gruyeresuisse

12/03/2019

Morgane Tschiember : art et matière

Tschiember.jpgMorgane Tschiember "Cocktail", du 15 mars au 4 mai 2019, Galerie Laurence Bernard, Genève.

 

Morgane Tschiember ne cesse de se confronter à la matière, la couleur, l'espace et les mouvements qui déplacent leurs surfaces ou leurs lignes. Héritière de Carl André et de Tapiès, l'artiste comme eux propose un art expérimental et premier.

 

S'intéressant aux qualités précisess des matériaux auxquelles elle s’attache et qu'elle teste de manière empirique,  loin de toute théorie Morgane Tschiember offre au regard une expérience sensorielle et formelle qui induit inconsciemment peut-être des rapports de surfaces et d'épaisseur, de couleurs, d’ombres, de lumières.

 

Tschiember 2.jpgMais l'aspect concret de tels travaux n'est pas le seul. Des motifs surgissent. Ils provoquent des impressions étranges entre abstraction, figuration et mouvement. Ils semblent surgir de manière instintive et spontanée mais de fait ils sont le fruit d'un travail de fond sur le matériau là où l'art échappe à toute ses classifications (minimalisme, spontanéisme, concrétisme, etc..)

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11/03/2019

La peinture comme interface agissante - André Deloar

Deloar 3.jpgAndré Deloar, "Architektur", Espace Schilling, Neuchâtel, du 16 mars au 19 mai 2019

Bandes par bandes et dans un travail des couleurs (jaune, vert, rouge) afin qu'elles deviennent la structure de tels travaux, André Deloar crée un assemblage de structures colorées qui imposent autant l'immobilité que le dynamisme. L’objectif de l’artiste n’est pas de représenter mais de fournir un regard affûté. Celui-ci n’a plus besoin d’autre lieu que celui de l’oeuvre. Elle le situe dans des « espèces d’espaces » de surplombs et d'espace en porte à faux.

 

Deloar 4.pngEntre abstraction et figuration la force des tableaux tient à sa qualité de leurs surfaces multiples. Il y a là à la fois le génie du lieu et la hantise du non-lieu. S’y éprouve un mouvement au sein de la fixité. L’artiste par ses mises en espace mise sur la nudité des formes et leur délocalisation. Elle propose des matériaux comme «soufflés» sur des surfaces en ce qui tient du décrochement figural, de l’engloutissement, de la plongée. Les segments d'architecture expriment l'essence même des formes.

 

Deloae.jpgLes grandes toiles à l'huile ou à l'acrylique imposent une figuration d'éléments de construction. Perspectives, distances, segmentations transforment ce qui pourrait être un bâtiment en une présence picturale au formalisme puissant. L’œuvre garde à ce titre une vocation fabuleuse. Elle fait reculer le chant des certitudes et met une grâce dans les pesanteurs. L'image se manifeste comme apparition mais indique quelque chose qui ne se manifeste pas.

Deloar 2.jpgIl existe là un phénomène indiciaire aussi subtil qu’étrange et qui tient lieu de trouble. Il ne signifie pas simplement: il annonce quelque chose qui se manifeste par quelque chose qui ne se manifeste pas. vraiment. La réalité « vraie » est remplacée par une sorte d’indiscernabilité mise à jour à travers l’épreuve de la disjonction. Elle tient d’un soulèvement, d’une élévation. La révulsion du simple effet de surface joue pour créer une ouverture énigmatique. Le regard devient abyssal face à une oeuvre qui dérobe et se dérobe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13:51 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Pierre Bergougnioux et Jacquie Barral : l'être des lettres (en avoir ou pas)

Barral.jpgLes pensées spéculatives sur et de l'écriture se révèlent ici par le biais de la ponctuation plastique de Jacquie Barral. Surgit un ordre caché du monde que les mots n’épuisent pas. Dès lors, repoussant l’ordonnancement classique des images, la créatrice franchit les limites du logos de Bergougnioux (même si lui-même le libère) en des pans et fragments. Ils deviennent l’organisme «vivant» d'un espace plus profond que le signe par lui-même voudrait offrir dans son "abstraction". Preuve que la "forme" n'est jamais vide.

 

 

Barral 2.jpgRetenant les lettres dans ce qu'elles auraient de plus "pure" par le jeu des formes qu'elle incise, l’artiste contribue à l’édification d’un château qui nous fait autant que nous l’habitons. Transparaît le sentiment du mystère au moment  où les lettres s’amassent pour créer dans la conscience un sentiment de soi et du monde en des concepts qui ne sont pas seulement mentaux mais des processus phénoménaux.

 

 

 

 

Barral 3.jpgS'inscrit en conséquence une autre convergence et un dynamisme inédit pour faire exister les signes dans cette co-production. Le dessin devient à la fois le miroir déplacé et une autre instance de karma de chaque lettre. Il est l’écharpe des profondeurs intérieures mais aussi leur aigue-vive afin que voit le jour - loin des conventions - un processus psychique de l'écriture. Elle s'enrichit en passant du discours au dessin. Sa métamorphose instruit des épaisseurs plus prégnantes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pierre Bergougnioux et Jacquie Barral, "Le corps de la lettre", Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2019, 13 euros. Le livre sera présenté à la Galerie AL/MA - 5 rue du Plan du Palais, 34000 Montpellier, mars 2019.