gruyeresuisse

24/06/2014

Faut-il vous l’envelopper ? Virginie Rebetez et la part de l’ombre

 

Rebetez BON.jpgVirginie Rebetez, Swiss Design Award, 2014 Bâle, Undercover, Galerie Christopher Berger, Lausanne.


 

Convaincue qu’il y a non seulement une face cachée (nocturne) des choses mais  que cette face cachée est nécessaire à leur être ou leur « choséité » (comme aurait dit Beckett) Virginie Rebetez  par ses paquetages ferme souverainement les yeux du visible. Manière de poser  des questions essentielles que reprennent sous divers angles et techniques ses  séries : Que devient le regard quand la lumière s'absente ? Que voit-on dans l'ombre ? Que voit-on de l'ombre ? Dans quelle mesure affecte-t-elle la visibilité du monde et son intelligibilité ?" L’artiste répond par ses jeux de surface et les envers des images. En conséquence celles-ci ne sont jamais marquées du poinçon de la nostalgie qui les assujettiraient à la soumission de quelque chose du passé ou d’un romantisme à deux balles sous le prétexte de se débarrasser de la part la plus inconnue du réel. L’artiste préfère l’empaqueter ou le monter en constat ou reconstitution en  des pièges afin d’occulter le muséal, le marmoréen, la figuration impressionniste. Cacher l’image, lui tourner le dos revient à cerner de plusieurs côtés la perte et laisser le champ libre à tout ce qui pourrait advenir.

 

Reberez portrait.jpgRenouant avec le figuratif comme avec la land-art voire avec l’hyperréalisme Virginie Rebetez se joue des apparences et des impressions que celles-ci peuvent ouvrir. Elle déconstruit les formes et les dogmes en vogue dans l'esthétique du temps au sein d’une vision "lynchéeen » (modèle côte vaudoise)  des choses. Créant un pont entre le réel et ce qui lui échappe, entre l’art et son image  la créatrice plonge en un univers où - même si la figuration fait loi - nous sommes loin du reportage. Toute l’œuvre s’appuie sur une nécessaire ambiguïté et un décalage : le spectateur devient aussi libre qu’aimanté. Virginie Rebetez rend donc à l'image comme au voyeur sa part d'ombre où existe une autre clarté : elle couve dans des cendres toujours inachevées, encore incandescentes. L’artiste n’a pas fini de les explorer. Jeunesse oblige.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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23/06/2014

Mark Handforth : vu du fleuve ou la pensée incarnée

 

 

 

 

 

HANDForth black bird.jpgMark Handforth, galerie Eva Presenhuber, Zurich.

 

 

 

Plus qu’un autre Mark Handforth répond  à la définition de G. Pennone dans son livre « La structure du temps »  « pour sculpter, il faut être fleuve ». A travers les matériaux du monde physique  l’artiste puise et crée une poésie de l’espace qui n’est pas une simple effusion vitaliste. Elle pose sans relâche les questions du déploiement des formes comme de leur éclosion.  Par répercussion le regardeur bascule sur une autre  question: comment l’œuvre nous touche-t-elle ? Certes nous n’en savons rien car Handforth ne résout pas de cette question. Mais il fait mieux : il déplace nos points de vue en inventant de nouveaux rapports, de nouveaux contacts. Et surtout en incarnant des spéculations essentielles.

 

Handforth 2.jpgEntre porte-manteaux géants et tubes de néons l’artiste - qui doit une grande part de sa renommée à Eva Presenhuber - met à nu l’objet de la pensée. Cela s’appelle crâne, vanité, humanité réduite parfois à sa coquille ou un contour. La sculpture devient signe, objet mais surtout un espace qui inquiète et dérange. Aire ouverte au sein même de sa matière  dont le minimalisme s’ose au lyrisme.  Le sculpteur produit en conséquence des « états naissants » même lorsqu’ils semblent à bout de vie. Physiquement ses œuvres affirment l’ « inséparation » avec le lieu où elles se dressent, qu’elles enveloppent ou s’en nourrissent.  Une dynamique intrinsèque à la création est toujours visible : celle de l’organique et du géométrique subtilement renoués. La sculpture sous ses multiples formes devient donc un fleuve en pleine activité. Il charrie ses propres mouvements incessants, ses propres déplacements, ses chocs, ses violences. Chacune des œuvres de Handforth revient à extraire de ce fleuve une pièce dont l’existence est fluide.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/06/2014

Valentin Carron : du bon usage du mystère

 

 

 

 

 

Carron 3.pngValentin Carron aime les énigmes et la (douce) provocation. Ses œuvres sont des proies devenant ombres mais l’inverse est tout aussi vrai. Le regardeur pérégrine à travers des indices dont la force d’inertie secoue. A l’exaspération du plaisir fait place un espace où la réalité est concevable uniquement sous une forme essorée. Elle transforme la chair sensible et flamboyante du réel en un presque vide au sein d’un constat visuel austère mais drôle. Il n’y a plus rien à ajouter au constat que dresse une œuvre lucide et corrosive.

Carron 2.pngL’épure y fait merveille. Elle lie à la détermination de son élan comme à une forme de ténèbres.  Valentin Carron  propose des hantises où le réel demeure tapi. Nulle question pour lui d’en faire le deuil : il ne cesse d’en provoquer la renaissance. L’artiste opère donc la coagulation de nos fantômes. Il convient d'entrer dans leur épaisseur. Elle rappelle la vie d'avant le jour en un langage minimale et sa syntaxe primitive et sourde que nous voulons ignorer. Elle agite autant le vide de l'être que le faux plein du monde.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:42 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)