gruyeresuisse

21/01/2014

Celui qui n’a jamais osé écrire à son épouse : entretien avec Alexandre Baumgartner

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Franchissant les frontières du paysage et ses simples effets de réalité, 
prenant à bras le corps le dessin le plasticien se dirige 
vers ce qu’on ne voit pas encore et ce qui ne se verra peut-être jamais. 
Pour autant il ne se prétend pas prophète. Ses travaux sont autant de « paroles éclatées ». 
Elles permettent la mise à l’épreuve d’une proximité demeurée lointaine.
 
œuvres visible sur imagina-c-tion.com
 
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? 
L'angoisse d'oublier le rêve . . . et le mal de dos . . .
 
Que sont devenus vos rêves d’enfant ? 
Je ne sais pas si j'en suis sorti . ..
 
A quoi avez-vous renoncé ?
A faire une carrière de musicien
 
D’où venez-vous ?
D'une ville bénie (Bâle) de culture et d'enseignants qui m'ont ouvert d'autres horizons.
 
Qu'avez-vous reçu en dot ?
 La typographie grâce à Emil Ruder.
 
Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?
J'ai le don de concilier beaucoup de choses.
 
Un petit plaisir - quotidien ou non :
sentir glisser mon crayon numérique sur la palette graphique.
 
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
De ne pas être connu
 
Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous interpela ?
Paul Klee : Sinbad le marin, une reproduction des éditions "Exlibris" en Suisse.
 
Quelle première lecture vous marqua ?
Je ne sais plus exactement, mais probablement des textes d'Erich Kästner :
 "Emil und die Detektive"  (« Emile et les détectives ») et autres.
 
Où travaillez-vous et comment ?
Dans mon atelier-grenier devant l'écran de mon ordinateur.
 
Quelles musiques écoutez-vous ?
 Monteverdi, Frescobaldi, Pergolesi, Schein, Scheidt, Schütz, 
Bach, Buxtehude, les classiques mais aussi Stravinski, Satie, John Cage, Stockhausen, Berrio . . . Gato Barbieri.
 
Quel est le livre que vous aimez relire ?
J'aime écouter la même musique 3 jours de suite, 
la relecture d'un livre est rare sauf la consultation d'ouvrages graphiques et techniques . . .
 
Quel film vous fait pleurer ?
Je n'aime pas ça . . .
 
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un visage qui n'est pas en relation avec mon image intérieure.
 
A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?
…à mon épouse et amie . . . (c'est plus simple de créer des images)
 
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
 New York, Basel(Bâle). 
 
Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? 
Paul Klee, Jean Arp, Armin Hofmann, Emil Ruder, Francis Wilson, 
Gérard Guerre, Serge Fauchier, Fernando et Humberto Campana, Philippe Apeloig, Thomas Schütte.
 
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un cerveau, des yeux et une main qui travaillent plus vite.
 
Que défendez-vous ? L
a solidarité et l'amitié entre créateurs, la liberté d'expression, je ne supporte pas le racisme .
 
Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose 
qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?
Le pessimisme.
 
Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui 
mais quelle était la question ?"  
L’optimisme, l'enthousiasme du créateur.
 
Entretien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, le 19 janvier 2014.

 

 

 

 
 
 

13:00 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

20/01/2014

Jérémie Gindre : légèreté de la roche et de l'art

 

 

 

 

 

 

Gindre.jpgJérémie Gindre, « Menhir Melon », Circuit, 9 av. de Montchoisi, Lausanne, jusqu'au 5 mars

 

 

 

Proche de l’art conceptuel Jérémie Gindre ne cesse de s’en affranchir à coup d’ailes d’oiseau. De vieilles pierres en anecdotes, le réel sous toutes ses formes dérive en décolleté plongeant sur ses abîmes. Lavis en rose ou presque tout chez l’artiste (et auteur) s’anime en fables corrosives. Gindre mixte le concept et l’humour comme le maçon mélange le sable et le ciment.  Le souffle ressemble parfois  à l’asphyxie mais le premier ne manque jamais pour faire de l’homme postmoderne autre qu’un être dépossédé. Avec  une merveilleuse fantaisie l’auteur exploite les évènements d’ordre rationnel pour les renverser dans une liberté totale. Sans complaisance envers le monde ou lui-même il déploie son travail contre les esthètes compassés afin de les délivrer de l’envoutement de la dimension « sacrée » de l’art. Il est toutefois moins tenté d’avilir les moyens d’expression plastique que de leur conférer une égale dignité. Cette volonté va de pair avec une scrupuleuse analyse du phénomène artistique ce qui l’amène à des découvertes et des inventions iconoclastes. L’énergie poétique s’y renouvelle loin de tout ce qui est désuet. L’artiste ne craint pas les erreurs, les ombres mais de chacune d’elles il tire des merveilles. Elles s’accumulent dans un certain désordre mais qu’importe. Le tout est de faire bouger les lignes de l’art jusque dans la scénographie des  modalités d’expositions. Comme deux autres genevois – Fabienne Radi et Izet Sheshivari –  Gindre prouve que l’iconoclastie reste une arme efficace lorsqu’elle est épreuve d’intelligence. Son bâteau ivre ne rend en rien ivrogne.

 

Elle reste inusable sauf si bien sûr, on ne s’en sert pas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

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10:34 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

19/01/2014

Izet Sheshivari l’exorciste ou le livre avenir

 

 

sheshivari BON.jpgIzet Sheshivari, "Les livres dont vous n'êtes pas les héros", Boabooks, Genève.

 

 

Izet Sheshivari propose dans son coffret un  déplacement du concept "livre". L'objectif est de proposer une nouvelle confrontation communicante avec l'objet dont l'artiste propose quatre exemple. Le corps des livres devient proche et lointain dans une mise en scène drôle et intelligente. Avec  "The Getaway" le texte est présenté uniquement dans l'en-tête et le pied de page. Le reste de la page demeure vierge. Dans "Macadam Cow-Boy" l'image est mise à mal au moyen d'un jeu de feuilletage qui la tire de ses fers. Textes et icônes échappent au regard pour mieux le forcer par des stratégies obsédantes et fascinantes.  Advient une apparente chute de la perception au moment où on ne peut plus lui échapper. Rien ne sert de résister, la lecture devient une conduite forcée afin de savourer  dans l'écart la substance même de l'intimité textuelle et iconographique.   L'histoire n'existe presque plus, l'image idem là où le vide impose un nouveau pacte de lecture. Le support  pousse au précipité. De douceur en abyme,  de fragments en lacunes, le lecteur glisse en divers écarts.  D'antre,  hymen, membrane le livre devient un puzzle. Il annihile le chemin de la crédulité et du respect qu'on lui accorde. Sheshiravi détruit l'absurdité qui entoure un objet devenu religieux par l'accoutumance pluri centenaires qu'on lui a accordé. Il le nettoie de son auréole magique non pour le perdre mais l'encourager à de nouvelles hardiesses. Bref par ses exorcismes il le sort de son lent calvaire qui se termine devant une sépulture vide comme l'imaginaient les iconoclastes qui espéraient pour un tel support une fin plus juste. De Georges de Cappadoce aux Dadaïstes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret