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19/12/2013

Philippe Fretz, portrait de l'artiste en serpent à plumes - chutes et ascensions

 

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Philippe Fretz, In Media Res n°2, “Echelles et Serpents », art&fiction, Lausanne, 63 CHF.

 

 

 

Les suites proposées dans les « In media res » du peintre Philippe Fretz répondent à trois désirs de l’artiste : appréhender l’image qui reste toujours à venir, présenter l’état du travail et des découvertes du créateur et proposer en conséquence son « périodique d’artiste ». Bref il s’agit d’un « work in progress » mais totalement abouti.

 

 

Ce travail met en présence les images que le peintre a rencontré au fil de ses recherches et ses propres travaux. Il croise ces deux ensembles en des sortes de tableaux dans la manière où Aby Warburg avait construit les siens. Comme chez le théoricien de l’art chacun répond à une thématique. Dans ce n°2 le thème retenu est « Echelles et serpents ». Ces deux termes renvoient évidemment dans le monde judéo-chrétien à l’idée de chute et d’ascension de l’être humain. Mais Philippe Frtetz y introduit des images tierces de cultures foraines et populaires : masques dogon, imageries alchimiques par exemple. Quant au propre travail de Fretz il se réunit et se charpente sous le titre : "Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi".

 

On ne peut dire si le péché originel y est plus brûlant que le feu, tant la peinture et les assemblages illuminent jusqu’à la gueule de la bête humaine. Parfois ses bras sont des ailes comme s’il était oiseau. Mais à l’aide d’une telle mise en scène l’univers est un spectacle et non un problème. Au besoin l’homme mène la chasse contre Dieu tout en l’adorant. Preuve que la stratégie de l’art est une grande ruse.

 

 

 

Jean-Paul gavard-Perret.

 

 

 

 

 

 

 

18/12/2013

Claudia Comte : L’autre versant du visible

Comte.jpgClaudia Comte, "Elevation 1049.2", Gstaad, Janvier 2014,  Exposition solo à la  David Dale Gallery, Glasgow, avril 2014

A la plénitude de l’image la Lausannoise Claudia Comte accorde des limites. Au lieu de la contrarier l’ouverture du tableau elle augmente sa capacité à « dire » l’inexprimable et à montrer que les apparences cachent. Le géométrisme et les jeux de couleurs impriment une force contre le néant au moment où le « retrait » d’une forme d’abstraction produit une beauté particulière : face à l'indécis elle impose une résistance.

Le tableau  ne singe pas le monde il en propose  un théâtre grandiose. Formes et couleurs en répétition créent une incandescence froide que ne trouble aucune perturbation dans l’agencement retenu. L’émotion vibre  parce que Claudia Comte rejette la déliquescence de l’informe. Se confrontant avec le langage propre de la peinture elle impose une puissance d’arrachement par l’impérieuse nécessité d’affronter l’obscur en faisant de ses œuvres non des objets de représentation mais des sujets de langage. Désencombrant la peinture de tout ce qu’elle n’est pas la créatrice crée des jaillissements en refusant tout les débordements intempestifs qui ne seraient que des fuites ou des facilités, bref des défauts de langage.

Sans doute son « abstraction » est-elle trop excessive pour l’esprit de l’époque. Mais pour elle il s’agit de peindre avec l’ambition fondamentale d’offrir au regard moins l’image du monde que sa texture en des  métamorphoses. Une telle peinture prend autant les tripes que le cerveau. Une vie moins sauvage que native surgit là où les lignes et les couleurs se tendent et où dehors et dedans s’entrelacent en une objectivité cinétique. Par effet d’hallucination optique elle réveille l’amollissement et obsolescence des sens. On peut appeler cela une peinture critique et une critique de la peinture. Mais il y a plus : couleurs et formes  évoque une sorte d’allégresse là où l’espace pictural se réenchante.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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17/12/2013

Le Divisionnisme suisse plaque tournante du mouvement

 

divisionnisme p. couv..jpgdivisionnisme g  giacometti.jpg« Divisionnisme – Couleur maîtrisée ? Couleur éclatée ! », Fondation Pierre Arnaud, Crans Montana et  Hatje Cantz, Ostfildern, 295 pages, 2014.

(tableau de G. Giacometti)

 

 

Né en 1880 le Divsionnisme se situa en rupture avec l’Impressionnisme. Seurat et Signac en furent les fondateurs et théoriciens. Ce mouvement trop oublié eut une importance capitale. Plus qu’en France, Belgique et Italie il prit en Suisse tout son essor. Du côté du Tessin (Edoardo Berta, Pitro Chiesa, Filippo Franzoni, Luigi Rosi) et à Genève avec Alexandre Perrier.  Paysagiste des décors montagneux (du Pic de Marcelly au massif du Mont Blanc)  ce dernier structure en atelier ses esquisses prises sur le motif. Dans cette transposition ses œuvres vibrent d’émotions très personnelles. Sa peinture devient la recherche non d’une reproduction mais de l’essence du paysage. Quant à Giovanni Sagentini et surtout Giovanni Giacometti ils deviennent les maîtres du genre. Proche du premier - encore influencé par le post-impressionnisme - le second va explorer de nouveaux champs d’analyse en des touches de couleurs complémentaires juxtaposées que Hans Torg définit comme « claires et claironnantes ». 

 

Avec Cuno Amiet le divisionnisme prend une autre acception. Il en retient la structuration fragmentée de la forme et de la couleur mais il la lie à un synthétisme proche de Gauguin. Amiet en perfectionne la technique d’éclatement au moyen de « tirets » très contrastés. Là encore il s’agit de faire vibrer la nature pour en intensifier la beauté mystérieuse.  Le peintre « tord » les couleurs  dans l'appel de ce qui va jaillir.  En sortant le paysage du décor il s’enfonce dans une recherche désespérée faite de tensions, de pulsions qu’il pousse parfois vers le sombre afin de gratter la pellicule du monde ou d’en retourner le matelas. Quant au Vaudois Albert Muret ami d’Auberjaunois et Ramuz il rechercha dans le Valais des paysages où il transposait les conditions de vie pénibles des paysans.

 

De l'ensemble deux peintres dominent. Edoardo Berta (inspirateur du courant divisionniste italien) reste le coloriste le  plus « moderne »  et Giovanni Giacometti le narrateur capable d’offrir une  humanité rare à ses toiles.  Chez le premier chaque point de couleur se veut acte de transfiguration. Qu'importe s’ils semblent illusoires : quelque chose avance contre le factice de l’apparence selon des lois poétiques propres au "piétonnier à la recherche de sa vérité".  Pour Giovanni Giacometti l'existence reste consubstantielle à l'art. Il le pratique sans abdication mais avec le sentiment d'une dérive ou d'une descente vers ce qui n'est pas encore la mort mais qui ressemble à son approche. La peinture est donc le contraire de ce qu'on veut en faire : une rêverie. C'est à l'inverse un exercice de lucidité dans lequel l’art anticipe ce que les images du monde ont à montrer lorsque le regardeur sera capable des les comprendre.

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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