gruyeresuisse

04/07/2015

Claudio Moser ou l'amour des verticales

Claudio Moser,  « Noon at night », Skopia / P-H Jaccaud, Genève 28 mai – 11 juillet 2015.


 Moser 2.jpg


Claudio Moser est fasciné par la fluidité de la verticalité et sa note portée aux infinis reflets de l’attente. Les étendues paisibles des paysages comme des architectures  brillent de leur souffle ascendant comme aboutissement. Il n’y aura pas de tempête. Le réel est expurgé de ses méandres et donne à l’extase visuelle l’odeur  pénétrante des senteurs d’épure et d’effluve. L’immensité rejoint ce qui la raccroche au monde. Les lignes se fixent pour gagner sur le chaos. Le réel - fléché vers le haut - n’opte pas pour autant une révélation mystique. Simplement à la place d'une errance l'espace se  rebâtit selon une vision où la sérénité remplace l'angoisse. Un front avance et s'élève.  "Atmosphériquement" suspendu, immobilisé par la photographie il est reconstruit par une force d’érection qui invente une poésie de l'espace plutôt rare dans la photographie et l'art du temps. A nous de montrer dans la fable de tels lieux.


 


Jean-Paul Gavard-Perret


03/07/2015

Caroline Chevalier : un grand besoin de pureté

 

 

 

 

 

Chevalier.pngChez Caroline Chevalier le corps n'est jamais amoindri ou "sali". Sans être détaché du réel il s'en dégage. L'immobilité ne pèse  plus sur lui. Le temps s'arrête là où le corps est plus serré que l'oubli. Pour autant il reste  libre en des gestes rompus ou retenus. Une beauté vaporeuse domine et rapproche de la spiritualité. Caroline Chevalier crée des cérémonies du silence là où le présent devient sans terre, où le corps perd sa lourdeur. Il sonde le vide : le regard pénètre dans la pensée, le vide disparaît dans le corps qui pour autant ne répond pas à une simple logique du rêve.

 

Chevalier 3.pngReste le trouble étrange où le corps déplace la pensée, repousse les fantasmes et ses limites charnelles afin de proposer des audaces plus conséquentes. Le corps habite toutes les formes où vivre est autant se vider que se remplir dans un mouvement que l'artiste poursuit, approfondit.

 

Oui, le corps se remplit de "vide" et se vide de ses limites. Se vider n'est pas disparaître, c'est effacer certains archétypes pour ramener à une sorte d'essence du féminin. Exit le psychologisme de la douleur ou du plaisir. Se montre sans doute quelque chose du désir mais il ouvre sur d'autres lieux que la chair.

Chevalier 2.pngLà où la femme s'érige surgit une limite, un intouchable. Plutôt que miroir la photographie devient le moyen au regardeur de faire entrer en lui son propre vide, un vide qui laisse la place à la méditation plutôt qu'au songe creux. La présence est aussi "absence"  mais elle sonde le réel, elle ne le quitte pas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:41 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

02/07/2015

Le lyrisme de Katharina Grosse

 

 

Grosse.jpgKatharina Grosse «Sieben Stunden, Acht Stimmen, Drei Bäume», Museum Wiesbaden, Galerie Mark Muller, Zurich

 

 

Frontières, limites extrêmes, seuils mais aussi cœurs ouverts deviennent pour Katharina Grosse une manière d’explorer ce qui tient à l’incessant devenir de son « moi » et du monde. Trop d’artistes les confondent avec le néant et les  maintiennent à distance.  Katharina Grosse s’y refuse. Elle transforme la peinture en cérémoniel coloré et lyrique. Elle divague parmi des ruines,  se retire ou se perd auprès des vagues. En surgit par effet onirique une mystique sensuelle qui transmute causes et effets.

 

Grosse 2.pngL’œuvre échappe au morcellement sinistre et à la mollesse des temps. Elle crée un univers où  la peinture devient la présence  miraculeuse entre le poids d’un passé nécrosé et la vanité d’un avenir douteux. Ce présent poétique est la reprise des images écoulés et connues par une présence qui leur porte secours et en répond quel que soit leur poids de douleur et de joie, de solitude ou de partage. Katharina Grosse transforme la vision en destin. S’y traverse des frontières. Le cœur palpite sur la musique du vent en une danse de vie plus que de mort. Il s’agit de vivre d’air et de lumière. Entre le dehors et le dedans.

 

Jean-Paul Gavard-Perret