photographe new-yorkaise Lissa Rivera a trouvé en B.J. Lillis le partenaire idéale afin de créer un univers étrange. Dès le premier shooting le modèle fut séduit par sa photographe. Ce premier impromptu fut un coup de foudre suivi d’une sorte de lune de miel où la créatrice n’a cessé de jouer avec la sexualité complexe de Lillis. Mi-homme, mi-femme il a des allures de Céline Dion et la photographe le considère dans la série « Boudoir » comme une poupée avec laquelle elle joue de manière romantique. Ce qui a tout pour plaire à celui qui - se définissant comme queer - se plait à revêtir des vêtements féminins. Photographier de manière délicate quoiqu’un peu ironique. Lillis dit avoir trouvé sa « vraie » identité grâce à sa muse créatrice

Lissa rivera's boy.jpgLeur travail commun a pris tout son sens avec le projet « a beautiful boy ». Le modèle y est saisi avec élégance et un brin de surréalisme. Les clichés rappellent le cinéma hollywoodien des années 50. Et Lissa Rivera se plaît à rappeler ce qu’elle doit aux photos de mode de Cecil Beaton. Elle en détourne néanmoins les codes avec certains drapés « vintage » et des maquillages appuyés à dessein afin d’exagérer une féminité quelque peu « transformiste ». C’est selon la photographe le moyen de permettre aux femmes de regarder une femme et aux hommes de regarder un homme. Le tout en des narrations quasi cinématographiques, une atmosphère éthérée et un glamour décalé. Quoique se photographiant parfois elle-même la photographie queer doit tout ici à son modèle. Néanmoins elle le transcende pour lui accorder un parfum particulier dans une alchimie provisoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lissa Rivera, « Beautiful Boy » jusqu’au 15 juillet au ClampArt New York.