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03/03/2015

Eliane Gervasoni : toute nuit est lumière – Aperti 2015

 

 

Gervasoni 2.jpgEliane Gervasoni,  9e édition d'Aperti, Lausanne samedi 21 et dimanche 22 mars 2015.



 

Gervasoni portrait.pngDifférents changements sont perceptibles dans l’œuvre d’Eliane Gervasoni. « Travaillant avec des objets industriels liés à la construction, pièces métalliques, plaques d’aluminium ou autres objets sortis de leur contexte et fonction, je me suis éloignée progressivement des techniques de gravure traditionnelles à travers un processus expérimental » précise la créatrice. Elle s’inspire plus particulièrement dans ses approches les plus récentes des travaux littéraires de John Cage dans « Silence, lectures and writing ». Ses estampes et impressions sont le résultat d’éléments préalablement encrés composés  directement sur le plateau de sa presse. Ils sont  déclinés en séries qui représentent des sortes de « durations » d’un infini géométrique modulé selon les tensions des couleurs.

 

Gervasoni.jpgEliane Gervasoni  porte la création de l’estampe en des territoires de concentration plastique et de force rarement atteintes. La spatialisation rythmique dégagée de tout aspect superfétatoire et anecdotique crée une magie particulière à l’impeccabilité impressionnante. Deux lunes noires semblent « briller » en sa forme « naïve » prises dans les filets de l’illusion d’optique et les références qui la nourrissent forcément. L’émotion est distanciée des effets les plus grossiers grâce à une technique épurée et plus que parfaite.  Surgit une aube primitive à la racine d’images qui parlent en face à face de toute leur présence silencieuse capable d’agripper l’inconscient. D’où la nature princière de travaux moins austères qu’ils le paraissent. Surgissent la clarté d’un monde tu, la confondante voix des ombres et la transmutation de vie en vie là où toute nuit est lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

15:28 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Judith Deschamps ou le jeu du virtuel & du réel

 

 

 

 Deschamps 2.jpg« To-day was Judith Deschamps », du 8 mars au 4 avril 2015, Collectif Rats, Mouettes, Place de l’Ancien-Port 1, Vevey, Suisse.

 

 

 

De la photographie et la performance à la réalisation de films, Judith Deschamps démonte les codes de la culture et des images jusqu’à ce que le regardeur doute non seulement de ce qu’il voit mais de lui-même. Vivant autant à  Strasbourg qu’à Paris, à Santa Monica qu’à New-York, l’artiste mélange le virtuel et le réel. Si bien qu’il est difficile dans ses œuvres de savoir qui est qui, qui est quoi. Le réel et l’identité sont donc interrogés à travers divers médiums et médias où l’artiste met en scène son existence dans la suite de Warhol ou Sophie Calle mais selon ses propres principes.  Images et discours se font et se défont au profit de narrations intempestives drôles et graves.  

 

 

 

Deschamps.jpgLa critique proposée est moins sur l’art que les médias. Un univers hybride apparaît presque insidieusement. Tout semble rester à l'état de chimère mais c’est un moyen de recréer le monde et lui faire du bien.  Il ne cesse  d'entrer dans le regard afin de biffer le béant, le béat, le néant.   De pures fantasmagories, surgissent un miroir et notre psyché.  Toute l’œuvre reste une sorte de dérive. On se laisse aller à l’ivresse de sa pente et à son émoi particulier au moyen de « masques » qui conduisent derrière le réel. Judith Deschamps y rassemble des éléments hétérogènes.  Il est soudain légitime d’espérer voir  "comme dans un rêve" là où l'artiste entrouvre l’eau du monde pour ramener ce qui est enfermé dans ses profondeurs. L'œuvre est donc bien un miroir. Toutefois il ne renvoie pas notre visage mais le fond de notre inconscient.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:09 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

02/03/2015

Christian Jelk et le présent gnomique

 

 

 

 

Jelk portrait.jpgChristian Jelk, Le vingtième et unième sera spirituel ou ne sera pas, galerie d’(A), Lausanne

 

 

 


Au visage christique de Christian Jelk répond sa recherche.  Architecte et donc maître du dessin il en fait un outil de la pensée. Mais la  gravure la pousse encore plus loin en portant les traits vers une autre qualité de transparence. Celle-là demande plus d’attention que le dessin qui ne fait que tracer. Or mais la gravure « incise », elle ne peut être reprise ou corrigée.  Toutefois Jelk s’en sert aussi et paradoxalement pour donner plus d’instinct à son savoir-faire de dessinateur. A travers elle il intervient sur  les photographies de femmes des magazines de mode. Il les métamorphose  au moyen de scotchs colorés qui les lardent jusqu’à construire leur quasi disparition. De l’épreuve tirée après passage au noir d’imprimerie ou de suie surgit  une empreinte fantomâle. De la sexualisation standard des images émerge une spiritualisation de la représentation. L’œuvre ne témoigne donc pas d’un simple plaisir de montrer. Surgit le  “ présent gnomique ” d’une contemplation spéculative. Elle suspend et surprend la vision, permet d’entrer en ce qui touche à l’instable contre l’évidence factice des apparences. L’artiste les exorcise.

 

 

 

Jelk 3 bon.jpgExcoriée l’image ne laisse plus le regardeur en état de passivité.  Le Vaudois atteint le réel autrement qu’à travers la chair en maniant la douceur comme l’énergie spatiale capable d’agir sur l’être et son regard. L’illusion réaliste n’est plus possible. Les corps  montrent leur pâleur intérieure dans un environnement quasi abstrait. Plus qu’à un échange sexualisé le voyeur assiste de facto à la réalisation physique de figures de langage : « Ne pas avoir la tête sur ses épaules »,  « avoir la tête ailleurs », « avoir les bras et les jambes coupés ». Toutes ces expressions peuvent être prises au pied de la lettre. Jelk ramène au « pur » langage en une procédure d’effacement, d’oblitération. Il s'approche de quelque chose d'essentiel en déliant les purs effets de réel  en  portant de la sensualité à la spiritualité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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