gruyeresuisse

07/03/2018

Les paradoxes « âminés » de Jessica Rispal.

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Aucune trace de péché ou de culpabilité ou de puritanisme n’assombrissent les images de Jessica Rispal. Elle photographie surtout des femmes de diverses "aimantations" et sous plusieurs aspects. Bondage, images de charme, de tournage, lesbiennes et hétérosexuelles cohabitent au sein du champ d’émancipation et d’extension du domaine de l’éros. Certaines ont les cheveux tondus comme des esclaves sans pour autant se mettre au service des hommes.

 

 

 

Rispal 2.jpgA cause de leurs supposées amours elles semblent soumises par leurs choix drastiques à une certaine solitude. Les images ne cherchent jamais à choquer : elles illustrent néanmoins les audaces voluptueuses d’une puissance sexuelle de démones. Elle ne manque pas de « virtus » (virilité) sans perdre une once de leur féminité. Qu’importe les happy ends et la chasteté. Sans pour autant appuyer sur l’aspect « fornicatif » ou dramatiques. Bien au contraire.

 

 

 

Rispal 3.jpgLes femmes sans refuser de se soumettre («éventuellement) aux demandes sexuelles ne les appellent pas de leurs vœux. Les jeux sans êtres pieux cultivent d’autres vœux. L'objectif reste avant tout de créer réponses et apports à l’esthétique de celle qui les scénarise. Elles deviennent les complices officielles de Jessica Rispal. Celle-ci traque avant tout leur et la beauté qui deviennent paradoxalement une expression morale de l’âme. Preuve que l’artiste invente de nouvelles Phèdre, Médée, Vénus voire des Pénélope – mais plus Cruz que d’Ithaque dans des cérémonies voluptueuses à la légèreté parfois vintage, parfois postmoderne.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.jessicarispal.me/

 

Peter Knapp : quand la moinesse fait l’habit

Knapp.jpgLes femmes de Knapp des années 60 ont changé le regard. L’artiste est tombé sur elles presque par hasard et pour « Elle », à l’origine en tant que peintre et graphiste. La directrice de la revue de l’époque (Hélène Lazareff) lui demande de ne pas choisir des mannequins mais des filles expressives. Et avec elles il entre « en » photographie par mode et devient le maître des harmonies (souvent en noir et blanc).

 

 

 

 

330706-dancing-in-the-street-peter-knapp-et-la-mode-1960-1970-a-la-cite-de-la-mode-3.jpg« La Parisienne » restera à l’époque son modèle. Mais il la fait descendre dans la rue pour libérer la femme dans des mouvements d’ivresse : elles pédalent, courent. Cela provoque une petite révolution. Exit le Dior de l’époque, bienvenue à Courrèges. D’autant que « Elle » ne se veut pas un journal de mode mais pour les femmes. Knapp y fait preuve de son œil habité des lignes et d’une architectonique héritée du Bauhaus et d’une idée de la liberté.

Knapp 3.jpgPour lui comme pour la directrice du magazine dont il est devient le directeur artistique, la façon de porter un vêtement est plus importante que le vêtement lui-même. Le mouvement crée une plus value. Le Zurichois le sublime non sans humour, grâce, classe voire un certain surréalisme. La composition de la photo et la femme détrônent le vêtement. C’est la moinesse qui fait l’habit et non l’inverse.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/03/2018

Deborah de Robertis : « Pauvre Belgique » (Baudelaire)

Deborah.jpgLes conférences TEDx sont devenues des « places to be ». Le BOZAR de Bruxelles a sacrifié à la mode. Une star des médias était chargée le 5 mars d’animer une soirée sur le thème : "A brave new world" ("Le Meilleur des mondes") et devait présenter des intervenants haut de gamme. Se trouvaient là hommes et des femmes d'affaires, philosophes, scientifiques et l'artiste Deborah De Robertis. Et c’est là où le bat blesse…

Deborah 3.pngLa performeuse luxembourgeoise est désormais crainte pour ce que les idiots prennent pour des frasques (cf. ses interventions parisiennes aux musées du Louvre et d’Orsay). Montant sur scène pour présenter son travail et proposer une performance elle a été manu militari expulsée de la scène sous un silence ambigu : certains pensaient même que cela faisait partie de la performance. Un homme est monté sur scène pour fermer les jambes de la femme (habillée) au moment où elle était entourée de danseurs qui entreprenaient de lui couper les cheveux et que sur écran géant était expliquée sa démarche ou diffusées des « images de son vagin" (ce qui est un peu expéditif et approximatif).

Deborah 5.jpgLe présentateur a repris la parole pour expliquer que les images projetées étaient inappropriées et que l’artiste n'avait pas respecté ce qu'elle avait signé." Deborah De Robertis a été entendue par des policiers qui ont parlé « d'un désaccord entre les organisateurs et les artistes et un procès verbal a été dressé pour coups et blessures". Néanmoins un communiqué diffusé sur le site internet des conférences TEDx, précise que le geste du videur est "profondément inapproprié". Les propriétaires de la marque ont retiré à l'auteur de cet acte sa licence d'organisateur des conférences "TED" à Bruxelles.

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Deborah de Robertis prouve néanmoins combien la nudité même en observation et analyse demeure problématique. Difficile à l’artiste de distiller son discours dont le trouble n’est pas celui qu’on croit. Le fantasme n’en est pas le propos, il demeure absent. Et existe tout un détournement ou une inversion par la caméra de ce que le sexe non rend visible mais voit. Des cadavres de l’art Deborah de Robertis veut toujours extraire la lumière afin que les diables du passé soient mis devant leurs exhibitions. Pour cette conférence l’artiste se contentait pourtant de peu. Mais ce peu était encore trop. On aurait aimé de la part du public plus des réactions. Il resta abasourdi ou sonné : nul ne sait si ce fut par le propos ou par ce qui l’a suivi.

Jean-Paul Gavard-Perret