gruyeresuisse

06/11/2013

Logovarda, dessin, regard, pulsion

 

Logovarda, Espace courant d’art, Chevenez, Jura Suisse.

 

Lagovarda.jpgLes dessins de Logovarda possèdent une force franche, immédiate. Elle s’affirme chez le solitaire de La Ferrière dans chacun de ses gestes créateurs. Elle est donc le moteur qui porte le trait, la joie, la colère et d’autres formes des émotions. La dynamique reste omniprésente. Elle permet de rejeter le trait qui enferme, retient. Le plasticien né au Locle  garde toujours l’énergie pour le lancer plus fort, plus loin. Il possède le souffle nécessaire : celui qui n’est pas seulement effort pulmonaire mais attention du corps. Par ailleurs le créateur ne cherche pas à rendre le trait intelligent, posé. Il veut donner vie à la forme  qui traverse la forme. Il l’extrait du contrôle mental qui enlève la vie. Chaque geste laisse sa trace violente sur le papier. Arrivé au bout d’une sensation qui l’accompagne l’artiste découvre une autre impulsion, prend une autre direction. D’où le caractère débridé de ses œuvres. Elles sont comparables à une sarabande pleine d’inattendus avec des enchaînements que l’œil doit découvrir. 

 

Lagovarda 2.jpgChez Logovarda le trait n’est donc jamais celui d’un « vieil » artiste qui a beaucoup appris et compris mais qui n’a plus assez de « peps ».  Se découvre à l’inverse  le trait libre de l’enfant. Un enfant dont le corps psychique n’existe pas encore - du moins pas complètement.  Le désir de force libre traverse un tel travail et traverse ses formes. Peu importe si dans son impatience il se perd. Quand le feu de l’intensité monte le créateur est toujours prêt. D’où le surgissement d’œuvres tumultueuses, passionnées, instinctives, physiques. Leur fomenteur ne croit pas dominer par son œuvre sa vie intérieure : il l’anime au plus haut point. Ce qui est beaucoup mieux.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

09:35 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

04/11/2013

Barbara Ellmerer et les effacements

 

Elmerer 4.jpgLorsque qu’elle aborde le portrait humain Barbara Ellmerer quitte progressivement des principes habituels de l'Imaginaire. Ce dernier emporte pour un voyage vers une vue sans dehors, vers une décrue qu'aucune barrière ne vient limiter, si ce n'est le silence sur lequel la peinture plonge dans une sorte d’effacement proche d’une blancheur particulière. L’anglais lui a donné le mot de « blank ». Par celui-ci l’oeuvre atteint sa réussite suprême.  Elle fait surgir une lumière paradoxale et captivante.

 

 

 

Ellmerer.jpgQue les croyants en la peinture se rassurent : lorsqu’elle aborde la nature Barbara Ellmerer redevient coloriste. Quant aux visages et aux corps ils sont proches de se dissoudre en dépit de quelques rehauts de bleu, de rose. L'être y demeure sans salut, sans espoir, sans consolation. L’advenir à soi n’est plus de saison comme si l’artiste en épuisait  les possibilités. D’où la surrection d’un pathétique  particulier hors de tout lyrisme. Rien ne se révèle sinon une absence, un inconnu. L'image n'est plus qu'une surface impalpable, excoriée par le temps. N’y subsiste qu’un son  fondamental proche du  "silence tel que ce qui fut /avant jamais  /par le murmure déchiré" (Beckett)  dans lequel, en apparence - mais en apparence seulement - l’image perd ses sortilèges pour mieux les retrouver.

 Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Ellmerer : Pro-positions, Nar-Gallery, Bienne.

 

 

 

 

 

 

 

02/11/2013

Ariane Laroux au fil des jours : poétique de l'attente

 

LAROUX.jpg Ariane Laroux, « Paysages Urbains »,  Editions de l’Âge d’Homme., Lausanne, 2013,  39.00 €

Ariane Laroux, « Paysages Urbain,  Europe – Chine : Exposition personnelle », galerie Red Zone, 40 rue des Bains, du 9 novembre au 23 décembre 2013

 

 

Pour « embrasser » le réel Ariane Laroux développe une stratégie particulière fruit d’une maîtrise consommée et impressionnante : elle peint, dessine, et grave directement sans de croquis préalable et sans modifier le geste premier. Sur le support surgit un assemblage toujours frappant où coexistent le plein et le vide : le blanc permet au trait et à la couleur de vibrer comme sur une mer. Chaque oeuvre devient donc un espace où le diaphane prend un rôle particulier et donne l’impression au regardeur d’entrer dans la toile. Fasciné il « entend » autant qu’il voit les courbes et les lignes en une sorte de poétique du surgissement et de l’attente.

 

Le voyage est constant : qu’il soit extra ou intra muros. On y découvre des architectures deParis, Londres, Berlin, Amsterdam, Bruxelles, Milan, Venise comme de Genève, Bâle, Zurich, Berne, Bienne, Lausanne, Fribourg, Chandolin, Gruyère, etc.  On retrouve théâtres et lieux publics. Brefs des espaces de rencontre et d’échange, de transbordements et de noeuds. En particulier les gares. La créatrice les affectionne particulièrement car elles symbolisent mobilité humaine et le mouvement. Ariane Laroux les anime non de manière réaliste mais selon une architecture utopique.

 

LAROUX 2.jpgPour autant elle ne commet pas l’erreur de certains peintres : ceux qui se prennent pour des métaphysiciens comme si l'art plastique devenait une science. Elle chercherait ses preuves non en son dedans mais au dehors.  Ils font de la peinture une “ vue de l’esprit ”. A l’inverse Ariane Laroux  développe l’esprit par la vue : l’art est pour elle affaire de lignes, d’affects, de couleurs  mise sous tension. Elle  n'est donc pas une métaphysicienne ratée mais une véritable poétesse. Elle réussit enaérant ses paysages d'une intensité paradoxale. Il y a là l’éveil des eaux dormantes :  éveil étrange car fait d’ouvertures mais aussi de retenues. L’œuvre devient charge et décharge. On peut la résumer par la volonté de faire le vide de ce qui est sans importance afin de ne laisser apparaître  que des lignes essentielles forées dans le silence et dans le bruit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret