gruyeresuisse

07/05/2016

Clémentine Bossard : une artiste au poil

 

BOssard.jpg"100 HUE" par Clémentine Bossard et David Weishaar, FLAC Lausanne-Contemporain, LAC Vevey et Swissachtung.

 

 

 Bossard 2.jpgClémentine Bossard s’amuse avec les icônes et revisite le réel (légumes et fruits transformés par exemple en d’étranges natures mortes) à sa main et ose montrer comme détourner ce qui se laisse voir plutôt mal que bien. Bref elle n'en fait qu'à sa tête. Et c'est une femme du même nom. S'éloignant des (fausses) évidences elle offre des confidences optiques qui échappent à la médiocrité mais non à l'humour.

 

 

Bossard 3.jpgElle ose des évasions des corps et des choses. C’est un moyen d’affirmer sa différence avec le commun des photographes. Face à des visions à la portée de tous surgit ce qui flatte l'inattendu par bien des entorses à la norme : le culte de la différence permet d’ouvrir une forme d’inatteignable en latence. Entre son propre regard et celui de son appareil de prise de vue elle retrouve une présence qui se perd lorsqu’un créateur est derrière son viseur ou lorsque le spectateur est face à une image bidimensionnelle ou plat. Découle une suite d’entorses : le regard fait bien plus que s’y amuser.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/05/2016

Mises en boîtes et autres plis : Polly Penrose

 

Penrose.jpgPolly Penrose plie le corps pour les emboîter dans divers lieux en ce qui tient – pour ses modèles - de la performance. Partant de la formule de Beuys "nous sommes des œuvres inachevées » l’artiste aménage les corps nus pour habiller l’espace. Il devient poétique selon des poses incongrues qui le structurent de « surface de réparation ». Polly Penrose exclut néanmoins la manipulation, la séduction et la provocation, bref de tout ce qui engendre du factice, du factuel, de l'évènementiel sous lesquels l’art croule dans bons nombres d’aventures qui ne sont que du tourisme.


Penrose 2.jpgSes décalages et surprises emportent loin du conformisme par un "contingencement" (Didi-Huberman). Il éloigne du pragmatisme comme d'un pur état d'âme au profit d’un parfais expressionnisme drôle et paradoxalement quasi abstrait. Sortant le corps de sa clôture et de ses rôles l’art fait lever un monde dans la grotte mentale par l’émotion travaillée, sertie, développée. Celle-ci possède la puissance de recourber le néant en créant des seuils franchissables vers ce que l’on peut appeler une forme d’espoir en des abîmes farcesques creusés au fil du quotidien.


Jean-Paul Gavard-Perret

03/05/2016

Spores et chimères, le miroir du merveilleux : Jean Jeanneret

 

Jeanneret.jpgJean Jeanneret, « RVB », Espace L, Genève, 20 mai - 2 juilllet 2016.

Issus de l’Ecole de Photographie de Vevey: Jean Jeanneret lie le médium photographique à la technologie informatique comme à l’acrylique. Elles lui permettent la recherche d’un affinage vers une simplicité et un minimalisme où formes et couleurs primaires prennent toute leur force. En surgissent des sensations extrêmes en une sorte de graphisme tout en rythmes et luminosités dégagés du narratif.


Jean_JEANNERET.jpgIl y a là une représentation coupée de ses racines. La « chorégraphie » proposée est aussi brute que poétique. Au regardeur de trouver une histoire, d’accorder un sens à ce qui est proposé en des langueurs naissantes, des coulées de matières innommées et absentes de tout rapport d’évidence. Chaque œuvre devient un essaim de possibilités là où tout peut jouer en tant que leurre pour séduire le regardeur par spores, chimères et en lignes de fuite et d’extase.

Jean-Paul Gavard-Perret