gruyeresuisse

10/05/2019

Robert Montgomery : faire feu de tout bois

Polla 2.jpg"Sharing Perama" est un projet suisse complexe mené sous la direction de Barbara Polla. Il vise à créer divers liens entre les habitants de Perama (Grèce) et l'art contemporain à travers les travaux de Robert Montgomery. L'Ambassadeur de Suisse en Grèce Olaf Kjelsen et Rodolphe Imhoof ancien Ambassadeur suisse soutiennent ce projet où surgissent dans les endroits les plus inattendus, les lettres en néon ou en flammes de l'artiste. Elles réactivent une magie oubliée "dans la précision inquiète du poème ou le geste purificateur de la mise à feu."

Polla.jpgDynamiteur des conventions, l'artiste fait ainsi du support un élément dynamique de reconstruction sur l'immense toile et les "conversations" et conversions qu'elle propose. Sont mis ainsi en évidence tant le processus d’ignition que d’érosion. Ils prouvent que l’émergence créatrice n’a pas de fin et que l’art a toujours son avenir devant lui.

Perama bon.pngA la charnière de l’éphémère et de l’intemporalité Robert Montgomery joue avec le feu et à tous les sens du terme. Il sait combien il possède cette qualité unique que les forgerons et les fondeurs connaissent bien : celle de pouvoir modifier la nature d’un matériau tout en laissant la fusion et l’infusion se jouer du désir de l’homme. De ce jeu naît une œuvre au sens plein dans laquelle l’expression de l’aléatoire est aussi un processus physique provoqué. Entre un statut éphémère et sa duplication se crée une forme de sédimentation, c'est à dire la transposition cavalière d'une trace originelle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

"A night at cine Perama", 10 mai 2019. Projet "Sharing Perama".

09/05/2019

Stéphanie Serra l'indépendante

Serra bon 2.jpgStéphanie Serra, "Through the Words of Others", Finck Editions, CHF 15, 2019.

Publié avec le soutien de la Ville de Lausanne, le Canton de Vaud et de la Fondation Jan Michalski, ce livre est celui d'une femme libre. Ses choix et de son parcours original le prouvent. Stephanie Serra plus que de se mettre en avant-scène dans une propension  de l'égo cherche à travers les mots des autres et leurs oeuvres comment l'art dialogue avec le présent. Existe donc "une méthodologie de l'agencement" dans un "entretien" avec les créateurs comme les lecteurs.

Serra bon.jpgL'entreprise est originale, non sans grâce et impertinence et sans les moindres "chichis". La réflexion est profonde et astucieuse. Elle crée un double mouvement entre l'auteure et les arts, entre elle et le lecteur. Elle montre la lumière perceptible dans l'obscurité mais tout autant l'obscurité qui apparaît dans la lumière et comment cela se crée. Pour le comprendre, le saisir il faut s'arrêter devant un tel livre épouser ses puzzles et mouvements ou plutôt s'y laisser prendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lancement du livre : Circuit, centre d’art contemporain, Lausanne, le 10 mai 2019

08/05/2019

Anaïs Wenger : tout feu, tout glace

Wenger bon.jpgAnaïs Wenger, "Etoile", Centre d'Art Contemporain, Genève, du 16 au 22 mai 2019.

"De même que la romancière Zelda Fitzgerald se lançait à corps perdu dans la pratique intensive du ballet pour devenir danseuse étoile, Anaïs Wenger a décidé de changer de mode de vie le temps de sa résidence au Centre d’Art Contemporain Genève." Sur la patinoire des Vernets à Genève elle a créé un film très particulier entre documentaire à la fiction.

Wenger bon 2.pngL'artiste s'est associée à Sayaka Mizuno, cinéaste et ancienne championne Suisse da patinage pour réaliser le "Etoile", sa première expérience cinématographique où des sportives explorent non sans risques des figures inédites.

Wenger Bon 3.pngPour Anaïs Wenger la patinoire incarne le lieu fabriqué afin de reproduire les possibilités d'espaces ailleurs libres et naturels. Il s'agit à la fois de glisser sur la glace comme de la briser. S'instaure le rêve de qui cherche à devenir "ailé" dans la quête de la performance et de la perfection.

Wenger 4.jpgAnaïs Wenger ouvre ce "miroir" où l'être doit offrir un spectacle aussi attendu que mystérieux à la recherche de l'exploit en des entrelacs presque dénoués, des vagues qui s’étendent même quand le présent se fend là où toute effraction laisse une trace, une errance programmée. Existe là une quête de la représentation de la femme en une perfection imposée. Le corps féminin n’est plus un objet : il devient une étoile aussi filée que filante en ses défilés, sa présence.

Jean-Paul Gavard-Perret