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23/08/2020

Hala Ezzedine à Chêne Bourg

Kazma.pngHala Ezzedine est une artiste libanaise. Aînée d’une famille de neuf enfants dans les montagnes libanaises, elle dessine, peint puis enseigne l'art aux enfants réfugiés syriens dans son village. Pendant des années, elle fait le trajet de ce lieu jusqu'à à Beyrouth (3 heures de bus par trajet), pour y aller peindre encouragée par Saleh Barakat grand défenseur des jeunes artistes. Il lui permet de présenter sa première exposition. Elle a depuis elle a reçu plusieurs prix dans son pays.

Hala.pngLui est proposée une résidence à Genève chez Analix Forever, la galerie de Barbara Polla qui privilégie les collaborations avec de nombreux acteurs du monde de l’art. Partagée entre son amour pour une ville qui lui a tout donné et le besoin de se protéger, Hala Ezzeddine va quitter pour la première fois les frontières de la mort : "Ce n’est pas tant la peur de mourir qui me pousse à partir, mais la peur de m’assombrir encore plus. J’aime Beyrouth, et lorsque, le lendemain de l’explosion, je suis montée visiter mes parents, il me tardait d’être à nouveau au cœur de ma ville qui saignait ; impossible de faire taire ce qui hurlait en moi, comme s’il me fallait souffrir avec les souffrances des autres. Mais en même temps, tout ce que j’avais vécu remontait à la surface. » ecrit-elle.

Hala 2.pngL’Ambassade Suisse à Beyrouth lui a permis d'obtenir un visa. Elle est recommandée par son ami Rahman Katamani. "L'atelier AMI" à Chêne Bourg, lié à la galerie Analix Forever,  lui ouvre ses portes. Parmi les dessins, réalisés à la mine de plomb qu'elle a ramené du Liban, a des portraits de ses élèves. Ils parlent de l'innocence et l'enfance et de la violence qui l'entoure. Il s'agit de regagner du terrain, là où la cruauté et l'indigence politique ont tout détruit et où le poids du réel est trop important. Le dessin tente de s'introduitre dans les brèches de la catastrophe. Avec l’espoir "ultramince" - dit la créatrice - de donner, comme tous les artistes de l'exposition, une issue au marasme via des récits de hantise pour offrir un accent plus fort à la volonté de témoigner.

Jean-Paul Gavard-Perret

Hala Ezzedine, Atelier AMI, galerie Analix Forever, Chêne Bourg, en résidence jusqu'au 2 octobre 2020.

 

 

 

 

Hala Ezzedine, "Women at Work", Atelier et galerie AMI, Chêne Bourg, septembre 2020.

22/08/2020

Un grand besoin de tensions : Emilie Ding

Ding.pngEmilie Ding, Xppas, Genève, 2020, du 3 septempbre au 10 octobre 2020.

La Suissesse Emilie Ding fut invitée dès 2014 à exposer au Palais de Tokyo (Paris) puis a présenté déjà au - Mamco - cinq pièces massives faites de plaques de béton de 2,50 m. de hauteur, sur lesquelles elle dessine la mémoire du lieu. En 2016, une œuvre est présentée dans l'exposition collective imaginée par Samuel Gross "All Over" à la Galerie des Galeries, l'espace culturel des Galerire Lafayette. Depuis l'artiste s'inscrit de plus en plus dans le paysage artistique international.

SDing 3.jpgon travail se partage principalement entre le dessin et la sculpture, avec un penchant marqué pour les structures du BTP , de l’architecture moderne . Utilisant des éléments de ces champs, elle les transforme pour pousser à bout les limites des moyens qu'elle empreinte. Les formes concrètes - entre autres du béton et de matériaux bruts (textiles par exemple) - représentatives des espaces proches de nous sont volontairement maltraitées, détournées à bon escient par la créatrice. Elle multiplie - aux aguets de ses mains et de son imaginaire - ses travaux sur le papier ou ceux qu'elle isole dans l’espace pour le transformer.

Ding 2.pngEmile Ding cherche - par ses formats, techniques et emplacements  comme par les "signes" qu’elle y introduit - à placer le spectateur dans un monde qui semble absurde.  Des pans et fragmentations exhortent le regard à se creuser en se dégageant de sa gangue. Et ce, en vue d'un secret trouble ou d'une secousse mentale. Se révèle la marque de la déperdition de l’être en sa triste vacuité. Se fend la trace d'"archives" d'où elle part à la recherche d’autres mémoires. En une dispersion organisée une sorte de souffle enveloppe : mais un monde s'ouvre néanmoins.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/08/2020

Bruce Davidson : Manhattan transferts

Davidson Subway.jpgBruce Davidson a commencé à photographier le métro new-yorkais après la crise financière des années 1970. Elle avait décimé les programmes et infrastructures publics de la ville. Le métro en particulier était à son plus bas niveau quant à son entretien et sa maintenance. La criminalité y devenait galopante.

Davidson 2.jpgL'artiste a parcouru les lignes métro du Bronx jusqu’à Coney Island et Rockaway Beach. Il prouve qu'il n’est pas seulement l’un des grands photographes du 20e siècle, mais qu'il leur est très différent. Dès son plus jeune âge il a réalisé un long reportage photo sur un gang de rue de Brooklyn. Néanmoins - quittant le noir et blanc pour "Subway" - la couleur est devenue majeure afin de mettre en scène ce qu'il nomme "un corpus désolé".

Davidson 3.jpgDans cet univers sombre il a utilisé souvent le flash pour devenir chasseur d'images à découvert. Et cela l’a aidé à explorer la couleur, la passion et le sens. Il prouve qu'en dépit du contexte, la beauté est toujours possible en de tels lieux. Avec la couleur dit-il : "il se passait quelque chose". Et un tel travail représente la phase la plus importante de son expression artistique.

Bruce Davidson, "Subway", Galerie Howard Greenberg, New-York, été 2020.

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