gruyeresuisse

06/07/2015

L’étrange jeu du chat et de la souris de Charlie Engman

 

 

Endgman 2.jpgLe jeu qu’a inventé le célèbre photographe Charlie Engman avec sa mère pousse à de multiples interrogations. De sa génitrice il dégrafe bien des chemisiers, entrouvre ses vestes et  ses robes. La mère semble vouloir (parfois) se dégager du regard du photographe. Mais celui-ci furète, détourne, gravite, ose la nudité de la génitrice et  l’émoi qu’il suscite. Le visage de la captive est toujours offusqué néanmoins elle se prête au jeu. Avec une certaine luxure et un instinct féminin et maternel elle comprend l’audace et le tourment de son presque martyr de fils. Pour lui l’équinoxe des images et ses accords de voluptés doit s’accorder au plus brulants des sujets : celui de la première femme dont il ne connait que ce que Quignard nomme « la nuit sexuelle ».

 

Endgman 3.jpgA travers ses repères figuratifs ne jouent-ils pas métaphoriquement parlant les « re-pères ».  Le jeu en vaut-il la chandelle ? Certes l’inceste est remisé eu égard à l’homosexualité du photographe. Néanmoins la froideur et la chaleur d’Eros se mêlent dans une étrange chasse où le regardeur est  soumis à un régime particulier qui va de la fascination à la gêne face à un corps dont Engman se réserve l’image pour se consoler de la chose… En feignant de ne pas y toucher il peut toutefois  s'abandonner aux délices de l'entre-deux. Il ne cesse de faire tressaillir l'onde d'une mère-algue caressée doucement par la lumière selon une gamme érotique ponctuée d'arpèges où le vide prend toute la place mais reste aussi une forme de plein.  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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04/07/2015

Claudio Moser ou l'amour des verticales

Claudio Moser,  « Noon at night », Skopia / P-H Jaccaud, Genève 28 mai – 11 juillet 2015.


 Moser 2.jpg


Claudio Moser est fasciné par la fluidité de la verticalité et sa note portée aux infinis reflets de l’attente. Les étendues paisibles des paysages comme des architectures  brillent de leur souffle ascendant comme aboutissement. Il n’y aura pas de tempête. Le réel est expurgé de ses méandres et donne à l’extase visuelle l’odeur  pénétrante des senteurs d’épure et d’effluve. L’immensité rejoint ce qui la raccroche au monde. Les lignes se fixent pour gagner sur le chaos. Le réel - fléché vers le haut - n’opte pas pour autant une révélation mystique. Simplement à la place d'une errance l'espace se  rebâtit selon une vision où la sérénité remplace l'angoisse. Un front avance et s'élève.  "Atmosphériquement" suspendu, immobilisé par la photographie il est reconstruit par une force d’érection qui invente une poésie de l'espace plutôt rare dans la photographie et l'art du temps. A nous de montrer dans la fable de tels lieux.


 


Jean-Paul Gavard-Perret


03/07/2015

Caroline Chevalier : un grand besoin de pureté

 

 

 

 

 

Chevalier.pngChez Caroline Chevalier le corps n'est jamais amoindri ou "sali". Sans être détaché du réel il s'en dégage. L'immobilité ne pèse  plus sur lui. Le temps s'arrête là où le corps est plus serré que l'oubli. Pour autant il reste  libre en des gestes rompus ou retenus. Une beauté vaporeuse domine et rapproche de la spiritualité. Caroline Chevalier crée des cérémonies du silence là où le présent devient sans terre, où le corps perd sa lourdeur. Il sonde le vide : le regard pénètre dans la pensée, le vide disparaît dans le corps qui pour autant ne répond pas à une simple logique du rêve.

 

Chevalier 3.pngReste le trouble étrange où le corps déplace la pensée, repousse les fantasmes et ses limites charnelles afin de proposer des audaces plus conséquentes. Le corps habite toutes les formes où vivre est autant se vider que se remplir dans un mouvement que l'artiste poursuit, approfondit.

 

Oui, le corps se remplit de "vide" et se vide de ses limites. Se vider n'est pas disparaître, c'est effacer certains archétypes pour ramener à une sorte d'essence du féminin. Exit le psychologisme de la douleur ou du plaisir. Se montre sans doute quelque chose du désir mais il ouvre sur d'autres lieux que la chair.

Chevalier 2.pngLà où la femme s'érige surgit une limite, un intouchable. Plutôt que miroir la photographie devient le moyen au regardeur de faire entrer en lui son propre vide, un vide qui laisse la place à la méditation plutôt qu'au songe creux. La présence est aussi "absence"  mais elle sonde le réel, elle ne le quitte pas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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