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27/09/2013

Sécrétions, bruits et fureurs au Lausanne Underground Film & Music Festival

UNDER.png“Lausanne Underground Film & Music Festival”, 12ème édition, 16-20 octobre 2013, Luff.ch.

 

Le collectif LUFF au fil des ans ne cesse de penser et d’expérimenter une nouvelle cartographie des espaces acoustiques et filmique. Ce qui le conduit à réaffirmer la responsabilité et le rôle de l’artiste dans chaque festival. La programmation est fondée sur le concept d’accident déclinée de diverses manières. Une telle organisation reste majeure et fait honneur à Lausanne et à la Suisse. Sont rejetés tous les poncifs. N’est gardé que ce qui « blesse » l’individu ou la société. Films et musiques agressent forcément l’oreille et le regard de qui ignore tout des arts en devenir. Mais les œuvres retenues luttent aussi contre les censures étatiques ou médiatiques. Ces dernières jettent au rebut ces diamants bruts d’avenir qu’ils ne peuvent tailler et enfermer dans les écrins officiels.

 

Lausanne Underground et LUFF aligne cette année pour ses accidents de parcours volontaires 98 films et 28 concerts et performances. Côté cinéma l’artiste punk Jello Biafra sera un curateur intempestif. Suivra la présentation du réalisateur nippon Katsu Kanai, figure majeure de la Nouvelle Vague japonaise. Des zombies nazis des studios Eurociné feront l'objet d'un documentaire et d'une nuit spéciale de projection où l'horreur partouzera avec la dérision, la décadence et le vérisme. En matière de sons le festival laissera la meilleure part au bruit. Et ce en écho à la célébration du centenaire du manifeste de « L’Art des Bruits » du futuriste Luigi Russolo. Avec des performances et les engrenages du lausannois Kiko C. Esseiva le noisy trouvera une dimension peu commune. Côté « sécrétions » couleront les fluides hard  d’Evil Moisture.

 

Under 2.jpgVenue de tous les coins du monde la rage sera en conséquence au rendez-vous. Avec Yan Jun elle sort de la Chine. Porteur d’une parole et d’une musique tranchantes l’artiste reste l’exemple parfait d’une scène expérimentale  qui  revisite les héritages, fouille les décombres et les surplus des productions industrielles occidentales. Quant à Wolf Eyes il fait de la musique noise la plus sophistiquée une expérience possiblement populaire.  Les emprises sonore de Nicolas Bernier et Martin Besnier,  les saccages auditifs de Vomir, les extractions sonores de Yoshide et les expérimentations poético-visuelles de J.P. Ossang croisent des considérations sur la musique environnementale et cybernétique en rapport avec les théorisations musicologiques et vidéographiques contemporaines. Un tel programme permet donc de prendre acte de la transformation totale des systèmes de communication et des arts. A ne pas rater pour qui ose le volcanique de sons et images démontés. Proche du naufrage de la globalisation cette éruption permet moins de l’anticiper que de le faire reculer. A bon entendeur (et voyeur) salut !

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/09/2013

La gravure au noir selon Rudolf Reumann

Reumann 1.jpgDe Soleure, à Edimbourg et à Berlin puis à Thonon-les-Bains et à Genève Rudolf Reumann  propose des œuvres saturées de matières ou de couleurs  appliquées en pans larges. L’image parfois devient un panneau riche de symboles où tout finit par s’égarer. Tout sauf les traces de couleurs. Elles transforment chaque pièce en un fantôme capable de générer l’émotion. Rudolf Reumann ne prétend à rien d’autres. Au  regardeur de chercher une route de nuit ou de jour en fonction des tonalités des oeuvres.

 

Pour leur créateur les songes sont toujours vrais. Ses gravures et leurs hauts fonds  les propagent comme des algues paradisiaques ou infernales. Il faut les regarder avec toute la lumière et l’obscurité qu’elles recèlent. D’une technique à l’autre le sang noir s’élance, la chaleur s’enfle. L’artiste fouille les recoins et  soudain la noirceur ne résiste pas sous le sceau de la fusion et de la rapidité. Totems, assemblages, structures graphiques retiennent  dans des plis où se verse - mais pour la concentrer - l’étendue.

 

Reumann 2.jpgParfois avec les violences du sombre parfois avec la douceur de bleus célestes le monde immobile tremble. Le regardeur est contraint à un face à face avec des cubes de lumière noire ou claire. L’artiste ne craint jamais de créer les choses impossibles à décrire.  Ses gravures deviennent  une image aux mille yeux. Ils sortent de leur orbite là où la couleur brûle la lumière ou la fait surgir de ses terriers. Dans sa pulsion créatrice l’œuvre an noir  invente une profusion de figures nocturnes ou de signes d’un monde brut. Mouvements, éclats, irréalités (apparentes) des choses. Le jour, la nuit, la nuit, le jour. Et quand dans son atelier le silence frappe : l’artiste lui ouvre la porte pour le transformer en bruit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les œuvres de Rudolf Reumann sont visibles entre autres dans son atelier de Thonon les Bains et au Centre de Gravure à Genève.

 

 

25/09/2013

Benjamin Vurlod : l’espace entres les mondes

 

Vurlod 3.jpgTout l’art digital du jeune créateur et entrepreneur de Vevey Benjamin Vurlod  repose sur une ambition majeure : créer des « jeux » capables de proposer visuellement des courses errantes en des territoires inédits. Ils ouvrent des espaces-temps entres les mondes – ciel ou terre qu’importe. Combinat des formes, mélangeant divers proportions, se livrant à des calculs obsessionnels l’artiste atteint un lieu « intervalle » plus qu’interlope. Visiter son œuvre revient à être saisi, par la magie du virtuel, à des coloris surprenants et des rapprochements inédits où la gravité s’émet sous forme d’humour.

 

Des parallèles se résilient mollement, des collines prennent de nouvelles découpes. Tout un filtrage s’exerce à coup d’angles subsidiaires. La fixité comme le mouvement sont dictés par des lois où l’aridité procède du tact. Des points d’accroche et des instructions de broussailles emploient l’étendue à son renversement. Tout y coulisse selon de nouvelles conjectures. Elles donnent au plan une valeur opérationnelle.

 

Vurlod 1.jpgLa valorisation du surgi s’invente selon des procédures qui abrogent ou actualisent les vieilles structures de l’imaginaire. Plus que jamais celle-ci reste la folle du logis. Toutefois ses incartades sont essaimées par des interfaces capables de générer sous les fouillis des pixels une émotion coursive. Les œuvres tirent donc  leur beauté d’un béta langage tout sauf « bêtabloquant » puisqu’il recèle pour le regardeur des énigmes non résolues et fait travailler autant son émotion que son intelligence.

 

Dès lors sous le sceau des fréquences numériques l’artiste fait du geek qu’il est un poète qui s’ignore peut-être.  Car chez lui l’hybride immatériel génère des évidences qui ne le sont pas encore. A ce titre Benjamin Vurlod est donc bien poète mais aussi un magicien des codes et des algorithmes. En menant au mieux ses projets il décale la stabilité des choses et du réel dont l’ensemble  paraît de plus en plus encombrant.

 

Aimant emboîter les unes dans les autres des aires de crispation l’image devient polyphonique et pose parfois de grandes questions sans (trop) en avoir l’air. Par exemple derrière une tête de mort se cache un crustacé : il est tout  autant le crabe symbolique d’une maladie qu’on n’ose pas nommer. Mais dans de telles ambiances narratives se créent des modifications où le morbide devient hollywoodien.

 

Vurlod 2.jpgL’artiste suisse trouve donc toujours un moyen de ne pas se laisser enfermer dans des schémas acquis. Si bien qu’insensiblement  et sans qu’on y prenne garde l’œuvre devient une poétique en acte des théories digitales, un traité des couleurs et de l’imagination et du plus court chemin de  la réalité au rêve. Et ce coup d’envers sous les reliefs, de vernis sous les gouttes, de carrés circulaires et de cercles en longueur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Sur le « Digital Kingdom » de l’artiste : voir le site de son office : "Creativity Hunter".