gruyeresuisse

19/02/2014

Erica Pedretti : d’autres miroirs que les yeux

 

 

 

 pedretti.jpgLorsqu’elle est romancière, Erica Pedretti écrit des vies selon divers regards et formes de récits. Elle tente de reconstituer les mémoires en ruines de celles et ceux qu’elle a connus en donnant vie à ses héros ou plutôt ses perdants  aux existences en charpie. Ils sont restés silencieux le long de leur existence : dans l’œuvre ils se mettent à parler d’une voix surprenante et parfois décousue. Elle avance pour percer le silence et afin qu’un souvenir encore vivant ne se réduise en une simple fiction. Si tout était terminé une fois pour toutes entre la romancière et le personnage elle n’y penserait plus et n’aurait plus besoin d’écrire sa « vraie » histoire.  Néanmoins la romancière garde  une distance avec ses modèles  à la fois pour évite la myopie et parvenir à casser certains refoulements de la mémoire. Et l’auteure de préciser : « quand on est plongé dans quelque chose, quand on est personnellement touché, je ne crois pas qu’il soit très facile d’en parler et de trouver une forme qui ne soit pas sentimentale ou de mauvais goût. Mettre en forme quelque chose que l’on est en train de vivre me paraît presque impossible ». L’oeuvre n’a donc pas forcément un pas un élément concret à  transmettre : elle est la parole ou l’image intentée à l’absence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/02/2014

Mireille Gros : l’image à peine, à peine

 

 

 

Gros.jpg Mireille Gros en 2014 : Auswahl Kunsthaus Aarau, « Ouvrir les archives », S.F.I.T. Zurich.

 

 

 

Mireille Gros pourrait s’écrier comme la Winnie dans Oh les beaux jours : "Assez les images". L’image (peinture, photographie, dessin, installation) devient une ombre passagère ou est donnée comme telle dans ses faibles émergences poétiques. Si l’image fonctionne encore comme un piège à regard c’est par le moins qu’elle rehausse à peine. Pour elle - comme pour Beckett déjà cité -  "l'image la plus forte, c'est l'image de rien, de personne ». Elle frôle la suppression et l'anéantissement du monde à qui elle donne un relief particulier.

 

 

 

Gros 2.jpgFuyant l’image solaire,  l’artiste qui a beaucoup fréquenté les musées, est férue de peinture et aime l'érudition. Elle joue sans cesse de blanches résurgences à peine rehaussées de quelques traits ou volumes d’où se dégage simplement l'exprimable pur. Il s’agit d’un art presque impossible puisqu’au seuil de la visibilité se donnent quelques éléments capables de sortir  du chaos en une  évaporation qui va  jusqu'à la transparence et où rien ne peut être réel que ce  rien capable d’atteindre l'outre voir. Les images de Mireille Gros sont donc bien autre chose que la possession carnassière des apparences. L’artiste se barricade contre l'invasion d’une illusion jugée illégitime. L’art devient la preuve que la nature comporte des rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres : les dessins les érigent de la manière la plus ténue possible mais non sans une discrète sensualité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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17/02/2014

Henni soit qui mal y pense - Daniela Keiser

 

 

 

Keiser.jpgDaniela Keiser, Kunstmuseum Solothurn,  Solothurn, du 22 février au 27 avril 2014

 

 

 

 

Daniela Keiser en saisissant les figures du réel ne cesse de les détourner de diverses manières : ironie, citations, renversements de champs et d’angles etc. prouvent que la figuration est un piège.  Par ses prises les plus simples comme dans les plus sophistiquées l’artiste zurichoise produit un faux-sens, une ouverture. Celle-ci n'est jamais une impasse mais oblige à une méditation sur la nature de l’image dégagée de toute esthétique wagnérienne. Ce qui fait « décor » sort du contexte pour prendre de court la commodité du regardeur. Daniela Keiser la délaisse au profit de prises intempestives où il n’est pas jusqu’à un cheval à être renvoyé vers sa solitude irrévocable. Il contente d’exhiber son derrière mais jamais en divette de music-hall qui pétillerait comme du champagne rosé. Il s’exécute placidement avant qu’un pâle palefrenier siffle sur ses doigts, plus fier qu’un merle au bord d’un toit.  Et si  chacun est venu sur terre pour montrer ce qu’il peut faire Daniela Keiser rappelle qu’en ces sursis provisoires  beaucoup - cheval en tête - sont victimes d'une erreur de distribution. Ils sont saisis ici en des perceptions et perspectives inattendues. Elles montent  un étrange ordre des choses, fait d'ordre en mal de choses, de choses en mal d'ordre. Le tout dans le doute d’une indubitable présence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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