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25/07/2013

Philippe Fretz in media res : le peintre, ses histoires

 

Fretz.jpgPhilippe Fretz, « Idiots et Moines - In media res »  Art &Cction Lausanne, 60 E. « Seuil », Art&Fiction, Lausanne, 35 p., 15 E.. L’artiste expose entre autres à la galerie LAC de Vevey.

 

Scrutateur des temps passés (mais pas seulement) Philippe Fretz crée des tableaux qui mêlent à la fois des souvenirs intimes et personnels à de nombreuses références. Elles traversent l’histoire de l’art de Giotto et Mantegna à Garouste et Balthus. L’artiste ne s’en cache pas.  Ce maniaque des références les multiplie jusqu’à perdre le spectateur.

De l’ancienne usine de robinetterie Kügler de Genève qui est devenue une sorte de « Ruche » artistique du nouveau siècle l’artiste monte des narrations labyrinthiques où sous l’apparat historique sont mises en évidences bien des thématiques autant sociétales, politiques qu’esthétiques.

Par la pratique du  dessin et de la peinture Philippe Fretz pousse la pensée où elle ne se pense pas encore. Elle se crée en avançant dans ce que l’art garde d’intempestif. Il ne s’agit pas de faire de l’image une simple chimère ou une caresse du regard. Chaque surface doit permettre de pénétrer à l’intérieur, de franchir un « seuil » - concept cher à l’artiste.

In medias res est une publication qui l’illustre. Le  rythme de parution sera  quadrimestriel et le tirage de 60 exemplaires avec une sérigraphie signée imprimée  sur les presses de Christian Humbert chez Droz à Genève. L’objectif est triple : plonger le spectateur au milieu d’images,  appréhender celles qui restent à faire et proposer l’état du travail en cours. L’artiste résume sa proposition de la manière suivante : « L’action consiste en un flux nucléique d’images que le peintre transforme en un réseau de canaux ou en arborescence à la manière d’un paléogénéticien ». Chaque numéro va regrouper des œuvres de Fretz et les documents iconographiques qu’il croise et - dit-il - « qui le nourrissent ou l’affament » et qui sont souvent la généalogie de ses propres créations..

En elles les références sont toujours décalées dans un temps différent et différé. Il ne s’agit pas de dupliquer du semblable mais au contraire de proposer une critique du cirque des images médiatiques. Preuve que l’art ne copie ni le réel, ni ses représentations officielles. Face aux prétendus invariants d’une culture médiatique Philippe Fretz offre ses transgressions à l’aide d’artifices et d’artefacts tirés d’aujourd’hui mais tout autant d’autres époques.

Ce voyage extra temporel et d’extra-conjugalité par rapport au tout venant iconographique  permet de présenter aux spectateurs curieux une ouverture des leurs délimitations intellectuelles. Par de tels passages Philippe Fretz entraîne dans les canyons d’un espace où l’inconscient ne peut plus su défiler. La fausse évidence des images toutes faites est rendue à son opacité par un tel retour amont.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

23/07/2013

Christine Streuli vers un autre théâtre du monde

 Streuli.jpgChristine Streuli, Edited by Fanni Fetzer. Text by Fanni Fetzer, Terry R. Myers, Michele Robecchi. Hatje Cantz, 240 pages, 60 E., 2013

 

L’artiste suisse Christine Streuli (née en 1975) est une des figures montantes de l’art international. Faussement décoratives ses œuvres sont emplies de couleurs et d’ornementations sur de grandes toiles qui la rapprochent d’une artiste telle que Beatriz Milhazes. Le livre que lui consacre Fanni Fetzer permet de donner pour la première fois une vision large d’un travail dont l’inspiration est puisée à de multiples sources (du pop art à l’art extrême oriental)  afin de faire éclater les formes, les couleurs.

En 2007 Christine Streuli fut invitée à la Biennale de Venise pour représenter son pays. Elle utilise des systèmes de symétries, de répétitions, de « mosaïques » fondées sur diverses techniques : crayons, pinceaux, sprays, décalcomanies afin de créer la plus haute attention sur l’artificialité de la peinture.  Ces transpositions n’empêchent pas - au contraire même - un contact direct avec la peinture que la créatrice met en scène en divers plans. Elle passe  du mur au sol afin de voir ce qui naît en de tels montages.

Streuli 2.jpgChristine Streuli s’interroge par son travail afin de comprendre comment le dessin apprivoise l'image et quelle image s’apprivoise à travers lui. La créatrice fait tomber bien des tabous en ne renonçant pas à celui qui reste une "tare" selon les critères contemporains : l'ornementation. Mais en même temps elle la transgresse jusqu'à poser la question de l'identité du sujet humain. A la fois il apparaît et disparaît dans ses œuvres. N'en reste souvent que le luxe des habits. Un luxe qui recouvre un fantôme et ses flocons d'absence à travers les rythmes que chaque peinture propose. Celle-ci devient une suite d'exils et de déplacements là où le plaisir ne fait jamais défaut. Si bien que la peinture est plus solaire et lumineuse que jamais. Ne garderait-elle ainsi un subtil parfum de femme ?

19/07/2013

Vincent Calmel : renaissance - entretien avec le photographe

 

Calmel 5.jpgVictime d'un très grave accident de moto, le genevois d’adoption Vincent Calmel  frôla la mort mais  resta défiguré à jamais. Aujourd'hui il a retrouvé son visage recomposé par sept chirurgiens. La rééducation post-traumatique a pris pour l’artiste la forme d'un apprivoisement de soi-même, de ses nouveaux traits et d’une réflexion intense sur son travail dont l’objectif est justement de fixer par l'image une identité… De cette épreuve est née une séries de portraits « Trauma ». Sous l’apparence de réalité ils sont recomposés, pixelisés donc virtuels. Ce travail a un écho avec sa propre histoire mais la dépasse. Calmel  revient à son rapport au vrai et au faux, au nu et au recouvert bref au dévoilement. Il le développe avec émotion et humour comme le prouvent les deux photographies de l’artiste présentées ici.

TRAUMA, du 20 juin au 6 octobre 2013, Espace Opéra, Genève, et du 20 juin au 26 juillet, Galerie Sandra Recio,  Genève. 

 

Calmel 6.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Mon réveil

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Eternels.

A quoi avez-vous renoncé ? A la jeunesse.

D’où venez-vous ? Je me pose encore la question…

Qu'avez-vous reçu en dot ?  Le sens de l'humour.

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Boire un café.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Rien.

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Une des premières photos de Richard Avedon prise avec le premier appareil que lui offrit son père pour l'anniversaire de ses dix ans.  

Où travaillez vous et comment? Partout et avec méthode.

Pourquoi abandonner le projet de devenir réalisateur de films ? Parce qu'il y a trop d'attente entre  l'écriture du film et sa réalisation. Je ne suis pas assez patient.

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? Mon chien qui ronfle. Cela m'apaise.

Quel est le livre que vous aimez relire ? "Le Livre de l'Intranquillité" de Pessoa.

Quel film vous fait pleurer ? Parce qu'il est sublime : "Euréka" (film japonais de Shinji Aoyama, 2000).

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Houellebecq.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? La ville d'où je viens : Bandol.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Laurent Monläu, Nicolas Guerbe.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une année de moins.

Que défendez-vous ? L'indépendance absolue.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  Malheureusement lucide.

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?". Impression de déjà vu et éprouvé.

Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, Genève, 15 juillet 2013.

 

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