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12/01/2014

Aline Fournier : fragrances incisives et ouatées

 

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Peu à peu la Valaisanne Aline Fournier construit son propre langage aussi bien par le portrait, le paysage ou la photographie commerciale. Dans le premier, portée par le regard d’une femme sur une autre la photographie, le portrait a priori "érotique" possède un côté plus délicat que transgressif. Le repli du fantasme permet des narrations sculpturales dans leurs lignes et  volumes. De  Martigny, l’artiste propose une vision où s’impose ce qu’elle nomme « une perte sensorielle » revendiquée comme telle au profit de scènes visuelles où la scénographie et la préparation prennent une part importante.  L’érotisme reste  innocent et simple. Il ne cultive pas l’ambiguïté. Une forme de tendresse bienveillante s’impose. Elle est synonyme ni de combat, ni d’insécurité. Le jeu entre la photographe et son modèle se crée en libre intelligence. Celle-ci permet l’appel de l’esprit à travers le corps et élimine un abandon de surface et joué.  Le portrait de nu accède donc à une autre valeur que la simple exhibition. Et même lorsque l’artiste propose des prises aux lignes qui surprennent elles transcendent toujours  la simple mécanique gymnique. Un secret demeure caché là où pourtant Aline Fournier invente une réelle communication entre le modèle, le regardeur et elle-même sans la moindre provocation douteuse. Si ce n’est celui d’une dérive plus douce qu’appuyée, caressante qu’impétueuse.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

11/01/2014

L’érotisme ludique du studio Ed-66

 

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Le regard sur le dessous implique un regard sur le jeu. L’oublier serait l’erreur suprême que le Studio genevois  Ed-66 refuse. L’humain dans la plénitude de sa chair n’est plus relégué à l’état d’animal. Le corps érotique n’est en rien paré comme une viande de boucherie et il échappe autant à tout opprobre moraliste. Demeurent des éblouis d’ivresses que généralement la pesanteur interdit. Contrairement à ce que pensait Baudelaire la volupté unique et suprême ne réside plus « dans la certitude de faire le mal ». Pour autant le studio  refuse de sacrifier à une vision romantique et spirituelle. Surgit à l’inverse une légèreté et une drôlerie.  Le sexe s’impose dégagé de sa honte. La photographie libère de la violence de la servitude, de l’assujettissement aux calculs. L’être peut enfin accepter des accords considérés comme inavouables. Il embrasse avec plaisir une forme de défaillance face à la raison. Ce jeu est donc nécessaire. Certains croient monter alors les marches d’un échafaud. Mais ils ne font que détruire ce qu’une forme de piété mal placée stigmatise de toute sa hauteur. Avec le Studio Ed-66  l’érotisme sauve le supplicié. Il joue et se rit de la raison là où se caresse et de dilue toute une mystique du « péché de chair ».

 

 

 

Jrean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

10/01/2014

Karin Lehmann : du minimalisme au sculptural

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Du minimalisme au sculptural

 

Karin Lehmann, « Une rencontre », Nar Gallery, Bienne du 23 janvier au 22 février 2014.

 

Les œuvres de Karin Lehmann sont autant de traques intempestives qu’iconoclastes. Le monde est diffracté en diverses scénographies où le concept de bloc prend tout son sens qu’il soit présent à l’état brut  (cf.  « Handle ») ou comme élément de mise en scène.  Les œuvres sont à la fois calmes et rosses elles abrègent bien des laïus et des explications tant elles s’imposent par leur puissance. Dans leur froideur elles restent imperméables aux débordements de l’outrance. D’où leur caractère de rituel ostentatoire au sein d’une nudité impressionnante. Loin des clichés kitsch qui ne font que délayer des gémonies secondaires, les « accumulations » de l’artiste ne préservent que l’essentiel  afin de créer des interférences imprévues, une syntaxe visuelle alambiquée au sein même de matières et formes brutes et parfois ironiques. Elles montrent combien nos cauchemars n’ont rien d’évanescents. Parfois un peu de douceur remplace la cruauté. Mais il existe toujours une pointe d’aiguille ou ce qui lui ressemble. L’image monte à l’assaut des ressemblances, s’achemine vers leur branlebas. Elle en traduit et n’en garde que ce qui est inoubliable mais sans insister pas. Il suffit que les apparences fassent pénitences en reconnaissant leur nature faiblarde. Si bien que le superficiel n’a pas le dernier mot de l’histoire. Sans forcément souhaiter qu’un jour elle lui torde le cou.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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