gruyeresuisse

19/06/2013

En quête d'absolu : Walter Grab au Mamco

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Waler Grab, « L’Eternel Détour, séquence été 2013 », Mamco Genève

 

Walter Grab est né à Affoltern en 1927. Il est  mort à Zurich en 1989. Autodidacte et est très vite entré dans le secret de la « vraie » œuvre d’art là où émane un certain amour du faire, avec la main, avec le corps, avec la tête, il a appris qu'un artiste est un être d'aventure. C'esr un voyageur qui ne sait rien de lui, mais qui, tous les jours, continue de partir, sans savoir d'où il vient et où il va. Par son travail, le peintre progressa dans la compréhension de la vie et du monde invisible qu’il s’agit de déplier au besoin à l’aide de peintures de textes, de formules mathématiques et de schémas qui évoquent les mises en images ésotériques d’un fantastique très particulier..

 

Trop souvent  Walter Grab reste lié au Surréalisme. Sans doute parce qu’il a intégré participé en 1950  à la fondation du groupe « Phoenix » qui rassemblait des surréalistes suisses, autrichiens et allemands  (Kurt Seligmann, Otto Tschumi, Ernst Fuchs et même Arnulf Rainer). L’influence n’est pourtant pas aussi précise que cet adoubement au mouvement pourrait le faire croire. Son œuvre doit autant au Suprématisme et à des peintres tels que Mondrian et Kandinsky. Certes des figures plus ou moins morphologiques rappellent peuvent rappeler parfois Picabia et un esprit plus dadaïste que surréaliste.  Néanmoins le Zurichois est toujours resté indépendant. Peu à peu il est resté à l’écart de tout et non sans ascèse. Pour lui et afin d’aller  loin dans l'art, il fallait du travail et de l'humilité et vraiment quitter la terre. Son travail a exigé des moments de don et d'absence complète du monde. .

 

WalterGrab 2.jpgC’est tout à l’honneur du Mamco de sortir de l’indifférence un tel peintre. Celui qui avait représenté la Suisse à la Biennale de São Paulo en 1965 avec Meret Oppenheim, malgré des expositions régulières dans sa galerie zurichoise, tomba dans l'incompréhension, l'indifférence et parfois  le rejet.  Succès ou non pour  Walter Grab la création artistique resta une manière de vivre l'esprit sur terre et il a poursuivi  implacablement son travail sur la quintessence avec une  méfiance envers les excès de couleurs (sauf ses bleus fétiches).

 

Son art ne se veut pas « engagé » au sens restrictif du terme. Ce qu’il avait à « dire » il le réalisa dans son atelier et avec son travail. Fidèle au chemin austère de l'abstraction géométrique, privilégiant les lignes, les angles droits, les surfaces monochromatiques ses toiles sont souvent fondées sur des rythmes d'horizontales et de verticales. Chargées de spiritualité son Evangile elles sont des modèles de rigueur.  Et ce jusqu’à une des ses œuvres majeures  et dernières  « Waldsymphonie » (Symphonie sylvestre - 1985) sorte de commentaire et transfiguration des différentes versions des « forêts » de Max Ernst. Plus qu’hommage au peintre surréaliste il s’agissait pour son cadet d'atteindre une peinture pure et vraie sans se rapprocher de la figuration.  D’où  le recours à une nudité abstractive proche de la vérité que toute autre forme d'expression.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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18/06/2013

Marcel Vidoudez le Janus

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 Collectif, « Marcel Vidoudez, dessinateur érotique, illustrateur éclectique »- coffret de deux livres, chaque ouvrage 144 pages, 35 Euros, Editions Humus, Lausanne.

 

 Tout Suisse d’un certain âge connaît sinon le nom du moins l’œuvre de Marcel Vidoudez. Il baigna de ses œuvres l’imaginaire inconscient des jeunes helvètes en étant l’illustrateur de tant de livres pédagogiques. Bien des sarcasmes accompagnent aujourd’hui dans la Suisse francophone l’artiste. Graphiste et cinéaste d’animation l’auteur fut longtemps taxé de « ringardise ». Il est bon pour les jeunes créateurs suisses de tuer un tel père pour avancer. Un père double en l’occurrence. Les deux livres publiés par les Editions Humus le prouvent. D’un côté il y a l illustrateur éclectique » et main street. De l’autre l’illustrateur « électique » le dessinateur érotique qui vendit "sous le manteau" dans la Suisse romande du milieu du 20e siècle des aquarelles dites salaces. Elles semblent désormais aussi inoffensives que les « cheesecakes » de ses confrères américains : Alberto Vargas et Gil Elvgren : aà savoir  les filles qu’on dévore de vue mais qui ne s’épousent pas.

 

Leur charge érotique était pourtant chaude et le dessinateur fut mis parfois au banc des pornographes ! Preuve que les temps changent comme le prouve les textes de Pierre Yves Lador, Nicole Vidoudez, Michel Froidevaux. Néanmoins le dessinateur le plus populaire d’une époque désormais lointaine obtient une reconnaissance justifiée. Par delà les thématiques trop sanctifiantes ou à l’inverse quelque peu « renversantes » demeure un langage plastique particulier. Vidoudez se dégage subtilement du réel qu’il  évoque comme s’il vivait sa propre vie quelque soit le régime narratif abordé. Lignes claires, décors sobres, couleurs aquarellées marquent l’imaginaire du « voyeur » contemporain  comme ils modulèrent celui des écoliers d’abord assidus  et  sages avant que le feu prenne aux rêveries adolescentes lorsque dans  « l’enfer » de l’œuvre les bancs d’école étaient remplacés par d’intemporelles alcôves paradisiaques.

 

Vidoudez  n’a donc jamais eu besoin de recourir au fantastique. Il s’est contenté de créer des entrelacs et des artères compliquées et dynamiques plaquées de rose tendre pour suggérer les épidermes des écolières ou de leurs ainées à la cuisse plus légère. Dans les deux cas l’artiste sut adapter ses mouvements graphiques. Pour les dessins enfantins le trait est plus large, les plans plus placides. Pour les œuvres lestes le trait le devient au sein de dissymétries et d’oppositions en un jeu formel fait de courbes, sinusoïdes et longueurs d’« ondes» de choc où le fantasme est défénestré : manière de se faire voir même au fond du lit où les jeunes ou vieux garnements faisaient l’amour avec eux-mêmes….

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L’intérêt de l’œuvre n’est pas simplement historique mais bien esthétique. Un trajet repasse continuellement en divers croisements à l’intérieur de zones centrales ou adjacentes. Contre le dessin traditionnel l’artiste a inventé des arrangements, des  permutations, des combinaisons qui ne sentent jamais le bricolage même si l’artiste pouvait travailler à la hâte. Dans chaque oeuvre les formes se répondent et charment là où l’éros coule comme un sirop d’anis. Pour Vidoudez la liberté de création ne fut donc pas un pur slogan - d’autant qu’il ne portait jamais sa signature comme une médaille. Propédeutique ou libertine, par sa qualité, son travail va bien au-delà de son temps. Et si on avait demandé à l’artiste pourquoi il dessinait il aurait répondu sans doute que c’était  pour voir se produire chaque fois un curieux « miracle » où l’humour est présent. Pieux ou non là n’est pas le problème.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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17/06/2013

Andrea Heller est parfois trop fatiguée pour sortir

 

Heller.jpgL’artiste suisse Andrea Heller laisse vagabonder son imaginaire ou suivre des déclinaisons d’injonctions plastiques depuis plus de dix ans entre Paris et Zurich. Elle  a présenté à la galerie "Davel 14" de Cully au printemps 2013 un choix de dessins à l’aquarelle, une installation de papier et une édition sous forme de trois séries de porte-clefs gravés. Le quotidien espiègle est ici sa source d’inspiration. Et le  titre de l’exposition (tiré d’un sms) résume son projet général : l’erreur de direction y est toujours assumée comme potentiel créatif.

 

L’artiste aime flirter avec diverses types de perspectives voir de jouer avec le feu  pour son ombre comme pour sa lumière. A la fraîcheur amusée première fait place avec la maturité une ironie plus grinçante et un sens de la dérision qui se combinent à la qualité de réalisation. Proche des abîmes le travail n’y tombe jamais. Tout ce qui pourrait être hystérisé est canalisé dans le jeu d’effets opposés : le poids d’une météorite est allégé par sa transformation en coquille, la pluie est asséché mais continue de tomber sous forme de laine.

Les aquarelles et certaines manipulations d’objets ne rendent pas forcément compte d’une conception beaucoup plus large. Pour son “Death Disco” (2006) et son “Death Jukebox” (2007) au côté d’un autre artiste (Paul Harper) elle a demandé de manière médiumnique à des chanteurs pop-rocks décédés leur « play-list » de chanteurs vivants. Les réponses combinées à la transcription des conversations entre le medium et les morts ont été publiées en deux livres d’artistes.

 

Andrea Heller prouve là son goût pour l’humour noir, la transgression et le langage. On les retrouve  très souvent dans ses œuvres. Mais sortant de l’humour trop décadent elle s’intéresse tout autant et par exemple aux rapports ambigus entre l’homme et l’animal à « Die beruhigende Aura der Tiere » (L’aura rassurante des animaux)  2006) répond une œuvre où est mis en exergue le danger de la vie avec les animaux domestiques et de la ferme.

 

Heller 2.jpgPhotographies tirées de journaux, objets trouvés sont souvent à la base de ses assemblages. Ils doivent tout autant être pris dans leur littéralité que dans leur sens poétique. Ajoutons que les titres de ses œuvres sont souvent programmatiques : on citera  « Beim Tier genau so wirksam wie beim Menschen" (aussi évidents pour les animaux que pour les êtres humains)  ou « Freunde findet man überall auf der Welt » (chacun peut trouver un ami quelque part dans le monde). La condensation linguistique rapproche l’œuvre autant des théories de Saussure que d’un nouvel arte povvera aux encres de plus en plus violentes dans  « Neutrale Tinte » ou « Permanent Violet ».

 

Fidèle au principe cher à la poétesse Emily Dickinson qui travaillait selon un cercle  en élargissement progressif de circonférence, Andrea Heller  va d’éléments en éléments en ajourant de plus en plus le disque de visibilité. Son travail oscille en un double mouvement de diffusion et d’absorption. L’écart entre ces deux termes  n’est pas si éloigné que cela.

 

L’objectif reste toujours le même : s’éloigner des vulgates esthétiques ou idéologiques en choisissant des chemins de travers. Ils permettent des études aussi physiques que métaphysiques  et des interactions entre la matière et l’esprit. Ces échanges ne sont  jamais  fumeux. Ils produisent de la couleur et créent divers types de volume en un arrêt du temps comme en sa mise en mouvement. Dans la suite des images, dans leurs plis, dans les papiers blancs, monocolores ou aquarellés, sur C.D. ou sur n’importe quel support s’affirment la différence dans la similitude  et l’altérité dans la ressemblance. Cette dialectique conjointe est assez rare pour être soulignée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:12 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)