gruyeresuisse

06/07/2018

Cave Canem - Vincent Flouret

Flouret 2.jpgVincent Flouret avait habitué à mieux. Son « Maxdonna » se veut gaguesque en manifestant un certain fun avec comme objectif de créer une critique d’un certain érotisme de façade. Mais par la reprise des codes par lesquelles Madonna fut scénarisée (entre autre par Jean-Paul Gaultier), l’animalité n’en sort pas grandie et l’aspect corrosif demeure dérisoire.

 

 

 

Flouret.jpgMais, et de plus, n’est-ce pas - sans le vouloir et sous forme de diversion - faire preuve d’un machisme plus que d’iconoclastie ? La transformation de l’héroïne originale en chien ne crée pas l’insolence promise mais offre un exemple de parfait mauvais goût. La vidange d’un certain paraître reste pure parade. Elle manque en dépit du modèle canin totalement de chien. Crucifier Madonna comme Flouret le propose reste une farce grotesque de la prostitution au moment où il croit la dénoncer.

Flouret 3.jpgReste en effet une offense aux femmes et aux chiens. Faire porter à Max les oripeaux de Madonna est plus pitoyable qu’efficient. Cela tient d’un acharnement où la bêtise la plus crasse triomphe et où de la raison critique ne reste que le cadavre. Se perd toute valeur d’émancipation dans la conjugalité implicite entre l’icône et l’animal. A une soumission des codes répond une autre aux sphères tout aussi douteuses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vincent Flouret, « MAXDONNA», L’agence Arlésienne, Arles, jusqu’au 15 aout 2018.

05/07/2018

Ondine aux chandelles – Lucile Littot

Littot bon 2.jpgBoudeuses ou rieuses les femmes de Lucile Littot sont les héroïnes de fables ou de films pas forcément muet dont le temps trouble est fabuleux. Existe a priori de fabuleuses légendes mais néanmoins elles se retrouvent décaties et en loques. L’artiste a fomenté son univers du côté d’Hollywood et son imagerie s’en ressent. Il existe du Sofia Coppola ("Marie-Antoinette") dans ses excès et débordements de vicissitudes décadentes.

Littot bon.jpgLes mythes féminins qui surgissent sortent de tous les étages de l’histoire de l’art - de la Renaissance à l’âge d’or du Technicolor façon Nathalie Kalmus. Sous couleurs pastel et enchevêtrements baroques des céramiques,  jaillissent l’excentricité d’installations et l’étrangeté des performances. Les décors kitsch cachent - enfin presque - des craquellements sourds er des fêlures profondes.

 

 

littot bon 3.pngDans les peintures comme dans les scénographies de la plasticienne des amazones jaillissent de la cour des Médicis ou d’une boîte des Années Folles. Il y a là des femmes haves et blêmes, un âne étonné au milieu de mobiliers impérieux dont  l'état est douteux sous leurs éléments architecturaux. Un lit est peut-être nuptial mais un doute subsiste même si à ses pieds trône une robe abandonnée. Dans tous les cas la fête est finie ou presque. Et quelle qu'en fût l’issue les yeux sont las. Et le corps fatigué. Il y aura personne aux messes du matin ou sur Sunset Boulevard.

Jean-Paul Gavard-Perret

a voir site : lucilelittot.com.

 

04/07/2018

"L'âme à tiers" : Jocelyn Lee

Lee 2.jpgLa transgression et la subversion sont des concepts qui peuvent paraître désormais inopérants. Il suffit de contempler les photos de Jocelyn Lee afin de prouver qu'il existe encore beaucoup à montrer et à dire sur ce plan. De fait tout son travail est là pour rappeler l'injonction de Beckett "imagination morte, imaginez, imaginez encore" à ceux qui se contentent de l’exposition supposée brûlante de la nudité uniquement lorsqu'elle est considérée comme "belle".

Lee 3.jpgL'artiste introduit du leurre dans ce leurre et elle ouvre les choses .Car pour elle leur apparence n'est pas forcément dessus mais dedans. Transgresser devient la manière d'enfreindre une loi de la beauté imposée pour en proposer une autre plus sauvage et incarnée dans la matière et où "l'âme à tiers" (Lacan) prend des formes grasses mais non sans grâce.

 

 

Lee.jpgDès lors "Appearance of Things » avec ses natures mortes, portraits et paysages, prouve comment ces genres fusionnent: le corps devient un paysage, la nature morte un portrait, le paysage un être. Et la monstration du « monstre » n'est plus considérée comme une nudité coupable (" nuditas criminalis ") mais esthétique et hédoniste. Néanmoins elle se laisse aborder qu’après avoir affronté jusqu’au bout la nudité d’un langage qui peut entreprendre ce " renversement "tel que les mystiques l’entendaient tout comme Sade ou encore Oshima de « L’empire des sens ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Jocelyn Lee, “The Appearance of Things”, Center for Maine Contemporary Art, Rockland, du 16 juin au 14 octobre 2018