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30/05/2018

Batia Suter : le pouvoir du montage

Suter 2.jpgBatia Suter, “Sole Summary”, Centre Culturel Suisse de Paris, du 9 juin au 15 juillet 2018.

 

Née en Suisse et installée Amsterdam, Batia Suter travaille avec un grand réservoir d’images qu’elle rassemble, puis choisit pour les retoucher et les agencer en séquences. Pour son exposition au C.C.S. elle est partie d’images de curiosités et de peintures qui ont appartenu à une de ses tantes suisses. L’exposition lui rend hommage en une sorte de « memento mori » mais devient tout autant une enquête filée à partir d’un univers intime compilée par cette parente.

Suter 3.jpgL’œuvre de Batia Suter devient un voyage pluridimensionnel dans le temps, la culture et les goûts d’une femme qui à défaut d’objets (trop chers pour une modeste secrétaire née en 1940) se contente d’images. Elles lui ont servi à la fois de rêve et de substitut.

Suter.jpgCe travail devient une suite aux deux volumes de la « Parallel Encyclopedia » (éd. Roma Publications) de l’artiste. Il pousse l'exploration du monde en une profonde épaisseur. L’artiste fait parcourir des espaces glacés ou brûlants qui obligent à une gymnastique intellectuelle et mémorielle. L’œuvre ne détruit en rien l’imaginaire et la temporalité. Elle les reconstruit pour une autre espace et une nouvelle respiration. Et ce dans un seul but : ne pas dévoiler autre chose mais montrer autrement.

Jean-Paul Gavard-Perret

P.S. Batia Suter présente aussi « Radial Grammar » du 26 mai au 26 août au Bal, en association avec le CCS.

Les métamorphoses de Erik Madigan Heck

eck 3.jpgErik Madigan Heck, « Old Future » Christophe Guye Galerie, Zurich du 3 mai au 25 août 2018, Ouvrage publié par Thames and Hudson, 28 £.

Erik Madigan Heck a créé un langage particulier dans la photographie de mode. « Old Future » le prouve. Ce projet est né d’une création d’un portfolio pour la marque "Comme des Garçons" et afin d’accompagner le lancement de l’exposition de Rei Kawakubo au Metropolitan Museum of Art de New York. Dans son approche il s’intéresse plus au travail d’un créateur (ici Rei Kawakubo) qu’à une simple illustration de la mode.

heck.jpgUn graphisme photographique empreint de formes nettes ou efflorescentes et du jeu des couleurs crée une suite de tableaux où le vêtement et son contexte se mêlent. L’approche joue autant de l’épure que d’une sorte d’impressionnisme mais aussi expressionniste. Le visage blanc de Saskia de Brauw est au centre de formes décalées ou étirées ; en fusion et résonnance avec la conception du styliste. Celui-ci remet les poncifs en question via – entre autres - ce qu’il nomme des « non-tissus ».

heck 2.jpgLes photographies soulignent une telle production. Elles démontrent que la beauté n’a rien de fixe mais est affaire de métamorphose du vêtement comme de l’image. Le créateur invente un univers poétique où se mêlent toutes ses influences : Vuillard, Degas mais aussi – et ce qui est plus étonnant - Peter Doig, Marlene Dumas et même Gerhard Richter. Dès lors la fascination de l’œuvre réside dans la figuration d’une intimité subjective.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/05/2018

Julie Peiffer et les jeunes filles en fleurs

Pfeiffer 4.pngPresque impalpables les silhouettes de Julie Peiffer mettent à nu une présence qui sous le voile d’une presque nudité demeure masquée. C'est pourquoi l'artiste a tant de mal à figer chacune de ses modèles de manière définitive. La manifestation de la féminité prend chez elle un grain particulier. La sensualité reçoit un aspect intime par effet de surface dans le gris, parfois un monocolore rouge abstractif ou encore les couleurs.

Pfeiffer.jpgLa photographie dans une telle approche ne se cache plus derrière un sujet qui par excellence la vampirise. Mais Julie Peiffer maintient le féminin dans une ambiguïté. Aux effets de lumière s’ajoute une qualité particulière des poses : elles jouent parfois de l’audace, parfois de la pudeur. Surgit une étrange matérialité de l’impression qui reste « sourde » au simple fantasme.

Pfeiffer 3.jpgIl s'agit de questionner autant le féminin que son rapport à l’autre. Néanmoins une certaine solitude perdure. L’artiste indique une sorte de frontière là où surgit des insinuations particulières allusives. La femme prend une valeur d’icône conjuguée au quotidien. La visée psychologique disparaît. Les femmes restent perdues ou anonymes dans leur décor. La complexité et la complicité des prises les saisissent au sein de la fixité ou du mouvement. Tout reste sous-jacent pour mieux avancer. Mais comme sur des œufs. Il ne faut rien briser.

Jean-Paul Gavard-Perret

Œuvres visibles à la Paul Steward Gallery, Paris.

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