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16/12/2013

Palmi Marzaroli : parfums d'encres et de femmes

 

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Né en 1962 à Vevey, vivant et travaillant à Leysin Palmi Marzaroli a créé une technique très particulière par son traitement de l’encre de Chine et ses couleurs. Dissonantes et contrastées, reflets d'une inquiétude existentielle oppressante, les oeuvres plongent dans une atmosphère étrange. Elle n’est pas sans rappeler tant par ses lignes et ses couleurs sombres l’expressionniste d'un Munch, d’un Kirchner ou d’un De Kooning. Paysages et silhouettes - surtout féminines  - aux traits discontinus et cassés et aux  tonalités violentes ouvrent à une angoisse. Celle peut-être que la femme génère du fond de « la nuit sexuelle » à son alter-ego. Le peintre ramène donc le mâle à un espace de la déposition s’agissant du corps en tant qu’objet de perte et de résurrection.

 

 

 

Pareil  au jeune Igitur de Mallarmé descendant “ le caveau des siens ” le peintre s’introduit dans le temps à la recherche d’un  “ moi pur ” qui voudrait se confondre avec celui de la femme.  Mais en conséquence la voilà à son tour exposée par la peinture  à la réminiscence du vide sépulcral  mais aussi au désir. Palmi Marzaroli propose donc d’étranges princesses dégingandées au bois dormant. Quant à celui qui  les regarde et qui veut les réveiller il se demande si le tombeau où l’artiste veut l’allonger est le bon. Devant de telles silhouettes  il est comme devant certaines femmes devant des  bijoux : ravi.  Tout se passe comme si l’artiste en montrant ainsi les femmes faussait les cartes. Car il s’agit soudain moins d’une question de prise que d’ensevelissement.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07:57 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

14/12/2013

Marie Velardi : histoires d’eau

 

Velardi.jpg« A heures fixes, pas une minute à perdre / solo show Clepsydres », Villa du Parc centre d’art contemporain, Annemasse, 2013, « Aqua Vitalis », collectif, Positions de l'art contemporain, Artothèque de Caen, 15 juin-28 déc. 2013. Marie Velardi est présentée par la galerie, Gowen Contemporary, Genève.

 

 

 

Fidèle à un engagement civique, Marie Velardi ne cesse d’explorer les concepts de futur et d'utopie sur un plan de plus en plus mondialiste. Elle s’y est préparée en ses premières œuvres sur des périmètres plus restreints en s’intéressant à sa ville natale : Genève. Elle a proposé pour la cité trois scenarii utopiques où l'élément végétal convoite une place capitale et où le système de transport mute  comme le prouvait une série de plans et d’images intitulés TPC (Transports publics de Chloropolis) au sein de systèmes alternatifs de production d'énergie (éolienne entre autres).

 

« Situationniste » à sa façon, l’artiste dans ses récentes recherches « puise » dans l'eau sa source d'inspiration. A la fois pour ses spécificités plastiques mais également (et surtout) en tant que ressource vitale. Marie Velardi est donc une des artistes engagées qui questionnent les enjeux liés à l'eau : bouleversements climatiques, enjeux industriels. Comme Kader Attia elle développe le concept d'«écosophie» en proposant un art citoyen dont elle a toujours une fidèle « militante ». Elle s'intéresse plus particulièrement aux territoires et géographies souterrains, donc invisibles mais qui possèdent un rapport direct et essentiel avec  les conditions de vie à la surface de la terre aujourd’hui et demain. « Clepsydres » comme « Aquifers » offrent des cartographies géographiques et temporelles d'eaux souterraines. Dans « Aquifers » elles sont dessinées à l'aquarelle liquide sur papier. La différence de densité des pigments souligne les zones qui correspondent où il y a le plus d’eau. Cette dernière  produit des réactions différentielles de l'aquarelle au contact du papier. 

