gruyeresuisse

23/03/2015

Jörg Immendorff entre Cervantès et Ubu

 

 

 

Immendorf 2.jpgJörg Immendorff « Les théâtres de la peinture », Fondation Maeght, Exposition du 28 mars au 14 juin 2015.

 

 

 

Elève de Joseph Beuys et compagnon de route d’A.R. Penck Né Jörg Immendorff (1945-2007) laisse derrière lui une œuvre plastique immense et engagée. L’exposition de la Fondation Maeght la présente en 15 sculptures et 50 toiles et dessins. ILS couvrent la dernière période de l’artiste relativement peu connue. Avec Immendorff surgit une présence clé : le peintre, héros ou antihéros, devient la figure souvent drôle, engagée et dérangeante, mixte de Sancho Pança et de Don Quichotte (voire de sa fidèle Rossinante) en un théâtre foldingue - mais comme il le précisait «  à fonction sociale » - du monde. Immendorf.jpgColoriste et dessinateur extraordinaire Immendorff en propose sa reconfiguration en guidant le spectateur dans une dérive picaresque des bas fonds de cités urbaines aux « zones glacières » et féeries morbides de certaines périodes historiques. Les uns comme les autres deviennent une cours des miracles où le monde mais aussi l’histoire de l’art sont revisités. Le travail de l’Allemand permet ainsi à la Fondation Maeght - qui considère tout artiste choisi comme acteur et une figure essentielle de sa raison d’être - une façon de se « représenter ». Et ce comme l’artiste lui-même se figura dans ses propres mises en scène.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

16:52 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Jean-Louis Perrot : incarnations de la pensée

 

 

 

perrot 2.jpgJean Louis Perrot, « Œuvres récentes », Galerie Rosa Turetsky, Exposition du 5 mars au 23 avril 2015.

 

 

 

Comment la sculpture a-t-elle prise sur nous, comment l’atteignons-nous, comment nous touche-t-elle ? Nous n’en savons rien. Et si Jean-Louis Perrot ne résout pas de telles questions il sait déplacer nos points de vue en inventant de nouveaux espaces, de nouveaux rapports, de nouveaux contacts en incarnant ces questions essentielles – ce qui est bien mieux que de croire y répondre. L’artiste genevois fait côtoyer le  fragile et le robuste, l´un s´appuyant sur l´autre, pour créer un équilibre. Cette question de l´équilibre, au propre comme au figuré, est récurrente dans de nombreuses œuvres dont les différentes parties, sans être animées et en mouvement, sont articulées et mobiles. Reliefs, assemblages, écheveaux, tiges créent des feuillages qui échappent aux catégories connues. Architectures, sculptures, vanités qu’importe : l’artiste  crée un rapport évident du lieu tactile au lieu de la pensée. On peut ainsi toucher le mystère de notre propre pensée. Chaque pièce devient un lieu qui inquiète la pensée mais qui cependant la situe, l’enveloppe, la touche, la déploie.

 

 

 

perrot.jpgLa notion de lieu repose ainsi la question de l’être. Chaque œuvre devient l’abyme de la pensée ou ce que Maldiney nomma « aître de la pensée, état naissant du langage plastique ».  Le chasseur-cueilleur, ne tarde pas à débusquer ce qui se cache derrière la forme, il prend son temps » afin de proposer des  « états naissants » même lorsqu’ils semblent à bout de vie. Quoique demeurant toujours physiquement ouvertes les sculptures – et quelles qu’en soient leurs matières – montrent comment l’organique et le géométrique se trouvent écrasés, transformés puis subtilement renoués, rendus à leur « inséparation » native où elles veulent se tenir. Existe donc une dynamique - intrinsèque à la création - qui demeure toujours visible. A ce titre la sculpture devient paradoxalement un fleuve en pleine activité qui charrie ses propres mouvements incessants, ses propres déplacements. Les coups, les chocs, les violentes mutilations que ce que le fleuve impose à la matière sert à esquisser la forme par effet d’un travail incessant.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/03/2015

L’érotisme transcendantal de Philippe Pache

 

 

Pache 2.jpgLe nu constitue en art un sujet majeur mais trop souvent  il est dévalué car ceux qui s’y penchent. Ils ne l’abordent pas comme émouvant, difficile et ferment la  fenêtre de l’âme qui l’agite. Philippe Pache à l’inverse porte l’éros dans un lieu plus sérieux, moins régressif.  Ses photographies offrent un ordre énigmatique à  la nudité.  La pulsation du corps ne penche pas vers le libidineux mais vers un rayonnement de l’être. La femme devient plus une « opératrice mystique » qu’un simple « objet » de désir. La peau devient la limite où porte le regard selon une pratique qui se veut une expérience plus transcendantale que libidinale.

 

Pache 3.jpgRejetant l’érotisme « délibéré »  le Vaudois  fait preuve de pudeur respectueuse envers ses modèles. La lumière du noir et blanc préserve leur énigme  plus qu’elle n’allume des fantasmes. Le corps est surpris dans l’impalpable étirement d’instants. Il devient presque immatériel. Le trouble est là sans doute mais tout est conçu dans le processus créatif afin que le regard contemple sans désir l’objet du désir. La sensualité est présente mais dépassée L’émotion esthétique est soumise à un filtre pour que surgisse moins le corps que la vie. La photographie se détache de toute confusion annexe afin de conserver le mystère consubstantiel à l’œuvre d’art. Elle tend à la lumière qui révèle sans épuiser, déploie sans disperser.  Le corps n’est plus « dévorable » : il agit sur le regardeur (moins que voyeur) plus métaphysiquement que de manière physique au sein de sa plénitude, de son aura particulière, de l’espérance d’une venue. Celle-ci n’est pas la promesse d’une consolation fantomatique. Le révélation est autre  :  le noir et blanc, ses volumes autorisent une transparence entre l’innocence et le sacré. Ils laissent affleurer une disponibilité autre qu’ « opportuniste » et plus intérieure que spectrale.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17:56 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)