gruyeresuisse

08/05/2014

René Groebli : Le désir du détachement

 

Groebli.pngRené Groebli, L’œil de l’amour, Chez Higgins,  Montreuil.

 

 

 









René Groebli souffle le brûlant et le glacé

 

Ce qui reste de textile est une note tenue.

 

Silence de l’intime par effet de résonnance d’un certain désordre :

 

L’ordre des modèles l’égalise

 

Elles posent dans l’indifférence ou l’ennui

 

( A leur insu ? )

 

La lumière qu’elles reçoivent

 

S’ajoute à celle que l’artiste obtient d’elles

 

Tout est ramené au plus simple « appareil ».

 

Avec du net et du précis. En avance, en retard.

 

Décadrer au besoin

 

Et ne pas tout montrer :

 

Laisser une marge d’indéfini dans un cadre fini

 

En une manière neuve de dénuder et d’ajuster.

Groebli 4.jpg


 





Le moindre tissu est un diamant

 

Il médite sur la beauté qu’il transfigure.

 

Groebli accorde aux habits l’air d’avoir envie d’être là sans y être.

 

Et aux femmes l’abandon de leurs gestes qu’il fixe

 

Sans enflure ou pittoresque. Et psychologie pas plus.

 

Offrande brisée ou attisée : la juste essence, l’essence pure.

 

L’élévation d’un chemisier, le rouleau d’un bas 

 

Rachètent les larmes d’éros

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

20:05 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Les extases temporelles de Christoph Eisenring

 

Eisering.jpgChristoph Eisenring, Galerie Gisèle Linder du 8 avril au 24 mai 2014.

 


L’artiste minimaliste Christoph Eisenring (originaire de Winterthur) présente à la galerie Gisèle Linder une sélection de photographies et un papier découpé.  Une de ses photographies retient une bouteille vide retournée sur une bougie blanche allumée. L’artiste fixe l’éphémère d’autant que par manque d’air la flamme va s’éteindre… Cette photographie analogique est le modèle même d’une œuvre qui souligne ce que peut produire l’image dans son intensité poétique. A la recherche du plus infime et de l’éphémère l’artiste approche le presque vide. La simple pointe d’un poignard placée au bord inférieure d’une photo transforme le réel en une abstraction confondante qui interroge la force de l’image.

 

Eisenring.jpgPhotographies,  dessins, sculptures, collages, papiers découpés  installations ne cesse de proposer la limite de l’image en de telles métamorphoses. Un monde non fixe est retenu dans une simplicité des plus complexes. Chaque œuvre garde des stigmates particuliers Jouant avec l’instabilité des états de la matière l’artiste est toujours à la recherche d’un lien avec la mémoire, le temps, la trace et divers types d’empreintes. Par le virtuel et le numérique comme la transformation  d’éléments du réel et  contre tout effet de fossilisation Eisenring propose des ouvertures esthétiques. Dès lors entre nature et culture, formes et « informes » gardent partie liée, ce sont les Janus à deux faces qui se répondent et témoignent d’un surgissement archaïque en apparence qui embraye directement sur le temps. Mais un temps où le rôle de l’artiste reprend une valeur essentielle face aux effets de nature comme de civilisation.

 

Dans ce but le travail reste chevillé sur des états qu’on nommera «  passant ». L’œuvre témoigne d’une déliquescence et de la ruine tout en l’excédant et la magnifiant. L’acte de  création  est donc autant un creusement, une destruction qu’une métamorphose. L’œuvre « secoue » autant notre mental que le réel. Dès lors l’humilité apparente de cette stratégie révèle un art à la fois archaïque et complexe.  L’artiste y abandonne toute subjectivité narcissique. Par « l’instabilité » de l’œuvre en ses expérimentations et ses substances surgit une aventure d’avant et d’après le langage articulé. Ce passage demeure essentiel et vient prendre à revers les concepts de temps et de délais. En ce sens un tel créateur invente une extase temporelle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:37 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Andrea Wolfensberger : sur les dalles du jour

 

 

 

Wofensberger 1.jpgAndrea Wolfensberger, Galerie Gisèle Linder.

 

 

 

Couronnes de matière, et cornes d’abondances

 

Disques et panaches enchâssés

 

Annoncent l’aurore, l’installent dans la durée.

 

D’immenses corps inconnus tournent

 

Ne varient jamais de trajectoires ou d’orbites

 

En regardant le ciel que personne ne maîtrise.

 

Les ombres qu’ils portent sont des astres sculptés.

 

A travers eux Andrea Wolfensberger ouvre un spectacle silencieux

 

De courses lentes se traînent

 

On y erre, on y reste

 

Wolfensberger 2.jpgLa main caresse les carapaces

 

Découvre cette chair qui offrent toujours un autre côté.

 

Nul ne peut vraiment connaître de telles sculptures

 

Ni arracher leur armure, leur défroque

 

Restent leurs auréoles dont la lumière est source d’opacité

 

De telles planètes s’arquent pour s’offrir au monde céleste

 

Elles attendent la pluie ou espèrent

 

Pour cacher leur obscénité

 

Qu’un nuage se couche sur elles.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret