gruyeresuisse

14/04/2019

Tristan Félix contre l'idôlatrie de l'apparence

Ovaine.pngTristan Félix rameute par la fiction une présence qui n’a rien de forcée. Ovaine est bien plus que son double. Ses métamorphoses sont là pour pénétrer d’une manière non discursive bien plus que les secrets du coeur de la créatrice. Elle nous met en "repons" avec un monde multiforme. D'où l'impression d'un voyage, d'un aller sans retour pour espérer rebondir plus avant par un tel manuel de "félixité".

 

Ovaine 2.jpgLa chronologie ne crée pas ici une continuité analogique sinon de type surréaliste. Au milieu de rapprochements inexplicables (?),  l'être  peut non seulement la bête mais se la doit. Le roman devient un bestiaire à travers des chemins qui semblent mener nulle part. Mais un tel propos hirsute réduit le "rêve de d'Alembert" à un divertissement d'ilotes.

Tristan Ovaine.pngS'élabore une procession fabuleuse dans un discours polyvalent où grâce à la vie animale la fiction devient la "théorie des exceptions" romanesque mais aussi un poème en prose polyphonique. Existe là une franc-maçonnerie esthétique et hérétique. L'héroïne comme son auteur n'y avance pas masquée mais impossible de les voir aller "une" et tout droit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tristan Félix, "Ovaine La Saga", Tinbad Roman, Editions Tindbad, Paris, 228 p., 23 E, 2019.

 

13/04/2019

Joseph-Charles Farine : hommage à Bill Culbert

Culbert.jpgJoseph-Charles Farine, "Bill Culbert - Last Station", Genève le 3 avril 2019.

Toute l'oeuvre de Bill Culbert (décédé le 28 mars 2019) est une constante recherche de lumière. Charles Farine qui a travaillé longtemps avec lui vient de lui rendre un vibrant hommage : "Il vient de fermer ses yeux et les miens sont embués de larmes aux souvenirs si intenses de vie et d’émotion, de création que nous avons partagés ensemble, dans l’amitié toujours et l’exigence du travail."

Culbert 3.jpgCulbert a toujours cherché des manières de perforer le monde des ombres avec sa propension à créer des émerveillements autant par la lumière céleste que celle des moyens de la remplacer en divers agencements drôles, surprenants, fantaisistes, fantastiques. Le tout avec humilité et prégnance pour illuminer le monde de signaux poétiques.

Culbert 2.jpgRemettant en question l'approche de la sculpture Culbert en a multiplé les approches en une liberté d'interprétation passant à l'abstraction comme à la symbolique minimaliste. Et c’est sans doute parce qu'il ne peut pas accéder à tous les secrets qu'il a créé une telle œuvre. Elle devient un moyen d'offrir une émotion qui n'a rien de façade mais de profondeur d'âme dans l'esprit duTao. Existe toujours un travail rigoriste en des évocations proches du silence où la vie demeure présente même si se sentent des gouffres sous l'apparence. Mais contre le désastre croissant de l'imaginaire l’artiste provoque une présence qui donne toute la clarté à l'existence.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/04/2019

Vivre avec - ou les artistes de la galerie Dubner Moderne

Bubner bon.jpg"Vivre avec art", Artistes de la galerie", Dubner Moderne, Lausanne, printemps 2019.

Le "vivre avec" implique ici  forcément comme corollaire le mot "art". D'autant que la galerie ne cesse de proposer des oeuvres rares, toujours élégantes voir précieuses (on pense par exemple à Li Jin et ses aquariums). Dubner Moderne cherche toujours des créateurs qui cultivent une culture de la beauté sans se proccuper de la simple idée ou uniquement du parti-pris des choses.

Dubner 2.jpgL'art possède en effet un autre voyage. Matt Mignanelli, Manuel Müller, Guilio Lucarini, Xue Jiye, etc. : l'eventail est large. Mais jamais rien de dérisoire ou de pompeux dans les choix de tels artistes. L'exigence est le maître mot de la galerie : si bien que "sacrifier" quelques économies à un coup de coeur peut représenter un placement même si ce qui compte avant tout demeure la plus-value d'émotion et de réflexion que permet un tel achat.

Dubner 3.jpgEntre les impasses de l'abstraction et de la mimesis, les oeuvres retenues offrent toujours un point de vue qui interroge et propose une résurrection de l'image. Il existe à tout amateur la possibilité de constituer ici une véritable collection vivante, verticale et qui se refuse à toute passivité commémorative. L'éloge du goût et un appel à une modification du regard sont engagés. Et sans, bien sûr, oublier le plaisir qui ici et contrairement à ce que disait Baudelaire ne "tue" pas mais ravit.

Jean-Paul Gavard-Perret