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26/12/2014

Rémy Zaugg : la peinture à la lettre

 

 

 

Zaugg.jpgRémy Zaugg, « Un mot un tableau » , 20 fevrier - 29 mars 2015, Centre Culturel Suisse de Paris.

 

Les  marteaux des mots font  dans la peinture de Rémy Zaugg de la bonne musique. Ils ne pas cognent pour les chiens. Il fallut à l’artiste (1943-2005) pour les actionner de la testostérone et un toupet à l’âme. Bref un cœur dur, bien trempé, Et de la discipline. Comme celle des bêtes vissées à leurs brancards pour forcer des incrustations d’inoxydables tentations. Nous les entendons-voyons  encore. Toute la matière, tout l’univers est suspendu aux sons des mots devenus images. Elles sont données à voir, à lire et pour entendre l’animal humain. Son plaisir et sa plainte.

 

Zaugg 2.jpgDe telles œuvres laissent le spectateur à distance pour mieux le prendre dans leur intransigeance. Le regard devient lecture de ce qui surgit en ellipse plus que par slogan. S’y affirme la force de l’existence dans une thématique liée  à la présence, la mort, la vision et la cécité. Si les mots priment, la couleur et la composition gardent toute leur importance. L’univers pictural devient sonore. Dans une forme de  disparition de l’image le monde apparait. L’homme n’est qu’une bête hurlante.  Ses mots sont des rébus. Ils sont de l’espace insensé. Rien à l’intérieur. Rien à l’intérieur. Ils sont à l’extérieur de l’espace. A l’intérieur de personne. La seule figuration reste donc la lettre, ses  règles et leurs exceptions. Car il n’y a jamais un seul centre, chaque « cadre »  est sujet à bien des digressions intempestives et des circonvolutions énigmatiques. En sa peinture autophage Rémy Zaugg met toujours le feu au cerveau. Sans autre espace que ce mouvement de flux et de reflux bref de rythme. L’artiste inverse juste la vue. La réinvente. Point de respiration. Point de suspension. L’hallucination incantatoire, l’apparition de l’inquiétude rythmique hurlant à la charnière des mots et de l’image. Rien n’est à l’extérieur d’elle sans être  tout à fait à l’intérieur de nous. Et c’est pour cela que l’œuvre suit son cours.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/12/2014

Nicolas Party éloge distancié du corps féminin

 


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Nul ne peut dire si Nicolas Party en dessinant  au pastel une femme saisit le diable ou l’ange. Exhibant par exemples des jambes drupes - fleurs à l’envers du vase d’une jupe - son œil les pénètre. Si bien que chez ses modèles des lèvres se mordent, des dents brillent en un sourire. C’est pourquoi l’artiste retarde sans cesse l’instant des encore, encore. Dans les spasmes des prises, les cuisses et leur fourche, les seins, les épaules, les aisselles, les yeux étincellent. Les corps longilignes arrondissent poitrines ou croupes. Les femmes n’écoutent que leurs mains au besoin. Leurs vingt doigts s’y amarrent. Le corps remplit tout l’espace : grandissent les fantasmes dans le clair et le foncé, la brune ou la blonde. L’image qui dénude tente d’en percevoir un  mystère. Pour autant le voyeur ne fait pas un avec la femme même s’ils deviennent un scoubidou de deux fils serrés que l’électricité secoue. Surgit de fait une histoire décalée. Le regard regagne l’ombre d’un sexe duveté  tombé du soleil dès qu’un modèle se cambre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Nicolas Party, Pastel et nu, Centre Culturel Suisse de Paris, du 16 janvier au 15 février 2015.

 

23/12/2014

Fanny Bégoin : Une goutte de lumière sur un océan dénudé


 

Begoin 3.jpgFanny Bégoin donne rendez vous à ses modèles chez eux ou à leur atelier lorsque elle réalise des portraits d’artistes. Elle partage un moment avec eux, discute, explique puis la séance commence selon une recherche patiente, minutieuse et perfectionniste jusqu’à ce que le modèle s’oublie, se dévoile dans la fragilité de moments de solitude. Travaillant toujours à l’argentique l’artiste y s’inscrit une quête d’images « empreintes » du banal. S’installe de ce fait lors de la prise de vue moins des mises en scènes qu’une manière de  rejouer le quotidien a minima. Cela provoque une traversée incertaine dont l'avenir comme l'origine demeurent une interrogation. Elle crée le charme de l’œuvre. S'impose le pouvoir d'étrangeté d'un infini presque tactile. C'est pourquoi Fanny Bégoin préfère l'instantané du réel rejoué à l’imaginaire. On  naît dans le premier, on vit dans le second. Il faut y revenir même si nous y semblons toujours un peu anachroniques.

 

begoin 2.jpgDans chaque cliché s’il existe un abattement, il éloigne du romantisme de la ruine.  Cela évite d'entrer la nostalgie. Chaque photographie devient est un îlot qui témoigne du réel et non de ses justifications. L’artiste se fait Gorgone plus que Chimère. Il arrive que la « bête » soit rétive ou que Fanny Bégoin fasse durer le plaisir en s’égarant auprès de modèles si proche si loin. Mais elle ne juge jamais leur réel pusillanime. Elle reste la femme qui lit les ratures laissant la place nette après la magie de ses prises. Elle sait voir l’essentiel sur un dos dénudé. Le déclic parfois crochète un voyage sur sa peau. Assise un modèle a sans doute les idées vagues mais la technique reste imparable : le cœur est mis à nu dans cette petite mort qu’accorde la prise en lune de miel sur l’ordinaire. Après un sourire et quelques mots échangés et une fois que les images sont réalisées le tour est joué. Chaque goutte de lumière vaut un océan d’obscurité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret