gruyeresuisse

13/05/2015

Fay Ray : Athena du XXIème siècle

 

 

 

 

Fay Ray.jpgLes silences du corps féminin se métamorphosent dans les œuvres expérimentales de Fay Ray en flammes. Elles se logent sous la peau et sont alimentées par quelques images secrètes qui ne sont pas sans rappeler Lee Miller ou Man Ray. L’artiste américaine instruit  une mythologie intime que chaque femme porte en elle? Chacune rêve de s'approprier des lieux forgés de légendes, de désirs, de passion même lorsque l'écho des ténèbres gémit derrière le hululement d'une chouette - l'oiseau  d'Athéna. L’artiste en devient la figure contemporaine.

 

 

Fay ray BON.jpgLe noir et blanc de ses collages comme de ses toutes ses images cultive des voies nocturnes mais aussi les murmures des rêves fous. Le regard  des loups s’y piège. Chaque œuvre reste sans emprise ; elle s’ouvre sur l’inconnu(e). Le velouté d’une bouche se pose juste au coin d’un pied. Une nuit en plein jour rêve peut-être d’un chaste enlacement. L’artiste multiplie des cambrures imaginaires sous le regard amusé de l’esprit envolé. Le scintillement d’un cœur  perce le confort moelleux d’une image qui ne recouvre plus mais taille dans le vif les effets de miroir.  Le plaisir déconditionné et libre éclate sans rien que n’en soit vraiment dit : c’est bien là le mystère d’images où l’amour est sans reposoir : ses ailes vrombissent dans le spectre baroque et impeccable.  Il ouvre le vortex infini pour un plaisir indéfini. Chaque image s’échancre dans une nuée de fragments ardents. Ainsi commence un voyage fermé au paysage mais grand ouvert pour des visions adjacentes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Louis B. James gallery, New-York.

 

Samuel Freeman gallery, Los Angeles.

 

 

 

 

 

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12/05/2015

Maya Rochat : navigations acrobatiques

 

 

 

Richa 2.jpgMaya Rochat,  « A plastic tool », du 16 mai au 14 juin 1015, Centre d’art contemporain, Genève.

 

 

 

Une nouvelle fois le travail de Maya Rochat sidère . “A Plastic Tool” est le titre de son  nouveau livre de photographies. Il n’a pas simplement une portée informative  ou illustrative. L’artiste y questionne le sens et la valeur des images dans une stratégie de détournement et de déconstruction fondée sur ses propres images et leur interaction avec les technologies actuelles d’impression. Cela lui permet de proposer des narrations multiples grâce à l’offset, le stencil l’impression sur soie afin de créer des surfaces qui réunissent photographie,  collage, peinture dans des ensembles analogiques, manuels et digitaux.

 

Rocha.jpgLe spectateur est plongé dans un univers organique. Se mêlent une invasion d’émotions mais une appréhension conceptuelle reste de mise par une expérience à la fois de publication d’avant-garde et d’exploration des limites de l’image. Questionnant les modes de représentation de notre société, l’artiste touche la sensibilité et l’intellect par  des oeuvres qui frôlent un chaos et l’apocalypse en créant un univers où le terme de beauté plastique conserve tout son sens. La « régression » déconstructiviste produit par delà  la pratique, expérimentale une poésie. L’artiste y révèle entre autres des zones d’aberration des procédés techniques que la mécanique de création intègre. Ce travail a aussi pour but d’explorer l’espace livresque comme le « langage ». En surgit une nouvelle « qualité » ; il n’est pas simple objet ou support. Chaque page donne lieu à des  sonates visuelles riches en couleurs : spectres, croisements, brouillages deviennent des pistes de réflexion là où la séduction plastique est de mise. L’artiste en démultiplie le potentiel par sa capacité de travail, d’analyse mais aussi d’émotion.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11/05/2015

Le Désert Rouge en noir et blanc : Dennis Hopper

 

 

 

 

 

Hopper 3.pngDans la clarté irradiante de Taos au Nouveau Mexique Dennis Hopper crée par son noir et blanc des atmosphères lunaires, nocturnes où le pudeur et l'impudeur se frottent l'une à l'autre dans un presque obscur autour de ce qui fait remonter au premier plans des souvenirs titubants. Ils sortent tout droit des "back-stages" du tournage de "Easy Rider". Mais les photographies (encore inédites) ont pris beaucoup moins de rides que le road-movie pourtant culte. Captées avec un appareil basique et tirées dans des laboratoires de drugstore ces images n’ont rien d’anecdotique même si tout y est contingence sauf la pérennité du désert.

 

 

 

 

 

Hopper.jpgChaque cliché semble brisé en deux morceaux : l'un est l’image travaillée  par le temps, l'autre est le temps qui se tourne contre lui-même. L’oeuvre devient le corrigé du passé plus ou moins revenant au sein d’un mystère qui résiste.  Le noir et blanc et les jeux d’ombre mettent en présence de silhouettes où se contemplent autant la perte irréductible et la pérennité. Les deux différencient le travail du deuil et celui de la mélancolie. En celle de Hopper peut se reconnaître - dans ce qui a été perdu - des diamants bruts et nus que les ans ne peuvent altérer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Dennis Hopper, « Drugstore Camera », Damiani Editor, USA, 29 $, 2015.

 

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