gruyeresuisse

23/08/2013

Interview de celle qui a plus d'un tour dans son sac - Catherine Monney

Monney 5.jpg Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? La lumière du jour qui m'invite gentiment à vivre une journée nouvelle. 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Beaucoup se sont réalisés, d'autres sont en voie de….Je tiens beaucoup à mes rêves d'enfant.

A quoi avez-vous renoncé ? Je n'ai pas l'impression d'avoir renoncé à des choses mais bien plutôt d'avoir cueilli des wagons de fleurs.

D’où venez-vous ? Je ne sais pas, mais c'est un endroit très agréable et j'aspire à y retourner un jour.

Qu'avez-vous reçu en dot ? Le sentiment de gratitude

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ?  Je n'ai rien dû plaquer du tout.

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Le plaisir de ressentir et de contempler et de respirer tout cela

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Le fait que je laisse faire, que je travaille sans projet.

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Les ondulations de fréquence, leur forme, leur mouvement, leur couleur...

Où travaillez-vous et comment ?  Dans mon atelier, après avoir écrit, m'être promené et danser...

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? Un peu de tout, cela dépend du moment, j'aime bien aussi les chaînes de musiques classiques et le silence.

Monney 4.jpgQuel est le livre que vous aimez relire ?  « Frequence » de Penny Pierce

Quel film vous fait pleurer ? L'instit : Samson l'innocent

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme espiègle qui a plus d'un tour dans son sac.

 A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Aux amours secrets

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?  Bruxelles

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Giacometti, Niki de St Phalle, Matisse, Raoul Duffy, Anne Héritier, Aline Dubrome

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?  6 mois sabbatique.

Que défendez-vous ? Le droit de ne pas être pris pour des imbéciles dociles

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  Je n'aime pas les "pas"

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" J'aime beaucoup le OUI.

Interview réalisé le 23 aout 2013 par Jean-Paul Gavard-Perret

20:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

22/08/2013

Georges Glatz et les voiles de la nudité

 

Glatz 3.jpgLes œuvres de Georges Glatz sont visibles entre autres à la Galerie De Grancy à Lausanne.

 

Une tradition assure que la photo de nu est un dévoilement. Mais ce n'est là qu'une variété de l'illusion, de la prestidigitation. Georges Glatz le sait : c’est pourquoi il double souvent le voile de la nudité d’autres voiles transparents pour suggérer la complexité de ce que le regard croit voir. Il met l’accent sur le  profit bien mince et puéril de la mise à nu. La " chose " ne gît pas sous le voile ; ni la femme sous sa nubilité. La nudité révèle toujours d'autres plis et replis : elle se déshabille infiniment. A l'inverse, les voiles dont le photographe recouvre ses modèles ne cachent plus leur peau, il montre ses « coutures ».

 

Pour autant ces voiles ne sont en rien des linceuls. Pas même ceux de l'agonie d’une petite mort. Dans le jeu du noir et blanc le corps se marbre au sein d’une beauté froide car à la fois offerte et retirée. Le film entre la peau et la voile reçoit ainsi l'échange de l'ordre de l'écharpe plus que de l'escarpement. Il donne les traces d’un corps autre et devient cosmétique : il orne et ordonne, cache et dévoile. Il désigne l'arrangement d’une harmonie distanciée qui se moque des lois du visible et de la convenance.

 

Glatz.jpgL'ordre d’un tel voile est celui d'une " variété " du monde féminin.  Tout se montre dans des effets trompeurs et superbes. Photographie, voile, peau sont de même nature là où Glatz moins que recouvrir ou dévoiler crée des chevauchements d’images afin de troubler le regard. Surgissent ou résistent des recoins, des replis, des zones instables, des régions denses, compactes, d'autres plus fines. Ce sont parfois ses zones noires, parfois des zones blanches. Elles explosent, fusent ou fuient.  Si bien que chaque photographie se feuillette comme se feuillette comme un livre.

 

Glatz 2.jpgContre le bâti classique de la photographie de nu, le Lausannois crée une dérive presque métaphysique. A la fois par le choix du noir et du blanc et dans la mesure où le corps est saisi le plus souvent par fragments. Il devient un patchwork, un manteau d'Arlequin (couleurs en moins). Certes par le local et la proximité la photographie suppose le global, le lointain. Se connectent par ce biais  l’éloignement et la proximité, le visible et l'invisible, le su et l'insu, le tabou et sa transgression. Le nu se met à foisonner par ce qui le nie et l'oblitère. La boulimie du regard passe donc par l'anorexie visuelle programmée. Le monde se perçoit comme entouré : on voit donc moins. Mais sans doute mieux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

15:02 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Catherine Monney : voilures des femmes libellules

 

 Monney 2 en 1.jpgUn lieu, une étendue, une œuvre et ses motifs qui se répètent ou plutôt qui varient pour habiter l’espace, y proposer d’autres passages.  Il y a à voir puis à découvrir. L’objectif de Catherine Monney est double : franchir le réel, sentir une présence qui se superpose à lui. Chaque pièce est moins un ilot de repère qu’un point d’apparition par effet de voile. A cela une raison majeure. Quand Catherine Monney rencontre une image, elle veut  lui redonner son volume car elle la ressent comme emprisonnée. Lorsqu’elle rencontre un volume elle libère ses formes de leurs limites. Elle obtient  ainsi des familles, des générations et des lignées de femmes.

 

Par ce face à face avec les formes libérée l'image retrouve une fraîcheur un élan de lumière. En franchissant ce seuil l'artiste brise l’obscur. Elle perce le piège des contours et crée la débandade des horizons afin de montrer des confins où s’amorce la fragilité.  Dans le fond de l’image, au sein de ses effacements on se retrouve littéralement le cul entre deux chaises. Comment faire autrement d’ailleurs ? Il n’y a plus de “ plans ” stables. Les repères se perdent l’ombre joue à l'élastique. Il faut suivre des sillages, des formes qui ne répondent plus à ce que l'on entend "classiquement" par silhouette.

 

Il s’agit de son recul et de son avancée,  de son avant et de son après. Catherine Monney saisit par le revers ce qu’on oublie de contempler avec nos regards aux paupières de porcelaine grâce à ses « poupées » qui ne sont pas de la même matière. Et il y a en elle une moisson de mystère que nos paumes ne pourront pas ramasser. Cela s’appelle Eden et enclos. L’artiste y noue des entrelacs, crée des enchâssements qui font enfler l’ombre. Mais la lumière n'est jamais oubliée.

 

L'artiste crée divers types de suspensions figurales. Tout se tord par clivage et éclipse. Chaque pan d’ombre vit là où les formes croisent leurs lances fragiles et drues. Il faut donc suivre les sillages de l'artiste même s'ils nous déroutent car ils sont porteurs d’alliance. Surgit l’ordre qui est la raison de l’imaginaire. Il dépasse le désordre du plaisir de la seule raison.

 

Monney.jpgLa créatrice offre une gymnastique des sens. Un exercice spirituel et une « conversion ». Bref Catherine Monney propose divers types de cérémonies secrètes de l’espace et le temps. Les formes tiennent fragilement et retiennent l’espace. Il s’y reflète, passe à travers. Elles instaurent le corps féminin comme hantise. Ce corps sort de ses limites afin que le rêve puisse se continuer chez les femmes comme chez ceux qui les regardent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

13:00 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)