gruyeresuisse

14/02/2015

L’insaisissable émotion cinétique de Maureen Kaegi

 

 

Kaegi.jpgMaureen Kaegi, Galerie Mezzanin, Genève, du 19 mars au 23 mai 2015. "Focus",  Kunstmuseum, Winterthur jusqu’à fin février 2015.

 

 

 

Il arrive que les couleurs consolent. Encore faut-il que leur  mariage consume les apparences. Maureen Kaegi l’organise. Elle distribue les couleurs en dentelles, étoilements et plages. Celles-ci ignorent la paix idéale comme les mouvements de chaos. Une intériorité émerge. Son pur commencement est la poésie de la nature défaite des entraves les plus évidentes.  Nappes et filaments créent des champs perceptifs en mirages. Ils traversent des nocturnes tels des aurores boréales.

 

 

 

Kaegi 2.jpgDes chorégraphies visuelles abandonnent quelques laisses de blanc en trainées. La texture n'est pas monologue, mais dialogue. L'ajout de pigments purs ou en glacis permet de comprendre, petit à petit,  l'obscur comme la lumière de ce qui s'ignore encore.  Tout s'enflamme ou s’étend ne formant  plus qu'une unité d'ombres et de lumières réunies sur le support. Maureen Kaegi opère dans la précision, la juste touche afin de créer le mouvement de vie. La peinture semble boire les océans et déplacer la montagne.  Qui peut la reconnaître ? Qui peut la voir ? À quelle porte vient-elle frapper ?Toujours est-il que imagination va bien au-delà de la réalité. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

13/02/2015

Cindy Sherman : le crime parfait

 

 

 

Sherman.jpg« Cindy Sherman », ed. Ingvid Goetz, Karsten Löckemen, Sammlung Goetz, Hatje Cantz Verlag, Otsfildern, 184 pages, 30 E., 2015.

 

 

 

Ennuyée  par la peinture  « …il n'y avait rien à dire de plus. Je me contentais de copier méticuleusement d'autres œuvres, et j'ai réalisé qu'il aurait alors suffi d'utiliser un appareil photo et de me consacrer à d'autres idées » écrivit celle qui s’orienta vers une radicalité photographique dont Pierre Molinier fut le pionnier. A travers – principalement des autoportraits – l’artiste porte l’équivoque dans les genres sexuels en faisant du couple artiste et modèle le criminel et la victime : l'une est  le produit de l'autre et vice versa.

 

 

 

Sherman 2.jpgLe corps de la femme émerge loin de son statut de machine à fabriquer du fantasme ou d’écrin à hantises. « Le passé ne passe plus dans mes œuvres, elles sont créées contre lui  pour des extases négatives» explique-t-elle.  L’artiste pastiche souvent l'univers de tableaux de maîtres, s’y approprie un grand nombre de genres visuels  (extraits de films,   magazines de charme, etc.). Le livre propose  une synthèse qui éloigne de tout artifice par l’artifice lui-même. L'activité mimétique de la photographie capote.  Et comme dans le " Portrait ovale " de Poe la vie passe intégralement de la réalité à l'art, mais avec Cindy Sherman ni l’une ni l’autre sont, à la fin, laissés pour « morts ». Et le meurtre restera métaphorique. Ce qui n’exclut pas pour autant sa violence.

 

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09:21 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Dylan Perrenoud : le paysage sous perfusion

 

 

Perrenoud.jpg« A frozen Flesh », Galerie Standard Deluxe, Lausanne, 21 février-8mars 2015.

 

 

 

Dylan Perrenoud ne « photographie » pas  le paysage : il le transpose et le décante sans limiter une forme de rêverie. Mais le « geste » possède ici un mandat à assurer : écarter la vue de ses  évidences. La « peau » semble s’effacer : des veines surgissent.  Le paysage devient immatériel mais palpable sans savoir s’il est plus proche du macro que du microcosme. Un expressionnisme abstrait - mais tout compte fait pas si abstrait que ça – offre la contemplation du paysage et du  langage. Suivant docilement la linéarité du premier le second lui permet d’y monter, descendre, arpenter, bifurquer. En surgit l'histoire du labyrinthe des lieux car le photographe n’oublie jamais une idée majeure : l’image atteint son but dans la mesure où elle établit avec la réalité non un reflet mais un approfondissement, une force première.  Atteindre le monde des premiers alphabets, le monde des béatitudes demande une longue ascèse : celui de s'appuyer avec confiance sur les formes en leur complexité mais d'y aller avec toute la rigueur nécessaire.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08:32 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)