gruyeresuisse

09/02/2014

Gaspard Delachaux par monts et par Vaud

Delachaux.gifGaspard Delachaux va vers l’impalpable et le surnaturel en utilisant parfois des masses énormes. Du dessin à la sculpture le Lausannois évite le style canonique, les beautés pimbêches. Il recourt aux milles facettes des formes en liberté même si elles prennent racines dans la réalité. Son marivaudage avec ce dernier consiste à marauder, tarauder, galvaniser les volumes par différentes césariennes. En jaillissent d’étranges animaux qui s’en tiennent plus aux Hauts de Hurlevent et du Rhône qu’au respect du réalisme.

 

L’artiste suit ce dernier partout sans le conduire nulle part sinon dans des contrées de l’imaginaire. La main volubile du créateur le façonne selon un inconcevable univers courbe. Delachaux sait que tout s’arrange le mieux quand tout tourne plus mal. Esprit d’envergure il invente l’impossible. Pleurant des larmes de rasoir il coupe  les cheveux du rationnel en quatre. Et l’érotisme ne l’intéresse qu’en tant qu’infirmité. Il préfère le fou rire de ses étranges toucans d’amont, ses poissons-lyres, ses oiseaux-scies  et autre bestioles improbables qu’il sort  des haies vives vaudoises ou des  bois valaisans où ils font parfois bonne garde en leur noble verdeur. Ajoutons que semailles et sonnailles répondent à son « silence on tourne » lorsqu’il entame la réalisation de ses films d’animation. Poète il n’a de comptes à rendre à personne. L’automobile l’incommode. Sa seule hâte est d’assurer le règne bienfaisant de la lenteur qui seul permet de comprendre l’espace.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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06/02/2014

Andreas Gefe : réverbérations

 

Geffe.jpgLe Zurichois Andreas Gefe propose un monde plastique où l’obscurité contamine l’élan naturel de la lumière. La première devine qu’elle a le pouvoir de séduire et la seconde sait qu’elle s’impose. Dès lors tout un jeu surgit : chez l’une pour transformer en victoire la reddition feinte, chez l’autre afin de métamorphoser en conquête absolue une victoire apparemment gagnée d’avance.  L’espace des images est donc parcouru de divers changements. Là où tout pourrait être facilement vulgaire la picturalité reste idéale. Et le désir lui-même ne cesse d’être le mouvement d’une transmutation. Le corps s’offre avec d’autant plus d’insolence ou d’abandon qu’il semble impénétrable au calcul. Ce qui n’est pas forcément le cas : les mises en scène que lui impose l’artiste le prouvent. Tout ne cesse de basculer : les idées, les regards, la révolte et l’autorité. Demeure néanmoins un souffle de jeunesse. Il jette un démenti sur des portraits faussement marmoréens. Se tournant de profil un homme ignore celui qui le contemple et s’oriente vers une arrivante inattendue dont on ne saura rien.  Se répand et se creuse un abîme de silence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 


 

 

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05/02/2014

Les équations poétiques de Ludovic Balland

 

 

 

 Balland 3.jpgLudovic Balland, « Typography Cabinet », Bâle.

 

 

 

Pour que les mots aient un sens il faut que le support qui les rassemble appelle à leur signification. Le réceptacle n’est pas anodin. C’est bien sûr une évidence même si certains concepteurs semblent travailler de manière plus ou moins hasardeuse. A l’inverse dans la rigueur et son inventivité le studio du designer Ludovic Balland constitue un point fort de l’édition contemporaine et plus généralement de la communication (spécialement culturelle : théâtres, musées, etc.). Innovant, le maître d’œuvre du « Typography Cabinet »  - reconnu désormais comme artiste au sens plein du terme -  sait créer le rapport le plus probant entre le contenu et le contenant. Il passe d’une scénographie visuelle classique à des présentations détonantes avec le souci constant de créer pour chaque projet une dynamique adéquate et poétique. Toutes les productions du studio de Bâle répond à cette alchimie pour laquelle il fait autant d’esprit de géométrie  (spécifique au langage de Balland) que de finesse. Par eux se crée une métaphore dialectique entre le message et sa visualisation. En ce sens, si l’organe crée la fonction celle-ci accorde au premier un supplément de force.

Balland 2.jpgLudovic Balland crée une visibilité très identifiable au milieu du design actuel en  répondant à une double vocation : ancrer le message dans le réel mais aussi produire du rêve et du désir.  L’artiste monte des taxinomies particulières afin de préparer puis inventer pour chaque projet la désignation et la mise en visuel les plus parfaites. L’équation formelle fonctionne de manière symbolique et pratique car le concepteur a compris que l’incorporation du contenu latent (connu d’avance) d’un projet par le contenu manifeste se doit de  « dramatiser » et/ou  magnifier le premier. Il s’agit non seulement d’entériner mais de dépasser sa détermination et sa promesse sans pour autant les brouiller. Refusant la stéréotypie et l’automatisme morphologique Balland impose une taxidermie précise. Elle passe par une rigueur où ce qui pourrait être pris pour de la fantaisie ou de l’affèterie gardent toujours une aura poétique.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.