gruyeresuisse

01/05/2014

Les avancées de Sylvie Mermoud

 

 

 Mermoud 2.jpgLes œuvres de Sylvie Mermoud possèdent des vérités animales, végétales.  Mais leurs sédiments restent plus complexes. Chaque dessin se donne un peu de distance par rapport au réel. Et soudain celui-ci devient - paradoxalement un univers si  étrange - plus calme et accueillant. On le définira comme féminin. Les formes y sont parfois matricielles mais dans des insistances dérangeantes et qui échappent à tout désir en en proposant un carême. L’œuvre résiste donc à tout. Autant au figuratif qu’à l’abstraction dans ses exaspérations tendres. Un tel travail nourrit à la fois l’angoisse, le vertige et le questionnement. Le monde glisse de derrière sa vitre, il n’y a pas à proprement parler de sujet ou de profondeur : ici et là-bas jouent ensemble. Les conglomérats perdus dans le blanc sont beaux. Beaux tout simplement. Leurs formes disent non au vide. L’idée même s’abîme. Reste un secret pour l’amour des yeux loin des codes et des chapelles.

 

 

 

Mermoud Sylvie.jpgSylvie Mermoud restitue aux formes leur plein pouvoir et le regardeur ne peut que se demander  qu’est-ce qui est en jeu ? L’image dans sa perfection redevient sauvage. Elle insulte la tête qui voudrait l’enfermer dans des repérages. L’espace ne cesse de se renverser tout en gardant une consistance dont le concret n’est plus vraiment la référence. L’irréel non plus. Reste la présence ouverte qui s’enroule parfois sur elle-même. L’artiste ramène au geste premier qui entrait dans les choses afin d’en retirer un masque invisible pour une germination dont la forme vient de l’oubli. Dans sa discrétion l’œuvre prend valeur de révolte. C’est un poème de la distance dressant ses crêtes, ouvrant des cratères pour ajouter des cédilles au regard. Loin de toute banalité, le monde est à refaire. La Lausannoise a recommencé sa conquête en offrant des synthèses plus que des théorèmes. Ou s’ils existent c’est au regardeur de les démontrer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

08:19 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

30/04/2014

Jean Damien Fleury : L’Afrique hors fantômes

 

 

Fleury 3.jpgJean Damien Fleury / collectif sous sa direction , « Sans œillère »,  Editions Charlatan, Fribourg,  Quatre cahiers de 32 pages, CHF 60.- / 48 €. 

 

 

 

 

 

L’image crée du lien parce qu’elle est avant tout un miroir. C’est sans doute pourquoi dès 1890 les ethnologues s’emparèrent de l’outil photographique. Il devint même une sorte de caution scientifique à leur discipline. Pour autant les mots gardaient toujours une prééminence sur les images. Et même si, selon le vieil adage, une image vaut mille mots, la photographie fut considérée très longtemps et demeure (sauf cas d’exemplarité clinique - qu’on se souvienne de « l’invention de l’hystérie » de Georges Didi-Hubermann) comme un simple adjuvant au logos.  Jean-Damien Fleury prouve le contraire.

 

 

 

Fleury 2.pngSon travail est l’exemple parfait d’une ethnologie revisitée, habitée et libre. Reprenant des images de récits de voyages, des cartes-postales, des affiches etc. leur assemblage devient un instrument pour lutter contre les images fausses et prouve que toute représentation, même la plus simple n’est jamais une simple image.  Grace au rassembleur fribourgeois à une suite d’étiquettes fait place une éthique.  L’ensemble devient une réflexion pleine d’entropie. Religions et rites, costumes et coutumes sont montés et montrés loin des hiérarchies canoniques car l’image est revalorisée dans sa force brute de décoffrage. Une force « poétique » multiforme, démesurée et parfois cocasse sans le moindre parti-pris condescendant.

 

 

 

Mettant à mal les réflexes tenaces l’artiste arrache toute facticité. Il  retient du moindre document une valeur de  message intrinsèque en raison de sa charge symbolique, son excès de poids référentiel, sa singularité existentielle première, ses valeurs de composition ou de texture si bien que les codes admis sont mis à mal. L’artiste illustre une des leçons de son compatriote J-Luc Godard lorsqu’il affirme que « l’image est un rapport ». Il permet d’évacuer les fantasmes éculés et des surdéterminations à visée prétendument pédagogique et morale. Ce corpus devient moins porte empreinte qu’espace d’interrogation. Il sollicite autrement la rencontre avec les fantômes des civilisations africaines en exaltant des variances et des invariances, des survivances, des hantises. Surgit un genre inédit à « l’inquiétante » étrangeté : l’œil aux aguets se met à comprendre et à « écouter ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

29/04/2014

Rondes errances de Sarah Glaisen

 

Glaisen.jpgartiste visuelle née à Fribourg en 1971, Sarah Glaisen vit et travaille à Salvador de Bahia, Brésil.

 

 

 




Glaisen 2.jpg

 







Sur l'écran un simple rond fait image


Preuve que l’unique a un sens

 

Sa présence est un désir non su

 

Il tord le cou au « comme »,

 

Il cherche la lenteur d’astre

 

Qui se lève d’en bas.

 

La nuit devient ardoise

 

L’étoile la paraphe.

 

 

 

glaisen 3.jpg








Ailleurs le monochrome

 

Fait panache,

 

Echappe à l’ombre dans le clair-obscur

 

Des balles roulent dans des bas

 

La jambe devient coquille

 

Elle pousse en avant

 

Chaque boule

 

Qui n’a ni haut ni bas

 

Sa surface est sa fin

 

La chose en elle.

 

Qui porte cette peau

 

Est invisible

 

Et ne possède ni os ni chair

 

On voit l’abîme et la lumière

 

L’image et son contexte

 

Se battent

 

L’air tremble d’être l’air.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret