gruyeresuisse

20/04/2015

Anne Attridge : vertiges de l’amour

 

 

 

 

attridge 2.jpgL’amour n’est pas - en art comme ailleurs - qu‘un « désir de duvet ».  Les céramiques d’Anne Attridge le prouvent. Bien des femmes s’y envoient en l’air sous l’impeccabilité de la faïence. De chacune d’elle naît du désir mais autant de  matière optique.  Et si parfois la créatrice choisit le blanc il devient une bouture de nuit qui permet  de revoir le jour d’une autre manière. La thématique s’efface la matière qui garde une profondeur de vie que les vocables ne suffiraient plus à exprimer. Il  faut un autre langage pour tenter le saut des reins vers l’invisible.  Non l'amour (ou ce qui en tient lieu) ne peut pas être en mot. Sa vérité tient dans la matière qui donne corps à des sculptures pour le moins intempestives.

 

 

 

attridge.jpgL’artiste va au bout d’une logique où généralement certains effets croupissent. L’artiste les exhausse. De tels indices permettent de montrer ce qui ne peut se voir et qui devient paradoxalement le lieu de la révélation quasi magique. Une note mystique n’y est pas étrangère. Dépouillée de la nature l’oeuvre évoque néanmoins une scatologie mais de manière la plus policée possible. Un lointain espace intérieur qu'aucun télescope ne peut atteindre surgit non sans drôlerie et ivresse.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

19/04/2015

Flynn Maria Bergmann : passage que passage

 

space station.gifFlynn Maria Bergmann, Space Station, Lausanne


space station 3.jpgLa gare CFF de Lausanne peut parfois  devenir un chemin d'en fer pavé de bonnes intentions. Il suffit que celle ou celui qui s'y aventure  - plus particulièrement au contour du passage sous voies qui conduit au métro M2 - est prêt à rater un train (il en passe un toutes les 5 minutes) pour regarder la  vitrine de Space-Station.

Chaque mois y est présenté une nouvelle exposition. Flynn Maria Bergmann y a exposé récemment textes et images qui mêlent  le ludique  et le sérieux. La photographie mettait un couvre-chef sur le fleuve du réel et le texte rejoignait les affluents du songe. Le monde, comme toujours à la Space Station, perd son visage pour mieux le retrouver. Surgit un miracle tout simple de poésie dans cet étrange bastringue. Se créent de merveilleux tropismes et des voyages suspendus dans des transits qui tentent de sauver le monde des naufrages.

space station 2.jpgFlynn Maria Bergmann l’a proposé avec économie, pour remplir l’espace. Tout y était en sobriété, humour, dépouillement . Mais le nu ici ne s’est pas déshabillé : il s’est coiffé  dans le temps et l’espace afin que la pensée circule dans le corps là où souvent il passe sans pensée sinon au métro ou au train qui risque d’être raté. Un tel lieu redonne une caresse à la vue, il accorde un instant de répit sur les dalles de béton pour rejoindre le rêve. Preuve que des lieux anodins lorsqu’ils sont placés de manière stratégique sont les plus importants.

Jean-Paul Gavard-Perret

Liu Ye : lectrices et mélusines

 

 

 

 

«Liu Ye 2.jpg Liu Ye », Hatje Cantz, 200 pages, 2015, CHF 42.

 

 

 

Les égéries de la Liu Ye ressemblent à des saintes.  Elles en gardent le flacon mais cultive d'autres ivresses dans les ouvrages qu'elles consultent. Le regardeur ne saura rien pourtant de leurs extases sans doutes plus mystiques que charnelle en des nuits blanches aux voluptés solitaires. Nulle tierce personne n'est là pour les partager. De telles femmes sont pourtant belles : leur corps, de l'orange ignore la peau et ne retient que la pulpe. Que demander de plus ? Sinon qu'elles proposent le paradis terrestre mais sans feindre d'y toucher.

 

 

 

Liu Ye.pngNéanmoins la monstration qu'offre Liu Ye est plus compliquée qu'il n'y paraît. L'artiste demande un regard attentif, une intelligence secrète, elle oblige par ses choix de pose à ne pas céder à l'agitation hors de propos. Les mélusines se soucient peu de séduire mais demeurent des idoles bluffeuses, elles  font perdre le nord en un imaginaire où l'artiste pékinoise - qui a étudié à Berlin - marie diverses influences : Piet Mondrian rencontre les maîtres anciens mais selon une recomposition des plus originales modulée en rondeurs diaphanes ou silhouettes étirées.  Chaque femme devient sirène qu'aucune vague ne vient lécher.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:13 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)