gruyeresuisse

18/03/2017

Caroline Tompkins : devant derrière

Tompkins.jpegCaroline Tompkins a créé « Butts the Fader» afin de proposer d’étranges posters de postérieurs. Il ne s’agit plus de produire de l’éros consommable mais ce qu’elle nomme un « Platonic Ass » (cul platonique) : il provoque bien des interrogations entre autre sur la notion de genre. Manière aussi de prouver que le postérieur n’est pas seulement fait pour s’asseoir dessus : il peut devenir le médium de bien des transgressions ou des relectures de ce qu’il représente dans l’idéologie sexuelle.

Tompkins 3.jpegL’artiste propose une exploration drôle, saisissante et poétique. Comme un hommage inversé à la mode et aux poncifs en un univers vif et lumineux. Des clichés aux apparences sexy, des couleurs musicales, un rendu fulgurant emmènent de fait de l’autre côté du miroir, à la découverte d’une transformation de la distribution des genres en un étonnant mélange d’artifice et de naturel.

 

 

Tompkins 2.jpegLa plénitude extrême du séant, l’artiste la désacralise, la détourne et la déshabille du manière moins provocatrice qu’habile. Le genre apparemment cadré du portrait est transformé en glissement du visage vers une zone opposée. Les hybrides y « involuent », s’amusent et Betty Tompkins botte le zig dans le zag.. Mais rien ne sera totalement « donné » à l’image. Et cela au nom d’une saisie qui coupe la chique à un réalisme trop tenace et toujours insuffisant pour englober ce qu’il prétend montrer.

Jean-Paul Gavard-Perret

12:10 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

16/03/2017

Alain Huck : cartes du monde

 

Huck.jpgAlain Huck; “Tout Kurtz ensemble”, Skopia, Genève du 23 mars au 6 mai 2017.

Dans l’oeuvre d’Alain Huck il y a des images cachées derrière les images, des « calques » les uns sur les autres qui permettent d’entrer à différents niveaux dans l’image en fonction de l’imaginaire propre à chacun . L’artiste y met bien sûr quelque chose de personnel, mais les images sont assez ouvertes et aussi fractales pour que les autres puissent y voir autre chose que l’artiste lui- même. Chaque image reste donc énigmatique. Dans sa rencontre avec le regardeur nul ne peut dire si c’est elle qui vient à lui ou l’inverse. Il existe toujours en elle une petite chose là où les formes gardent leur souplesse et où le fond et le premier plan se confondent.

Huck 3.jpgL’objectif est d’arriver à faire une image sans contexte, déparasitée pour que tout concoure à une lecture dans un cadre donné même si la présence de mots pouvait faire penser le contraire. D’où une suite de découvertes là où l’artiste ne propose pas forcément un lien affectif avec ses travaux. Huck applique un jeu sur le flou et le net qui ne sont pas complètement des constats. Il ne donne pas toutes les informations sur l’image. Ce quelle montre est assez objectif mais ce dont elle parle est complètement subjectif. Il y a une ambiguïté, un mystère et le dialogue entre la réalité et ce qu’on imagine. Tout semble venir de partout et de nulle part. Personne mieux que Huck ne peut donc toucher à un univers froid dans lequel surgissent des capacités d'envoûtement. Cette recherche devient ce qu'on peut appeler la didascalie du silence.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/03/2017

Glenn Van Heugten : sacrées nanas, nanas sacrées (ou presque)


Glenn 2.jpgFidèle à la tradition irrégulière de l’art belge, l’Anversois Glenn Van Heugten s’en donne à corps joie. Exit les images pieuses. Le corps ne prend part qu'au déséquilibre. Ses points d'union de gré à gré se dessinent pour la communion des seins plus que des saints. Les formes s’envolent : des étreintes allusives sont suggérées par des poses ambiguës. Les petites "pestes" ouvrent leur bouche ou agitent leurs bras pour lâcher les chiens. L'ut du rut n'est pas forcément très loin.

 

Glenn 3.jpgLes infidèles n’ont de catholiques que le nom. Elles s’abandonnent aux forces ancestrales du désir et qu’importe l’incommensurable alerte que Dieu devrait dicter. Elles ont d’autres chattes à fouetter. Le corps devient ravin, ravine, il se palpe, appelle non le Christ en croix mais des hommes qui ne laissent pas de bois les gourgandines. Peu importe ceux ou celles qui parlent dans leur dos : le leur les contemple. Haut les corps ! Et peu importe les âmes.

Glenn 4.jpgBref l'Immaculée Conception en prend pour son grade. Les votives vouent leur corps au diable plus qu'au Seigneur. Leur appétit est là. Elles sont loin d'avoir l'âge de devenir dames patronnesses. C'est en vieillissant qu'elles trouveront là un dernier recours.

Glenn.jpg

 

Pour l'heure Eve cherche Adam et les péchés de la chair. Hors d'eux point de salut. Quant à la vertu qu'elle se macule de taches est secondaire, il est temps d'allumer le cierge devant lequel l'étoile de bergère devient soleil.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Glenn Van Heugten, « Catholic Girls », Art@thebib, du 1er avril au 31 mai 2017.