gruyeresuisse

03/04/2017

François Cachoud romantique savoyard

 

Cachoud 2.pngCachoud possède une manière particulière de consommer la lumière. Certes le conservatisme baigne encore sa conception du paysage. Mais si comme le disait Proust « la nature empreinte à l’art tous ses privilèges », celui-ci ne doit pas lui rendre la pareille. Cachoud a su devenir en conséquence un « abraseur » (Beckett)  de la nature par effet de nocturne. Cachoud 3.pngCroisant le réel et la force abstractive de la nuit il créa dans ses paysages nocturnes et par effet de buée une forme d’hybridation. La nature transparaît tel un champ magnétique d’une sensualité diffuse. Mais demeure aussi une puissance terrestre.

Cachoud.jpgCe double aspect prouve que Cachoud n’est pas dominé par le paysage là où la nuit n’est plus traitée comme épure spirituelle mais choisie pour sa condensation perceptive. A l’inverse il ne cherche pas à le contraindre même si l’œuvre tient de la recherche d’un parcours où le dépôt de la substance imageante se trouve déplacé du côté de l’effluve. Le lieu de la peinture instruit donc autant un retrait qu’une présence, un imaginaire que « du » réel. L’espace s’y enfonce sans devenir gouffre romantique. Non seulement la nuit permet de réorganiser le paysage, elle englobe le regardeur. Si bien que sa situation en est troublée. Le paysage devient ce que Bernard Noël nomme « un appelant ». Il préserve la taille de son mystère de retournement.

Jean-Paul Gavard-Perret

François Cachoud, « Les nuits transfigurées », Musée des Beaux-Arts dce Chambéry, du 1er avril au 17 septembre 2017.

20:43 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Catherine Perrier : montages/démontages

 

Perrier 2.jpgChez Catherine Perrier l’art devient roman mais loin de sa manière habituelle de raconter. Dans un travail de mémoire implicite l’artiste monte et démonte par coupages et assemblages de diverses matières afin de suggérer du non montrable selon une fausse ingénuité de vestale. Celle-là se fait l'intrépide chez la servante zélée de « turpitudes » pour la gestation d'une lumière tendre et ironique au sein même des dérives de la chair. Il se peut que l’âme se consume en ce feu qui brûle mais le corps trouve ainsi un passage. Il devient parfois un étrange matelas qui se titille, s'enfle et finit par exploser, si bien que ses images se disséminent sur une grande surface.

Perrier.jpgEn dépit de la radicalité, l’humour garde ses raisons. L’artiste avec à propos mêle l'âme blanche aux noirceurs fascinantes du sexe. Elle devient notre semblable, notre soeur puisque c'est toujours dans l'équivoque que nous jouissons. L’œuvre se veut une succession des « fautes » commises sciemment selon une vision romanesque qui ne peut être clairement identifié. Mais c’est bien ce qui en fait tout son intérêt puisque l’artiste déplace les règles par divers corpus où se mêlent abstraction et figuration.

 

 

Perrier 3.jpgExistent la manière et la matière afin de mieux réintégrer un espace mémoriel. Bourgeade et Danielle Mémoire ne sont pas loin. A la différence près que le texte est remplacé par des « coquilles » recueillies au fil du temps. Si bien que l’artiste renverse le bain romanesque pour le remplacer par un « liquide » visuel où se mêlent différents niveaux de fictions et de références : enfances corpusculaires, fictions « frictionnantes » qui se réfléchissent sans cesse dans leur propre miroir et dans d'autres. Jaillissent aussi les passerelles entre un contre monde et ce monde-ci. Elles sont construites selon des lois rigoureuses et soumises à un puissant système d'octroi ; des corps y patrouillent de jour comme de nuit. Nul code, toutefois, n'en est établi par écrit.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/04/2017

Silvia Bächli et Eric Hattan : farces et satrapes

Bachli 4.jpgSilvia Bächli Eric Hattan, « Situer la différence « Centre Culturel Suisse de Paris, Avril-juin 2017.

 

 

 

 

Bachli 2.jpgLa présence de Silvia Bächli dans cette exposition peut paraître plus surprenante que celle d’Eric Hattan. Néanmoins la dessinatrice et le vidéaste et sculpteur se renvoient parfaitement la balle. Ils n’en sont pas d’ailleurs à leur coup d’essai. Le CCS leur offre l’occasion de créer trois expositions d’avril à juin. Silvia Bächli « interprète » ici ses dessins comme des mots, des notes, avec lesquels elle compose des « phrases musicales » sur les cimaises. Eric Hattan ramasse dans la rue des objets et matériaux pour construit des entassements ou des montages. Les deux artistes questionnent avant tout l’espace selon diverses articulations et ils créent en parallèle un livre éditée par le CCS avec la, reproduction au format 1:1 de certaines oeuvres.

Bachli.jpgSilvia Bächli et Eric Hattan proposent ce qui fait trou dans l’homogénéité de la communauté pour y introduire leur poésie ironique et vivifiante. Ils trouvent à Paris de nouveaux instruments dans leur orchestre et un chant en duo au moment même où les dessins de la créatrice plutôt que de signifier leurs propres arrêts semblent se perdre dans l’étendue du support et où les installations du plasticien offrent leur humour décalé. L’espace plastique ressemble à l’espace de la mémoire, mais il n’exclut pas l’oubli comme si elle restait une feuille qui se détache d’un arbre et que l’arbre oublie. Le devenir de l’œuvre a donc besoin de la perte comme l’arbre a besoin d’oublier ses feuilles afin qu’une douceur remonte, l’envahisse, renoue avec son cœur pour des renaissances au prochain printemps comparables à celui qu’offre les deux artistes.

Jean-Paul Gavard-Perret