gruyeresuisse

04/10/2015

Harmonies et disharmonies de Roger Eberhard

 

 

 

 Eberhard bon 2.jpgRoger Eberhard crée un univers grotesque ou fantasmagorique  où le paysage demeure une énigme là où pourtant le réel semble saisi de manière brute. La lumière coule sur le paysage dans un brouillement intense en des prises aussi précises qu’impeccable. Les édifices - quel qu’en soit la qualité ou le genre - sont rendus « glorieux » jusque dans leur vétusté. La prise du Zurichois est franche mais semble située en lisière de la représentation « effective » afin de créer divers types d'interrogations proches des recherches d’un Martin Parr.  Eberhard multiplie des trous dans l’écorce du réel  et invente un concept d’espace-temps élastique. 

 

Eberhard bon.jpgLa transcription visuelle des lieux donne une idée concrète de la façon dont l’artiste le relie à la densité du contexte en ses agencements plus ou moins hirsutes.  Le regardeur ne peut qu’être rivé à ce type de paysages parfois  inquiétants. Leur plasticité porte vers les profondeurs de l'être bien au delà de toute propension psychologisante.   Chaque prise devient une manière d'appréhender une partie du réel entre la destruction et la pérennité,  le transi et le magnifié par une poussée immense d’une photographie attirante et qui prouve que « la beauté peut sauver le monde » (Dostoïevski) même lorsqu’il s’agit de ce qu’il en reste dans sa misère ou sa ruine

 

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

16:05 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

03/10/2015

Belles de nuits : André Gelpke

 

Gelpke.jpgAndré Gelpke, “Sex Theater”, Cpress, Spector Books, 2015.

 

 

La série "Sex-Theater" le Zurichois André Gelpke fut créée dans les années 70 et montre différentes performances dans les cabarets douteux du quartier St Pauli de Hambourg :  the Alcazar, Regina, Salambo, etc.. Le photographe était fasciné moins par le spectacle des artistes que leur préparation. De tels performers osaient révéler les fantaisies sexuelles d’une société luthérienne inhibée. Tous ces artistes relégués au rayon le plus bas du spectacle performatif, selon le créateur, rêvaient d’un monde idéal. Beaucoup pensaient ouvrir une conjonction nouvelle à l’être ente la terre et le ciel.

 

 

 

Gelpke  2.jpgElle n’apparaît pas forcément dans les photos nimbées de tristesse de l’artiste. Si bien qu’il n’est pas toujours donné à une forme de liberté de naître. Celles et ceux qui se voulaient porteurs d'alliances et de souffles discordants restaient les réprouvés d'une époque que le temps égara. Ils jouèrent dans le sordide même si cela s'appelait Eden au sein de  nuits des marins en goguettes. Gelpke ne les montrent pas. Il se concentre sur les belles de nuit et leur fatigue dans le backstage sordide d'une scène qui restait pour le voyeur  le pays espéré. Il se perdait dans les signe d’une traversée remisée en une expérience du visible que la plupart des spectateurs étaient inaptes à saisir. Ils ne venaient pas là pour embrasser les arcanes diaphanes mais se « rincer l’œil » de la manière la plus basique qui soit.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

09:57 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

01/10/2015

Stephen Prina le traducteur

 

 

Prina BON.jpg« Stephen Prina » , Kunst Hall, Saint Gall du 26 septembre au 29 novembre 2015.

 

 

Issu d’une famille d’immigrés italiens Stephen Prina caressait l’idée de devenir avant tout un architecte. Mais il s’oriente vers ses deux attraits originaux :  la peinture et la composition musicale. Celui qui fut un jeune prodige et touche à tout est resté toujours proche des cultures  « junkie »  et savante. Il découvre dans les théories d’Adorno - entre autre ses recherches sur Wagner, le concept de « Gesamtkunstwerk » et l’idée d’un art total. Manière pour lui de synthétiser les pratiques et de trouver une pratique esthétique des plus ouvertes. A ce titre, et à coté de la musique, il crée très tôt une série toujours en cours  "Exquisite Corpse: The Complete Paintings of Manet" (1988 - …) constituée à ce jour de 556 diptyques à partir de l’œuvre du peintre français. Prina y fait la jonction entre une technique classique et  une sorte de provocation par rapport à l’histoire de l’art et des maîtres européens selon une vision héritée de l’art américain post-war (des abstracteurs aux minimalistes dont Tony Smith).

 

Prina bon 2.jpgL’artiste traite avec autant de sérieux les arts plastiques que la musique : pour lui du « Concerto for Nine Instruments »  de Webern au « Purple Haze » d’Hendrix il n’y a qu’un pas. Il ne peut donc séparer les différents arts qu’il réunit de manière lyrique dans son film « The Way He Always Wanted It II »  (2008). Ce film est aussi un portrait de la Ford House et de son créateur : Goff  (1904-1982). Franchissant le seuil de la « Ford House » Prina prit conscience de son incompréhension première de l’œuvre de Goff. Son film répare cette bévue. D’autant que la musique en fragments de Goff inclut des éléments hybrides dans l’esprit de Conlon Nancarrow. Le film lui-même devient une œuvre aussi limpide que subtile dans ses agencements et fragments. Dans son travail Prina cultive des allégeances mais tout autant une autonomie créatrice. L’œuvre se veut comme il l’écrit une « traduction » de divers influences et langages. L’artiste ne cesse de l’explorer et il la signa de manière ironique dans une œuvre de 1992 :  « I Am But a Bad Translation ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11:18 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)