gruyeresuisse

08/01/2014

Halinka Mondselewski : retenir ce qui tue

Mondselewski 2.jpgHalinka Mondselewski, Œuvres récentes,  11 janvier-14 février 2014, Galerie LigneTreize, Genève (Carouge)

 

 

D’origine chilienne Halinka Mondslewski  reste riche de tout ce qui la grève. Son lourd passé douloureux  se métamorphose dans son travail  en un minimalisme pictural particulier. Des pans colorés d’une égale tension  s’élancent d’un fond obscur qui les contenaient. Ce qui surgit devient la quête de sommets impossibles à atteindre tant le poids de l’Histoire demeure. Par strates éloignement et proximité vont de paire. La peinture devient la figure du Temps plus ou moins revenant.

 


L’œuvre lui accorde une intensité picturale par sa lumière étale, ses couleurs composites : celle  de base est soulignée ou contredite par une autre qui lui fait front. Elle apprend à tenir droit dans l’hiver et la terreur inventée par les hommes. Le froid serre autour, durcit,  rétracte, contient.  Et parce que la mémoire oublie ses propres traces Halinka Mondselewski propose des horizons bougés. L’air s’y contracte. Près de s’éteindre la lumière profonde montre qu’un rien d’espoir en retrait demeure possible en une pellicule de couleurs parfois tendres sous une lumière sombre. En couche et sous-couche l’horizon solide demeure connu, inconnu, reconnu. Le noyau de l'être a disparu. Il ne demande peut-être qu’à renaître
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Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/01/2014

Edmond Bille et l’avenir du paysage

 

Bille edmond.png

 

Bernard Wyler, « Edmond Bille, Estampes et Affiches », éditions In folio, Gollion.

 

 

 

Edmond Bille (1878-1959) est un peintre, graveur, maître verrier suisse. Il a étudié les beaux-arts à Genève, puis à Portugal au cours des années 30. Sa résidence de Sierre  était le lieu de rencontre d’artistes et écrivains souvent proches du mouvement pacifiste international. L’artiste fut d’ailleurs un ami de Romain Rolland. Le livre de Bernard Wyler propose l’inventaire des gravures, ex-libris, affiches et illustrations d’Edmond Bille. Il prouve combien ce dernier n’eut cesse de pratiquer l’estampe sous toutes ses formes (xylographie, gravure sur bois, lithographie, eau-forte, pointe-sèche). Il a d’ailleurs renouvelé sa technique par exemple à l’aide de matériaux nouveaux pour ses supports dont le plexiglas. Les pressions ou les incisions y produisent des transferts nouveaux et obligent à résoudre un certains nombre d’hypothèses plastiques.

 

Concentrée sur le paysage et le portrait l’œuvre représente un véritable laboratoire de l’estampe. S’y capte une poésie figurative. Elle permet d’explorer la signification d'un certain nombre de mots-clés dont imagination et structuration dynamique. L’analyse de Wyler précise que pour Bille la création plastique est moins une façon de montrer autrement que d’approcher autre chose au cœur même réel. Cette idée et sa mise en pratique permettent de révéler non l’essence mais la pérennité et le devenir du paysage et du portrait. Elle est aussi la réponse cherchée aux angoisses de l'homme devant la temporalité. Face au chronologique et la dégradation qu’il impose  l’estampe libère le temps par effets d’échos particuliers. Elle réalise le passage de l'actuel au virtuel, du réel au possible. Elle devient le médium moins du retour que de l’avancée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/01/2014

Les dessins d’Olivier Estoppey : solipsisme du monde

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Lithographies d’Olivier Estoppey : Atelier Reynald Métraux, Lausanne

 

 

 

Dans l’œuvre protéiforme d’Olivier Estoppey le dessin garde une spécificité particulière. L’ellipse répond par son économie à ce qui dans ses autres approches prolifère.  Le langage plastique est imparable : il devient le sujet même du dessin, ses brisures d’espaces, son discours figural ou abstrait. L’autorité du trait quoiqu’en équilibre instable s’impose par son effacement et son minimalisme. Dans la « convexité » spatiale le graphite crée des instances grammaticales et rhétoriques en rétractation. Elles sont tout autant des ouvertures. Le geste de création diffracte, déstabilise, fragmente le réel afin d’ébranler jusqu’à la fixité de sa représentation. L’image absorbe le papier et le papier l’enveloppe tout autant.

 

Restent au centre de la feuille une hantise, une diaphanéité. Elles transforment la maison du monde selon une couture commune avec les dessins de Giacometti.  Comme lui Estoppey ne retient que le bâti des formes fondamentales, vierges, vivaces.  Le trait souffle des lignes, engage des traversés du proche au lointain, de l’habitat à l’habité. Le dessin dans sa simplicité inscrit une géographie précaire et ailée. En lieu et place des  volatiles dodus courant sur leurs pattes dans certaines ses sculptures de l’artiste : seul le trait devient la « pierre d'appel » primitive et sourde. Le dessin semble disparaître dans  la lumière du jour en ses délocalisations du réel. Le monde se vaporise mais n’est en rien une écume atmosphérique. Dans la blancheur du support le graphisme le plus ramassé devient éblouissant par ses effluves pénétrants. Parfois ils rendent visibles les structures sous-jacentes, parfois celles-ci demeurent presque invisibles comme si elles surgissaient de dessous la peau d'un lait immaculé.


Jean-Paul Gavard Perret

 

 

 

10:17 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)