gruyeresuisse

10/06/2013

Métamorphoses de Sandrine Pelletier : Aliens et paysages fantastiques

Pelletier 2.jpgInfatigable et insatiable travailleuse, une œuvre ou une série à peine terminée, Sandrine Pelletier pense déjà à celle qui va la suivre et de la surprendre. Ayant jamais perdu ses rêves d’enfants  l'artiste les réalise. Et elle poursuit à travers ses œuvres et leur matière une quête d’elle-même et du monde. Un monde et un soi non fixes et complexes.

Sandrine Pelletier est toujours à la recherche des traces qui mêlent dans le présent un passé nourricier et un futur insistant. Elles  sortent du plan en diverses matières pour devenir sculptures par démultiplication du phénomène créatif. Il ressemble à une vis sans fin. L’artiste y mène toujours plus loin  sa réflexion plastique.

Elle compose dans l’espace avec des matériaux tels que - par exemple - le verre. Elle traite en premier lieu  leur surface puis les intègre dans l’espace avant de revenir à nouveau à la surface. Comme le précise l’artiste : « je travaille ainsi en boucle, l’œuvre étant alors le résultat d’un processus circulaire, d’un retour incessant ».

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Il s’agit d’architecturer du ressenti avec l’espace et la matière au sein de  combinaisons d'iconographies populaires, fantastiques ou symboliques (le cheval par exemple) à laquelle la créatrice accorde de nouvelles connotations. Partant du réel l’imaginaire explose en délire et non sans humour - noir à tous les sens du terme - avec fantômes squelettiques ou fantastiques, « aliens » et autres figures plus ou moins diaboliques.

 

Par ces traces et ses volumes la Lausannoise cherche  une « surnature ». Elle joue  avec l’instabilité des états de la matière dont certaines statues de bitume sont l’exemple parfait. Formes et informes gardent partie liée. Archaïques en apparence de telles oeuvres ont à la fois d’avant et d’après monde à travers des états qu’on nommera «  passants». Ils témoignent d’une déliquescence et d’une sorte de ruine mais en les excédant et les magnifiant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

NB l’artiste a exposé entre autres à la Galerie Rosa Turetsky, Genève à la Taché-Levy gallery, Bruxelles, à la galerie Pieceunic, Genève, à l’Espace Doll, Lausanne. Mais aussi à Kyoto, Los Angeles et Milan.

12:48 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Sandrine Pelletier : Entretien avec la Truite.

 

 

 

 

Pelletier.jpgInterview de Sandrine Pelletier par Jean-Paul Gavard-Perret, juin 2013

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?  Mes chats tonitruants

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Des projets en cours

A quoi avez-vous renoncé ?  A devenir danseuse 

D’où venez-vous ? D'un endroit simple et complexe.

Qu'avez-vous reçu en dot ? J'adore l'expression un peu datée de: "je suis vieille fille"...

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?  Le confort

Un petit plaisir - quotidien ou non ?  Me promener, manger, fumer, boire, rire de tout.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?   Mes branchies, pour pouvoir faire la truite.

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? 1.Un grand cendrier en cristal de Muran 2.le dos des coccinelles 3.Alice Cooper

Où travaillez vous et comment?  Lorsque j'en ai un, à mon atelier. Sinon, dans la nature et dans différents lieux d'exposition où je suis invitée.

J'aime travailler au sol/avec le sol et j'aime l'improvisation, surtout en extérieur.

 

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?  Un panel large allant de l'EBM belge aux musiques traditionnelles arabes en passant par les bandes originales de film.

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? Les Atlas

Quel film vous fait pleurer ? Antartica

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ?  Quelqu'un d'un peu plus âgé que moi

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?  Au passé composé

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?  L'Afrique

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?  Eva Hesse, Jim Henson, Clarisse Tranchard

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?  Une perceuse et des fleurs.

Que défendez-vous ?  Les êtres sans défense. 

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas" ? C'est le style de phrase reprise par un garçon avec qui on se sent mal à l'aise et que l'on a subitement envie de fuir.

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?". Pardon?

 

 

Sandrine Pelletier a exposé  à la Galerie Rosa Turetsky, Genève à la Taché-Levy gallery, Bruxelles, à la galerie Pieceunic, Genève, à l’Espace Doll, Lausanne. Mais aussi à Kyoto, Los Angeles et Milan (entre autres).

 

 

 

 

12:22 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

09/06/2013

Un thé au Sahara, un fendant à Lausanne avec Marcel Miracle

Miracle 2.jpgMarcel Miracle, "The Solo Projet" – Galerie Magnin-A, Art Fair. Basel, 13-16 juin 2013

 

Né en 1957 à Madagascar, Marcel Miracle vit à Lausanne et dans le Sud tunisien. Géologue en Afrique, instituteur en Suisse, tourneboulé par la toile de Magritte « Le maître d’école », il ne cesse depuis d’organiser le désordre du monde en cosmos. Maître ou postulant de la divination il la pratique Néanmoins, comme Sœur Anne, il ne voit jamais rien venir. Patient, il réalise des milliers de petits dessins à l’encre et crayons de couleur  ainsi que des collages. Ils ovulent de corps sort de ses abris et une géographique physique « chaosmique » s’y déploient. 

 

Le monde s’éparpille en une suite de propositions ludiques. Elles remontent du fleuve du réel aux affluents du songe tels des saumons roses bonbons. Par ce retour amont le créateur s’intéresse à ce qui reste lorsque le marchand d’âge est passé et que l’enfance du monde a perdu son visage.  Certes l’artiste ne caresse aucune illusion sur ses « misérables miracles » : « l’art passionne si peu les hommes qu'ils n'en finissent pas de s'inventer d'autres activités » écrit-il. 

 

 

Miracle.jpg Il n’en demeure pas moins que ses rats d’eau médusent. Même lorsqu’ils errent au milieu des déserts ils semblent recouverts de manteaux de vision.  Manière pour l’artiste de se méfier des mystificateurs de l'absolu qui prennent les regardeurs dans les filets du lyrisme. Face à eux il cultive son indignation ludique et en rien moraliste.  Il forge au besoin le faux pour exalter l'artifice et l’artefact. Le dessin reste donc pour lui l'erreur essentielle. Certes elle ne justifie pas de tout mais permet d'inventer une liberté afin de garantir des moments parfaitement inutiles.

 

Marcel Miracle convainc que lorsque le temps est aussi pourri que cette année la vie vaut moins d'être vécue dans les débuts de moissons du canton de Vaud  que dans les débits de boissons de Lausanne. Ici comme au Sahara l’artiste transgresse tout édit de chasteté. Son œuvre plastique est donc une mine dont il faut suivre la veine essentielle. Le texte parfois s’y mêle en des fables où des figures de sable mutent en  rochers et les rocailles en stuc ou skaï.  L’ironie et la dérision indiquent une voie  claire et précise: en avant doute !

 

Jean-Paul Gavard-Perret