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09/12/2013

Peter Stämpfli : métempsycose de l’art.

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Peter Stämpfli, Pop Art Design, Barbican Art Gallery, Londres, 22 octobre 2013 au 9 février 2014.

Peter Stämpfli a donné un tournant et une alternative nouvelle à l’art abstrait. Il a d’abord créé de nombreuses peintures où il a réintroduit d’une manière particulière la figuration. Il mit en exergue des détails d’objets dans une monumentalisation qui les transformait totalement. Très tôt il s’est polarisé sur un objet emblématique de la société industrielle et urbaine : le pneu. Le tournant, le détournant, le coupant dans un sens toujours plus précis du détail il est allé à travers cette recherche jusqu’à une forme nouvelle de l’abstraction géométrique. Elle le rapproche de l’école de Zurich. Peter Stämpfli a donc poursuivi sa recherche à travers la sculpture selon la perspective « pneumatique ». Il crée une poésie plastique qui fuit la matière mais à travers elle. L’artiste reste comme stimulé par l’espoir d’un certain avenir à travers un symbole qui ne signifierait pas seulement un emprisonnement de l’être urbain dans un présent mercantile. Il transfère l’objet basique en des situations ludiques.

L’opération consiste à décontextualiser la marchandise et l’indéterminer par métamorphose. L’objet ne constitue plus un bien de consommation mais le génie du lieu optique et plastique. Au trivial se substitue une valeur quasi métaphysique que renforce l’abstraction des formes et le jeu des couleurs. Face à l’avidité du réel se dresse l’intemporalité d’un art dynamique. La matière de base devient le contraire du temps. Elle n’est plus consumée par lui. L’art la sauve du révolu et de l’usage. Il existe par le pont opéré entre image et objet une poétique de l’action et du rêve investi de l’essor de la vie. L’artiste opte donc pour une transcendance : planté sur le réel elle s’en affranchit pour offrir une sorte d’image de perfection que Stämpfli veut considérer non comme surréalité mais pure réalité. Tout flotte comme dans un rêve, s’élève dans le triomphe d’une utopie réalisée.

Jean-Paul Gavard-Perret.

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07/12/2013

Husmann/Tschaeni : fuites au paradis

 

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Husmann/Tschaeni, “TINTINNABULATION”,Kunsthalle Luzern du  19 décembbre 2013 au 26 janvier 2014.

 

 

L'humour, le mouvement, la « transe » des formes et des couleurs, le mixage des cultures sont au centre du travail de Pascale Mira Tschäni et Michael Husmann. Ils dessinent et peignent de manière paradoxale : non sur la surface mais dessous : au verso de parois en verre. L’huile, l’aquarelle et différents pigments sont appliqués afin de créer des mirages polyphoniques. Ils transforment le lieu même de la "peinture",  Dans la profondeur de champ qui  devient surface s’inventent d'autres espaces où tous les mixages techniques et culturels sont possibles. Preuve que les deux artistes « ignorent » les dualités platoniciennes classiques d'où l'histoire de l'art actuel parle encore. Il y aurait ce qui fait modèle et ce qui fait copie, ce qui est intelligible et ce qui est sensible, ce qui est immobile et ce qui change. Chez Husmann/Tschaeni ces dualités sont rongées en une avancée ironique et onirique. Le dessin écarte et biffe, la peinture "couler" afin de donner un effet d’abîme à l’habituel effet de "représentation" de l’image. Le mot "fable" convient donc à un corpus bourré d'humour et de clins d'œil. On y grimpe aux ses rideaux de fumée, on se drapent dans les desseins des deux artistes où par défaut comme par excès l’unité est déplacée. L’espace ne mime plus le réel mais s'en moque. Quittant l'intimité de ce qu'elles désignent de la réalité les images engagent un en dehors du monde. Tout s’y désarticule mais tout est dominé.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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06/12/2013

Mariette : poupées, momies et autres mères vierges

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Mariette ne cesse de montrer ce qui  laisse sans voix. Ou plutôt non : ce qui provoque  un effet d’abîme.  « Ce ne peut être que la fin du monde en avançant » aurait pu dire Rimbaud à propos d'une telle approche
. Chaque œuvre rappelle  que la vie tue mais que c’est un don. Comme les images elles-mêmes.  C’est pourquoi certains monothéismes les craignent.  Car donner, vraiment donner, est difficile.

 

 

 

Les corps sans corps de Mariette possèdent une forme ésotérique, aussi « repoussante » que fascinante. Un habit sur-mesure crée un nid qui n’est pas un linceul. Le tout crée dans le noir le début du jour plus que celui de la nuit.  Ce qui n’enlève donc rien la question : que faire avec un corps ? Car voici le corps. Mais à ce point que peut-il faire, que peut-il donner ?

 

 

 

Donner  un nom à de tels corps est difficile. Chacun est ouvert donc reste inachevé. Il marche en lui-même. Il n’est pas seul en lui. Des fantômes reviennent le hanter  Les morts habitent les vivants L’inverse est vrai aussi. Pour qu’ils persistent dans le cosmos à  travers l’étoffe liturgique de toutes les lumières gothiques que Mariette invente.

 

 

 

Ses  momies bâtissent un mystère. Leurs toilettes élargissent leur  secret. Et dans leurs creux elles débordent la force de vivre contre le peu qu’elle est.  Le corps est secoué jusqu’au dernier frisson. D’autres corps sont crucifiés. Mais pour éviter leur chute. Hors de la vie ou hors du corps.  Dans tous les cas pas loin de son esprit.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


L'auteur se permet dans cette chronique une incartade pas très loin de la frontière. Les œuvres de l'artiste sont visibles sur le site : "La Maison de Mariette".

 

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