gruyeresuisse

24/03/2017

Ego énergumène : Ben

Ben.jpgA 81 printemps Ben regrette les vernissages d’antan où il y avait du vin à boire, où les toilettes étaient fléchées et les œuvres d’art ne se confondaient pas avec les portes d’entrée. Ce qui ne veut pas dire que, dans ce qui est proposé aujourd’hui au sein des les expositions et salades niçoises, le laid tue.

 

Ben 2.pngBen reste le théoricien de l’invraisemblable, l’amoureux d’Emmaüs où s’achète pour 2 euros ce qui ailleurs coûte 20 fois plus. Grâce à ses petits livres ''tous ego'' l’artiste gratte ses prurits saisonniers et entretient ses insomnies. Il touille à sa main ses mayonnaises culturelles, l’amour d’Annie sa femme et l’envie de la tuer lorsqu’elle se plaint au lieu d’écouter geindre son vieux mari.

Ben 3.pngIl cultive aussi certains fantasmes qui électrisent son réseau des synapses afin de vérifier si son régime à base de noix permet certains exploits du corps. En cas de panne il dessine des femmes nues avec un épiscope afin de ne pas faire d’erreur sur leurs mesures. Il rêve d’écrire tel un Bukowski moins dépressif et cultive le vrai et le faux en perdant le lien qui les sépare. Il affirme que l’art ne sert à rien tout en le cultivant de manière addictive sans pour autant obéir à sa mère. Elle voulait le voir peindre comme Vlaminck. Pas question pour autant de le mettre au coin - avec un bonnet d’Annie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ben, « Tous égos », voir le site de l’artiste.

23/03/2017

Les unes et les autres : Cendres Lavy

 

Lavy BON.pngPour Cendres Lavy il n'existe guère ou plus de réalité en acte que de réalité en l’être. Face à cet état des « choses » l’artiste tord l'amorphie et l'inanité. Les êtres semblent habiter au sein d’un monde qui ne se rassemblera plus. L'énergie demeure mais selon d’autres fondamentaux. Dessins érotiques, images poétiques ou bestiales oblitèrent les frontières humaines, libèrent un inconscient où la gargouille comme le graffiti n’est jamais loin.

 

 

Lavy 2.jpgDerrière le fond littéraire ou esthétique des thèmes s’inscrit une littéralité brute de décoffrage non sans portée burlesque, fantastique et bien sûr érotique. Les catégories habituelles perdent leur sens et le genre lui-même se défait pour jeter un trouble singulier dans les représentations duales du monde. Cendres Lavy préfère la fracture et le fractal d’un univers incontrôlable et drôle mais non dénué d’aura lorsque l’artiste aborde les femmes.

Lavy 3.jpgL’œuvre vise autant à la sidération qu’à la considération des spectateurs confrontés à un univers interlope qui refuse les normalisations d’usage. Cendres Lavy fait dériver le visible pour l’emporter là où brillent en une altérité revendiquée, un soleil noir et une lune blanche, des femmes éthérées de bleu en leur solitude, portées au rouge lors cérémonies interlopes où le mâle n’est pas forcément à son avantage en ses errances.

Lavy.jpgIl serait trop simple d’en faire abstraction, de l’effacer ou d’estimer que Cendres Lavy serait victime d’un assèchement émotionnel. Elle préfère se moquer de situation là où la cohérence se défait en une décomposition d’un monde devenu « petit bout de rien » (Beckett). Certains êtres sont sereins, d’autres semblent ne plus de finir de finir : ils sont happés par l'absence à eux-mêmes. A sa manière Cendres Lavy est aussi impitoyable que drôle et poétique dans son renversement des rôles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cendre Lavy, « Coffret », Littérature_mineure editions, Rouen, 25 E., 2017.

22/03/2017

Les murs d’interrogation de Greg Palma au MAMCO

 

Greg Parma 2.jpgGreg Parma Smith, "Zeitgeist", Mamco, 22 février - 7 mai 2017.

Moulés en apparence dans les lutrins paisibles du langage plastique admis, celui de Greg Parma Smith avance afin de créer un traité où l’image cesse de s’accélérer en ses spasmes. La solitude est tout se qui demeure, son savoir jaillit de déchets entre étude et altitude. L’image n’a plus qu’à dévisager le cratère du silence et de signaler le dépérissement des apparences. Elle n’est plus que « la face avide de caresse sans parole ». Et c’est pourquoi elle parle encore sur les creux de la vie que tels des « mains runiques » l’oeuvre tente de remplir.

Greg Parma 3.jpgLa peinture devient un moyen ralentir le temps et la dématérialisation grandissante à travers divers corps - au sens propre comme au sens figuré. L'artiste reprend l'histoire de l'art en réunissant deux de ses temps forts : celui de Pollock et Bram Van Velde et leur revendication du tableau comme quelque chose de plat et celui de Rauschenberg pour qui image et objet se métamorphosaient selon de nouvelles déclinaisons.

Greg Parma.jpgGreg Parma Smith trouve là ses sources à ses moissons d’incertitude. Ses œuvres deviennent des murs d’interrogation et représentent bien plus qu’un leurre. La lucidité prend de biais même ceux qui croient voir droit ou juste. L’artiste les réduit à l’état de Janus somnolents. La peinture ressemble soudain à une suite de nécessaires amas de brindilles dans les bois du savoir artistique. Le logos plastique du créateur balaye les images à la gomme non sans humour dégingandé lorsqu’il exhume des « cartons » de l’art et de leurs ténèbres ses propres mises à plat et traces.

Jean-Paul Gavard-Perret