 

 

 

Ses divers travaux tissent  un réseau de formes multiples, entre constat et alerte au sein d’une forme d’éveil et de vigilance  pour la protection de l'environnement, la liberté de circulation et le respect des écosystèmes humains et biologiques. Liant l'esthétique à l'éthique, l'eau n’est plus celle de la poétique de la rêverie, du baroque, de l'impressionnisme. Elle est le symbole même de la vie et de la survie du monde au moment où elle échappe chaque à sa nature de bien commun au moment où l’  « écocide» n’est pas considéré comme un crime contre l'humanité. L’artiste en appelle implicitement  à une nouvelle « Convention de Genève » qui ne ferait plus abstraction de cette violation aux formes multiples formes. Marie Velardi  demeure telle qu’elle est depuis toujours : partisane d'une écologie opposée aux excès du productivisme aux promesses qui s’écartent du sens même de la vie. L’art est là pour s’élever contres les courants où l’être est noyé là où paradoxalement il risque d’être privé d’eau portable.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

13/12/2013

Beckett et après : Sonia Kacem lauréate du Prix culturel Manor 2014

 

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La jeune artiste genevoise Sonia Kacem inscrit déjà son nom et son œuvre dans les cimes de l’art contemporain. Sortant de la verticalité du tableau et de la platitude de la peinture elle s’est dirigée vers l’espace et la matière  en dehors d’une simple propension conceptuelle. De plus, textiles en « lambeaux », éclats de miroir, poussières, matériaux neufs ou de récupération ne sont plus au service d’un simple arte povvera. L’artiste sait que les temps ont changé. Lauréate 2014 du prix Manor elle va être exposée au Mamco et bénéficie d’une résidence de 6 mois à New-York. Gageons qu’elle va y retrouver les traces de celui qui y tourna ce que Deleuze nomma « le plus grand film  de l’histoire du cinéma » et qui fut intitulé sobrement par son auteur - à savoir Samuel Beckett – « Film ».

 

La Genevoise apparaît dans le paysage artistique celle qui pousse plus loin l’entreprise de l’auteur irlandais, ses « castatrophes » et autres « foirades ». Son installation « Dramaticule » (2013) au titre purement beckettien est une suite d’espaces d’errance programmée parsemés d’éléments aux allures de décors en décomposition, dématérialisation et ruine aperçue  déjà dans son installation antérieur « Thérèse » (2012). Des monticules de matières grège se décomposent au gré des courants d’air et des passages du public. On est là dans un décor désertique qui rappelle ceux de Beckett : le promontoire de « Oh les beaux jours » ou no man’s land suggéré par Clov dans « Fin de partie ». Tout s’étiole, s’efface dans un temps « neutre », un temps sans temps qui réjouirait Beckett.  Nous sommes ici au-delà de la catastrophe telle que la définit Paul Virilio dans « Ce qui arrive ». Avec Sonia Kacem tout est déjà arrivé. Toutefois moins que le désastre l’artiste laisse ouverte la question du dénouement et du dénuement. Surgit un outre-voir face à l’aveuglement au moment où l’œuvre renonce à la possession carnassière des apparences comme à la mimesis. Bien des artistes s’y sont  fourvoyées et le prétendu "réalisme" en représente la forme la plus détestable. "Qu'ils ne viennent plus nous emmerder avec ces histoires d'objectivité et de choses vues" écrivait Beckett à ce sujet. La Genevoise pourrait faire sienne cette formule du " Monde et le Pantalon".

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Expositions de Sonia Kacem : en 2014 : THENnow, Miart, Milan et Mamco Genève. En 2013 : Petra, Gregor Staiger, Zurich (solo), Jump Cut, La Rada, Locarno, Material Conceptualism, Aanant & Zoo, Berlin, Dramaticule, T293, Rome (solo), Art of Living (i.e. Goodbye, Blue Monday), Chez Valentin, Paris, Thérèse, Palais de l’Athenée, Salle Crosnier, Genève (solo)