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07/11/2015

Koka Ramishvili : tsunamis plastiques et beautés sourdes

 

ramishvili 2.pngKoka Ramishvili, « Déplacement » , Centre de la photographie Genève & "Last Session", Galerie Laurence Bernard, Genève.

 

 

La monographie éditée par le Centre de la photographie de Genève illustre - en fidélité à sa vocation -  comment s’articulent et s’interrogent la photographie, le dessin, l’installation, le dessin animé, la peinture et la vidéo dans l’œuvre de Koka Ramishvili. L’artiste, né à Tbilissi, vit et travaille à Genève. Ramishvili.pngLa complexité des interrelations allie  politique, religion et érotisme, l'exil et les peurs  non sans humour parfois violent loin de toute posture narcissique et en donnant un sens général à une aventure plastique multipartite. Le socle de chaque genre est donc fracturé  (comme la société) là où à la fois tout se referme et se retourne mais en même temps  s’ouvre et éclate en une coïncidence  défaite. Tout Eden est de cendres. La vie comme l’art ne peut se vivre et n’exister que par éclaircies ajoutées les unes aux autres sans pour autant créer un barrage à l’inéluctable de la fuite. 

 

Ramishvili 3.pngReste la fragilité des jours et des oeuvres. Mais dans leur trajectoire le temps ne s’oppose pas à la construction et son contraire. Emanent à la fois des tsunamis plastiques mais aussi une beauté sourde.  Désastre et cadastre, en revendiquant une déconstruction Ramishvili propose diverses équivalences. Ses travaux sont de paradoxaux « éclaircisseurs ». Ils restent le vecteur inverse de ce qu'ils représentent pour beaucoup d'artistes. Chez ceux-là la création est clonique, elle reste le moyen de faire pousser les fantasmes comme un chiendent. Pour sa part l’artiste les  arrache.  S'engage une réflexion sur la question de regard, du réel, du passé, du devenir et du paysage. Ce dernier terme l'artiste a l'intelligence de ne pas citer. Pour lui en effet il n'existe pas. Ce qu'on voit est sans cesse rencordé, raccordé, imaginé dans un substrat d'une épaisseur insondable.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/11/2015

Jean-Luc Parant le boulimique (De l’autre côté de la frontière)

 

 

 

 

 

Parant bon.jpgJean-Luc Parant, "Eboulement", Musées de Beaux Arts de Chambéry,  7 novembre 2015 - 7 mars 2016

 

 

 

 

 

 

Avec l'œuvre de Parant le recours à une forme de métaphore esthétique devient apodictique. Le renouveau créateur est induit par l'usage basique de la boule. Elle ramène au jour les notions de hasard et de lourdeur introduites dans les années 1910 par Marcel Duchamp. A côté d'artistes comme Robert Morris (aux USA) ou Bernard Venet en France) Parant (d’abord avec sa femme Titi puis en solo) a été parmi les premiers à poser le rejet de la forme fixe, de l'instabilité de l'organisation, de la prise en compte de l'aléatoire. Les tas de boules deviennent la production forte et quasiment unique qui évite paradoxalement la cohérence statique d’un système clos sur lui-même.

 

Parant bon 2.jpgLa boule pourrait a priori faire penser à quelque chose de fermé. Or ces volumes ronds forment le point de départ d'une réflexion qui par étapes successives d'organisations et selon les modalités d'une démarche progressive (comme le prouve l’exposition de Chambéry)  pose comme principe absolu le principe de la monosémie de l'œuvre d'art.  Les boules sont suffisamment significatives pour que s’y distinguent des points d'ancrage et de rayonnement.Parant bon 3.jpg L’artiste y intègre des notions fondamentales d'ordre et de chaos sur lesquelles d'autres travaillent parallèlement (instabilité, improbabilité, turbulence des éléments par exemple chez Jannis  Kounellis, Richard Serra, Bernard Pagès, Giuseppe Penone). Mais chez Parant l’amas exprime - au sein du statisme - le mouvement. De même que l'idée de l'isolement, du repli, de l'écart mais aussi de la masse. Les boules incarnent autant donc autant l'épopée crusoéenne, le tumulte de l’être que la cité nouvelle à construire.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

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Philippe Ramette : l’attraction immobile

 

Ramette 3.jpgPhilippe Ramette, Xippas, Genève, 7 novembre - 23 décembre 2015.

 

Sur ses photographies Philippe Ramette se scénarise au sein de situations autant absurdes qu’improbables afin de renverser nos assises. La réalité devient des reconstructions mentales plus que des vues de l’esprit. Le dessin y est l’ébauche des autres médiums que l’artiste utilise. Tous créent une mise en abîme de la représentation en spéculant sur ses failles selon divers associations surréalisantes.

Ramette 2.pngFidèle à une  génération nonsensique aussi bien européenne qu’américaine, Ramette est l’exemple même de l’artiste libéré du « grand style ». Il croise diverses thématiques dans lesquels l’humain demeure central. Ses œuvres portent les marques d’amours, de  blessures et de joies. Le tout avec l’humour qui fait de manière naturelle abattre les cartes de ceux qui croient être les maîtres du jeu. Ramette.pngLe caractère primesautier du travail n'est qu'une impression de surface. Même si Ramette semble réduire ses œuvres à de petits traités d’archéologie du fugace elles prouvent qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable : celle qui creuse le réel et l’illusoire au sein de jeux de pistes dérivantes.

Jean-Paul Gavard-Perret