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03/09/2013

Dans l’ombre de la lumière : Catherine Gfeller et l’âme sévillane

Gfeller 2.jpgCatherine Gfeller, « Belles de nuit », Galerie Turetsky, Genève, du 12 septembre au 26 octobre 2013, "Paroles d'artistes/Portraits d'artistes" film avant-première au  Kunstmuseum de Berne.

 

Sous couvert de littéralité Catherine Gfeller invente toute une poétique de Séville. En une suite de cadrages, de décadrages et de juxtapositions d’images l’artiste ne renonce plus à une certaine ornementation. Mais celle-ci est loin d’être gratuite : elle est opéra, opération donc ouverture.  La photographe propose des prises complexes où le sacré se mêle à la sensualité, le divin au charnel. Une nouvelle fois elle devient monteuse  et compositrice afin d’atteindre une beauté où se rejoignent idéalement l'harmonie, l'équilibre, la géométrie, la grâce, l'éphémère et le permanent.

 

L’obsession du lieu est centrale : mais Séville devient kaléidoscopique. Dans son film comme dans son exposition le goût pour la trajectoire reste important au même titre que celui de la construction. La cité se veut ici la ville des « belles de nuit » et la première d’entre elle : la Vierge. Mais cette dernière ne touche pas seulement à l’indicible et à la prière. Le  rite dont elle fait l’objet s’ouvre à un tapage certain et à des démonstrations plus intempestives que cultuelles. L’« essence » mystique passe par la petite porte au profit de la reprise en main  du corps féminin. Si bien que la dimension abstraite du mythe sort de l’inéluctable. Car la photographie n’est plus un art du silence imposé par l’indicible virginal. Séville dans ses fêtes religieuses provoque donc des montées des circonstances comme il y a des montées de lait. Elles entraînent des fantasmes et ce qu’ils supposent.

 

Gfeller 3.jpgCatherine Gfeller à cet égard  trace une voie nouvelle en photographie. Elle vient souligner mais aussi troubler  le principe de séparation et de distance. Au masque tranquille, muet de la «  Dulcis Virgo »  l’artiste juxtapose la ville, ses pélérins et ses belles de nuit. Sous couvert de voir en l’image sainte un ex-voto ils la transforment en une image innocemment et inconsciemment érotique. A l’indicible  de l’image pieuse se substitue celui de la photographie. Elle se trouve intimement liée au temps et à la mort, au désir et à l’instant.

 

Reste néanmoins l’énigme fascinante de la pureté entre l’austérité et l’étincelle de feux pas forcément sacrés. Dans l’imaginaire religieux  la Vierge devient une paradoxale concubine. L’artiste la fait vivre comme une renaissance dans le contact sensuel avec la lumière du lieu. C'est là qu'elle trouve une nourriture mystique, c’est là aussi que les croyants la font dévisser du spirituel à tout crin. Séville tel qu’elle est montrée sous couvert de chasteté est plus sulfureuse qu’il n’y paraît. On y cherche quelqu'un. Quelqu’un de caché.  L'artiste pour l’évoquer crée des images qui se  distribuent en seconde et en tierce. Il y a là une forme de lyrisme flamboyant coupé par des références optiques parfois plus sobres. Ce « jeu » permet de penser le multiple de la féminité et des roseurs impudiques mais ô combien discrètes sous le bleu de ciel où les sévillanes osent parfois des attitudes qui damnent les âmes que la Vierge voudrait contrôler.  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Design Days 2013 de Genève : Claudio Colucci et le retour en Suisse

Design days.png"Design days", Manifestation romande de design et de création contemporaine, 5ème édition, 26-29 sepetembre 2013.

 

 

Plateforme internationale du design et de la création contemporaine, les Design Days présentent leur 5e édition au pavillon Sicli de Genève du 26 au 29 septembre 2013. Ils permettent de faire découvrir aux professionnels mais aussi au grand public les nouvelles formes du design suisse. Pour la première fois la manifestation est présentée sous la coque de béton de l’architecte Heinz Isler au cœur du quartier industriel des Acacias. Mobilier,  accessoires, prototypes, éditions limitées, pièces uniques et design industriel, jeunes labels, designers et marques internationales seront présents.  Parmi eux Piet Hein Eek, pionnier du recyclage propose «To Sit» qui retrace son parcours.  Le « Design Studio Renens » offre une série de nouveaux projets de jeunes diplômés d’écoles de design de la HEAD – Genève. Le label genevois « Teo Jakob » propose le travail  des frères Bouroullec. Le studio « El Ultime Grito » présentera son design allégorique. Quant au créateur suisse Claudio Colucci il reviendra du Japon où il est installé pour présenter son monde d’épures.

 

 

 

Sachant se déplacer continuellement afin de découvrir  un regard différent sur les choses qui nous entourent et que nous ne regardons plus, Claudio Colucci considère le design comme un art de la découverte, la recherche de territoires inconnus. C’est donc pour lui et comme il l’écrit « une forme de liberté, un style de vie ». Il a découvert cet esprit lors de ses  études de graphisme à l'école des Arts Déco de Genève. Quittant le Suisse pour ouvrir son champ culturel il est passé par l'ENSI-les Ateliers à Paris. Jeune diplômé il a créé  les « RADI Designers » avec des anciens élèves de son école.

 

 

 

Colucci.pngLibre, Claudio Colucci n’est pas sans attaches ou maîtres. Deux sont essentiels. Ron Arad avec lequel il a travaillé à Londres lui appris le respect pour le côté « artisanal » du design tout en le poussant dans l'innovation la plus extrême. Philippe Starck lui  montra comment travailler vite et comment insérer de l’humour dans toute création. Parti à la découverte des diverses culture du design, de l'architecture, de la mode  il a traversé le monde. Ayant rejoint l'équipe japonaise de Starck il décida de se mettre à mon compte et de monter deux agences, l'une à Paris et l'autre à Tokyo. Partageant son temps entre les deux villes l’artiste y trouve un moyen de solliciter sa créativité et celle de ses collaborateurs. Son style est toujours à cheval entre les deux cultures. Colucci se définit lui-même et non sans raison comme « méditerranéen par l'humour et les couleurs, japonais par mon côté rigoureux et minimaliste ». Toujours capable de suivre la simplicité de ses intuitions et ses désirs, la complexité de ses réalisations la traduise parfaitement. Ses œuvres  se situent de manière poétique et pratique sur la tranche entre la mesure du possible et de l’impossible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

01/09/2013

Carolyn Heer entre inquiétude et apaisement

HEER.pngCarolyn Heer, exposition personnelle, Galerie de Grancy, Lausanne, du 3 septembre  au 12 octobre 2013.

 

 

Les personnages de la Zurichoise d’adoption Carolyn Heer flambent sombrement dans une sorte de dernier (mais éternel) sursis. Ils sont en feu : ténébreux, mornes, lugubres mais somptueux. L’artiste sculpte leur misère mais les fait sortir du trou dont ils ne devaient jamais émerger. Dans ses peintures le propos est tout autre : le territoire est désert. Néanmoins il est soulevé par les couleurs. On commence à voir dans un espace sans temps qui ne craint plus aucune aube. Si bien qu’on pourrait affirmer que les  êtres statufiés marchent sur une terre fixe. Ses couleurs éclairent l’esprit et rappellent peut-être celles où l’artiste est née. Dans son Nigéria natal même le noir projette la lumière dans une « contradictio in terminis ».

Une des forces de l’œuvre de Carolyn Heer est de métamorphoser un nombre restreint de formes, de les structurer, de les faire varier afin d’épuiser l’espace du purgatoire qu’elles suggèrent. L’œuvre est donc celle d’un  dernier suspens de l’être. Il est représenté tel qu’il est : suspendu et figé. Il est aussi isolé par le besoin de voir, immobile dans le vide. C’est un être pur et non insomniaque fantôme. Quant à la terre, elle marque de son horizontalité une zone limite. Entre figuration et défiguration surgit une dynamique tridimensionnelle et bimensionnelle  capables de suggérer un statisme particulier. Carolyn Heer crée une hypnose troublante et un maelström de rythmes. Nous touchons soudain par delà la pulsion scopique à la conscience primitive de l’être et de son sens.

 heer é.pngL’artiste atteint le noyau dur d’une vie qui précède toute pensée et même tout travail psychique de liaison.  La sculpture touche l’ineffable et l’essentiel.  La peinture devient une prise de vision d’un champ intérieur et métaphysique à travers la fragilité de ses lignes de force et de ses couleurs. Dans les deux cas le spectateur peut entamer un dialogue silencieux avec lui-même. Il peut tout autant faire l’expérience vécue de l’angoisse ou du calme  là où à travers des présences « pures » le silence se fait. Au bord de l’abyme une porte reste ouverte.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

08:26 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)