gruyeresuisse

26/03/2021

Antoine Martin : éther-nité

Martin.jpgAntoine Martin, "Flugzeug" Xippas, Genève,  du 18 mars au 10 avril 2021.
 
Les pièces d’Antoine Martin faites de câble, de toiles sous-tendues par des structures de bois contreplaqué restent toujours un appel à un envol, à une sorte d'éther-nité. Tout se joue dans un dégradé et des camaïeux de blanc ou plutôt de ce que l'anglais nomme le "blank - à savoir une absence de couleur.
 
Existe dans cette architecture  le souvenir du père de l'artiste , passionné d’aéronefs et rescapé d’une grave chute avec son planeur. Le critique Joseph Farine y voit un rapprochement avec l'oeuvre de Beuys induite elle aussi  à l'origine par un accident. Mais avec Antoine Martin  la volonté de rédemption dans le souvenir paternel, est bien plus efficiente que celle de l'Allemand dont le radicalisme d'origine a fini par se perdre dans les pages désormais tournées de l'histoire de l'art. Chez Martin l'oeuvre tient, se tend non sans la volonté d'une beauté nouvelle qui permet au rêve d'ouvrir ses ailes sans tourner le dos à la réalité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

24/03/2021

Les variations de Thomas Hauri

Hauri.pngThomas Hauri, "k", Espace d'art contemporain ( les halles ) Porrentruy, mars 2021.

 
L’œuvre de Thomas Hauri échappe aux classements et aux protocoles communs. Il existe de nouvelles « annonciations ». Elles appellent des « incarnations » plus pressenties que données. Le regardeur ne doit pas chercher un mètre-étalon pour l’estimer. Il doit se laisser aller à une démesure par les relations minimalistes que l’artiste propose et peut s’éloigner ou se rapprocher des œuvres pour les envisager de manière globale ou pièce par pièce.
 
Hauri 2.jpgLa saisie morphologique se réalise par différents mouvements de « prise ». Chaque œuvre reste un territoire d’hypothèses. De très larges feuilles de papier sont devenues le support principal de l’artiste Thomas Hauri depuis son changement de médium pictural. Malgré une spécialisation en peinture classique, à l’huile, il se tourne vers la pratique de l’aquarelle lors d’un séjour à Berlin,
 
Hauri 3.jpgCette technique plus directe et spontanée - qu’il considérait jusque-là comme secondaire - devient son champ d’expérimentation afin de représenter des formes architecturales (hall, esplanade, porte et fenêtre) dans des perspectives partiellement abstraites où le motif demeure plus ou moins identifiable. Existe une tension permanente en un processus dynamique au sein des traversées qui proposent un dépassement de la pure contemplation. L’image s’ouvre par des « abandons » successifs que Hauri fomente par sa méthode de création.  L’image est donc soumise à divers systèmes de variations. Elle nous fait face sans qu’il faille chercher forcément à collecter l’authentification de ce qui est présenté.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/03/2021

Charles Weber : insurrection des fantômes

Weber 1.jpgCharles Weber, "Lassithi Drive", Galerie Patrick Cramer, Genève, jusqu'au 5 mai 2021.
 
 
Dehors la lumière claque. Mais les arbres n'ont pas du plomb dans l'aile. Les ombres rebondissent. Les fantômes ne changent pas. Ils se chargent. Ils ne prétendent à rien. Ils disent à peine - puisque en les photographiant Charles Weber les invite - :  « Venez par là ».  Que faisons-nous alors ? Reste une immatérielle lenteur de  lunaisons pour attendre une légende. L'arbre est dedans. Il est  dans ce vaste monde.
 
Weber 2.jpgIl y a des arêtes, des traversées  d’un Eden dont on ne finira de descendre les volets. Il y a aussi une sur-vivance, une langue obscure. Saveur d’empreinte, de poivre vert en la cendre des jours. Mouvement de repli. Sutures pour la Belle au Bois Dormant en hiver gris.
 
Weber 3.jpgLa photographie saisit parfois des  silhouettes presque disparues. Tout rappelle parfois certains paysages d'Antonioni (L'Eclipse, Blow Up, Le Désert rouge). Ce qui fascine c'est  l'horizon défait, l’ultime tissu du monde . Mais aussi l’inverse de sa ténèbre, l’extase troublante, la rencontre impossible d'un seuil infranchissable.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret