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09/03/2014

François Junod : labels de cas d’X

 

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François Junod fit un apprentissage de restaurateur d'automates avant de devenir diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Lausanne. Dans son atelier de Sainte Croix  il conçoit des automates surtout de facture contemporaine dont des charmeuses de serpents, des femmes légères ou dodues. La restauration d'automates anciens représente un autre aspect de son activité. Trouvant son inspiration chez deux compatriotes (Giacometti et Tinguely) Junod crée des androïdes connus sur toute la planète. On citera  le buste de la cantatrice à l'Arena à Genève, le tapis volant pour le centenaire des cafés La Semeuse à La Chaux-de-Fonds, le groupe d'automates pour la nouvelle mairie de Leganes à Madrid ou encore la jeune fille et l'oiseau perchés sur la façade d’un collège d’Yverdon.

 

Junod 2.jpgLes « simulacres » de l’artiste sont porteurs de vie paradoxale et poétique. L’automatier donne à ses œuvres un érotisme hiératique. Les femmes porteuses de fluide extra-mécanique semblent inaccessibles. Elles rappellent dans leur froideur de peau une profondeur de vue. Nues et parfaitement galbées elles sont toujours placées à distance respectables du voyeur renvoyé à sa misère et à son propre inconscient « machinique ». Ces égéries  deviennent des nuages blancs où se croisent le réel et l'imaginaire. Elles sont des clairs de lune qui remplissent l'âme d'un accord fugace avec le silence. Sur leurs formes blanches graciles semblent danser le gel et la silice. L'artiste y inscrit des légendes dont les formes montrent où rebrousser le pas sur nos chemins d’errance. Chaque femme fait basculer la nuit vers l'aube dans un grand air du songe. L'illusion reste essentielle mais  vient à bout de la patience du réel. Cela à un nom : c'est l'existence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Yves Netzhammer : impertinences de l’éphémère

 

 

 

Nethzammer.jpgYves Netzhammer : « Desiderata » (Aargauer Kunsthaus), « Projects » (Villa Rosenheim, Diesserhofen)

 

 

 

Yves Netzhammer vit à Zurich. Il travaille avec des images numériques sur les concepts de mémoire et de réalité par l’animation d'objets identifiables dans le monde réel afin de poser des questions fondamentales sur la condition humaine. Avec ses installations tout un processus  d’interaction pousse le spectateur à bouger et agir. Avec  «Meubles de Proportions» il est pris entre écrans, objets et murs où sont peintes des images. Il s’agit de se réapproprier de l’existence et de la relation au réel. Les notions de temps et de dimension sont métamorphosées : au participant de trouver son rythme sur ce pont entre réalité et imaginaire.

 

Sous la pluie d’images est proposé l’infini des combinaisons d’intrépides gerbes et des sommets infimes où la distance s’évanouit dans des lignes de lait gris ou des ondulations de crêtes. Le vidéaste fond au besoin le regardeur dans un savant cocktail de masculin et de féminin, il le glisse dans la fébrilité de cocons d’émotion d’instants particuliers.  Un gouffre lumineux sculpte l’épicentre d’une réalité saisie dans l’impertinence de l'éphémère par la magie de l’art vidéo. L’être s’envole au-delà du cercle du réel pour mieux le reprendre à son regard et à sa main.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/03/2014

Albertine et les fantômes

 

 

 

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Albertine, « Mise enscène » du 15 mars au 5 avril, Atelier Galerie Maya Guidi, Carouge, « Lupanar », Editions Humus, Lausanne.

 

 

 

Dessiner sert à consoler de l’inutilité de l’image. Il suffit de s’accouder à une table puis de couler dans des exercices d’imbécilité afin de coudre l’endroit à l’envers comme  le fait Albertine dont l’œuvre est un délice - parfois tendre mais parfois sulfureux. Tout reste néanmoins sur le registre de l’humour et de le retenue : la nudité y est une chemise qu’on repasse (jusqu’à à ses poches secrètes) pour qu’on n’ait pas à regarder (pour les coincés) avec des pincettes ou en voyeur comme les ruminants regardent passer les trains d’enfer.

 

 

 

albertine 1.jpgChez Albertine le dessin fait et défait nos marionnettes et que le soleil hésite ou que le café se renverse importe peu. Nous sommes avec l’artiste de Dardagny des Jésus tombés de leur croix ou des Marie-Madeleine près aux derniers outrages. L’éternité se transforme en instant. C’est un spectacle qui ne cesse de se détruire en tant que spectacle. Il appelle le rideau. Mais il arrive qu’on y grimpe.  D’autant que l’artiste ne cesse d’habiller l’espoir  par ses strip-teases où des étoiles inattendues se voient là où s’ouvrent une grande verrière et une porte-jarretelle. On éprouve un vrai plaisir de sybarite à se laisser troubler par ce qui se passe plus à l’intérieur de l’image que par ce qu’offre hors champ le paysage.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret