gruyeresuisse

27/03/2015

Fatum et fantômes de Laurent Faulon

 

 

 

 

Faulon.jpgLaurent Faulon, Les produits fatals, 31 janvier - 28 mars 2015, TM Projects, Genève

 

 

 

Laurant Faulon est un iconoclaste mêlant body art, performance, recup-art en action, photographie et sculpture.  Son exposition genevoise tire son titre de l’industrie. Un « produit fatal » est un sous-produit qui apparaît « fatalement » lors de la fabrication d’un produit principal. L’artiste propose une extension de ce terme en divers « voyages » et délocalisations. Chaque objet  manufacturé devient le vecteur d’une remise en cause  esthétique et politique de l’oeuvre d’art à travers plusieurs approches. Par exemple d’une ville arménienne détruite l’artiste exhume, des villas des apparatchiks du pouvoir postsoviétique, des « trophées » extirpés aux décombres en contrepoint aux prédations des maîtres du passé. Quand à « Monument » - réalisé lors d’une résidence de l’artiste dans l’atelier de Gosha Ostretsov - il singe ironiquement l’omniprésente statue de Lénine qui présidait à la vie en URSS. Photographiant l’une d’entre elle Faulon montre comment elle représente un chancre dans une société devenue capitalistique. La  Russie contemporaine annexe les comportements, aspirations et frustrations occidentaux. Toute l’exposition se met donc au service de fantômes au sein des accidents de parcours de l’histoire. Est-ce le début du jour ou de la nuit ?  La lumière n'a-t-elle pas sommeil ?  La question reste ouverte…

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/03/2015

Christine Sefolosha : destins fuyants

 

 

 

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Décombres de monde : quelques êtres plus ou moins lointains ou proches. Platon parlait d’eux. L’artiste les extirpe des gravats. L’ombre fait surface entre un continent & un autre. Reste la brûlure du gouffre là où recule torpeur (pluie de pétales, linéaments bleus).  Dans la fente du présent germe la nuit, le jour, le jour, la nuit en une  syntaxe de métronome d’une œuvre de passion.  Silence du fouet, danger du franchissement, foudre menaçante. Une clé  montre le dessous rupestre de ténèbres de naissance. L’image se fait chair et sacrifie l’agneau.

 

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Christine Sefolosha décrypte le monde. Accrochée par les jambes au trapèze (tête à l’envers) elle ose tomber devant les spectateurs : seul un clown fou aurait envie de rire. L’artiste se relève et le salue : il est obligé d’applaudir celle qui reste la louve noire aux lallations orgasmiques de sultane. Ses matrices exultent (un revenant les redemande).  Chacune décompose par coup de pinceaux invisibles les syllabes de réel et crée des palpitations des sols en gradations d’ombres et intrusions de lumière. Elles bordent une marge inconnue, tutoyée, reconnue.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

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Etude, puanteur, altitude : « Dorade » revue

 

 

 

 

Dorade 3.jpgNaviguant entre une mer de sarcasmes et lac Léman, au milieu de carpes diem et groseilles à maquereau, Philippe Jarrigeon et Sylvain Menetrey ont fait de leur revue un outil critique et érotique. Les sirènes disent-ils y sentent mauvais mais comme les andouilles : plus elles puent plus elles se dégustent avec appétit. Ne soyons donc pas dupes des deux iconoclastes et suivons le sillon de leurs poissons. Gras ou maigres ils ne sont jamais de menus fretins.

 

 

 

Dorade 2.jpgDans leur méthode paranoïa critique les deux compères siffleurs créent un spectacle qu'on bisse mais qu’on aurait jadis classé X dans lequel l'humour remplace l'amour - ce qui évite toute bouillabaisse romantique. Allant à la pêche d'images inattendues, les revuistes les revisitent jusqu'à ce qu’elles deviennent les caricatures de ce qu'elles étaient sensées offrir.

 

 

 

dorade.pngJarrigeon et Menetrey savent franchir les limites et on leur en sait gré. Démoulant les images admises et après fouilles et exhumations, ils ont pour devise trois mots : étude,  puanteur, altitude. Quoi de mieux afin que les caresses sans parole des images râpent ? Eros n’est plus ce qu’il était. La revue soulève les dessous des femmes et des hommes pour  créer l’arête vive d’un ciel de lit et remonter le cordon qui permet de se pendre au rideau. La dépense chère à Bataille elle-même est remisée au rang des concepts anciens. Seule l’absence reste le meilleur des biens en touffe de mots parcimonieux tandis que les images aboient aux nuages.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.