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16/05/2013

De Lausanne à Blitzingen : entretien avec Annaïk Lou Pitteleoud

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De Lausanne à Blitzingen : entretien avec Annaïk Lou Pitteloud

Réalisé avec l’ariste par Jean-Paul Gavard-Perret, le 16 mai 2013.

 

 

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le réveil

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Ils sont en marche

A quoi avez-vous renoncé ? A rien

D’où venez-vous ?  A l'instant, de l'aéroport

Qu'avez-vous reçu en dot ? Ma maman et mon papa me renieraient si je me mariais

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Money and fame

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Le quotidien

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Rien

Quel fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Un manteau en fausse fourrure fuchsia

Où travaillez vous et comment ? A l'atelier en ateliérisant

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Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? Les bruits du PMU d'en-dessous

Quel est le livre que vous aimez relire ? 'La double pensée, Retour sur la question libérale' de Jean-Claude Michéa

Quel film vous fait pleurer ?  -…

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Ma gueule

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Personne

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Blitzingen

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Steve Van den Bosch

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?A little less conversation, a little more action

Que défendez-vous ?  La paresse

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  Plötzlich diese Übersicht!

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Compréhensible

15/05/2013

Hubert Renard : Autobiographie du tableau

 

 

 

Hubert Renard, « Sans Titre », Art&Fiction,  coll. « Re :Pacific », Lausanne, 2013, 184 pages, 30 euros..

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Vidéaste, photographe, dessinateur de plans improbables mais fascinants Hubert Renard est un artiste du paroxysme. Et désormais un écrivain du même type. Dans « Sans titre » il joue avec la fiction afin que la peinture – son acte fondateur comme son exposition -  mérite  une autre attention.  Tension et abandon, évidence et perte, réalité et rêve deviennent indissociables.

 

Dans « sans titre » (nomination souvent accordée au tableau plus qu’à un livre)  grand chef d’œuvre du XXIème siècle se confesse à un visiteur pour redresser ce qu’on raconte à son propos. Cet objet « supérieur » va ainsi se « réfléchir » de sa naissance à son accrochage. Il a beau affirmer au visiteur  « Laissez moi vous dire que je suis comme vous infiniment surpris et totalement incapable d’expliquer ce phénomène qui nous lie » le « narrateur »-objet et sujet met à plat le système de l’art et donne des indices sur ses mystères.

 

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Un tel « biopic» ne risque pas de dégénérer dans un triste bavardage autobiographique. Il reste la fiction d’une fiction. Une fiction de la peinture comme le fit Balzac avec son « Chef d’œuvre inconnu ». L’autobiographie de l’objet permet de comprendre les hautes et basses taches que réclame le travail artistique. L’écrire revient à dégager l’image de son  enveloppe, d’approfondir sa figure pour tenter d’en faire apparaître une autre.

 

Il prouve que - même en plus belle fille du monde – la toile ne peut même pas montrer tout ce qu’elle a. La fiction se charge de ses cris muets, de sa rigueur, de sa sincérité et aussi de sa rouerie. Les mots deviennent son abréviation ou son prolongement incantatoire. Une« ex carnation » en émane : elle dépasse le merveilleux mirage qu’on accorde à l’art.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

11/05/2013

Claire Nicole : à corps perdu, accord ouvert.

 

 

Livres de Claire Nicoles entre autres aux éditions Empreintes (Chavannes-près Renens) et éditions Couleurs d'Encre (Lausanne).

 

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A travers une série de "constantes" et en partant du réel Claire Nicole construit une œuvre passionnante et exigeante. Tout se saisit dans les profondeurs d’abîme qu’il convient e découvrit patiemment. "Ce qui me surprend, c’est que je pars d’éléments, de matériaux qui sont tirés de notre univers pour bâtir un autre monde qui n’a rien à voir, précisément, avec les images que l’on rencontre en voyageant et qui auraient pu servir de fil conducteur à ma peinture. On n’invente rien, on met en forme différemment. Le monde qui m’intéresse est celui de mes propres émotions, quel que soit le lieu ou l’atelier dans lequel je me trouve. Paradoxalement, je ne travaille pas dans la nature..., j’aime l’atelier fermé. La nature, je l’aime pour m’y promener" écrit l’artiste. 

 

Il faut en effet l'isolement et le silence pour que surgisse  ce qui se trame pour la révélation d’un secret.  Claire Nicole découvre  un  champ du visible en ouvrant un accès comme défendu, dans le non-manifeste, le non manifesté. Hors du tumulte elle achemine la vision sur un carré  d'inconnaissance en agrégeant le sol à l'encre. La terre gravide, les limons intégrés deviennent  des corps gravé, des  rapts  de lumière, dans l'infranchissable énigme de l'ailleurs ici même, ici bas. L’excavation du cuivre, l'ajout des matières, la complexification des espaces explorent le réel afin de pénétrer l'inconscient du monde, de l'être et sa déhiscence.

 

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Dans les œuvres de Claire Nicole surgit une surface particulière qui suscite le sentiment d’une texture. Celle-ci garde mémoire de tous les accidents, les traces d’éraflure ou de blessure jusqu’à sembler une peau scarifiée par laquelle s'éprouve la sensation de contact directe, presque physique avec de tels travaux. Les premiers essais lithographiques de l’artiste remontent au début des années soixante. Progressivement ses estampes deviennent plus expérimentales : les superpositions de divers procédés s succèdent aux lithographies obtenues en un seul passage, la couleur se substitue au noir.

 

Sous la gouache qui la métamorphose en  divers tonalité d'une même couleur une surface rugueuse mais lisse (par la loi de la presse du graveur) est marquée de l’empreinte du temps mais permet de pénétrer plus loin dans la matière. Soudain une réalité inconsciente reprend corps à partir de  ces matériaux  imprégnés à nouveau de vie par on ne sait quelle mémoire : mémoires des êtres ou celle du temps, contrainte du regard par la matérialité de l’objet ou la sédimentation des signes. Ils  nous livrent parfois et paradoxalement l’épaisseur de la “ chair ». Chaque image induit un véritable dévoilement. Elle possède le pouvoir de réduire ou de condenser l’univers en des figures simples et qui paraissent énigmatiques. 

 

Il existe de plus chez l’artiste une certaine “ mystique ” dans la mesure où à travers ces œuvres se découvre une présence magique. Chacune devient icône, image mentale par la mise à nu de la spécificité du langage plastique en une sorte d’incarnation ou d’écho au chant d’Hypérion : “ Tout advient par désir et s’achève dans la paix. Les dissonances du monde sont telles les querelles des amants. Leur réconciliation fait que ce qui a été séparé se rassemble ” . Ainsi, par delà la surface, sorte d’écume des jours et de vie,  un accord profond abrite ce qui devient  dans le travail de l’artiste une forme de chant capable de faire ressentir une troublante présence au monde.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret