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20/03/2014

Roger Pfund : Maria (Callas), Colette et les autres

 

pfund bon.pngRoger Pfund – galerie Isabelle Dunkel, Carouge.

 

Roger Pfund lorsqu’il peint, dessine ou grave des femmes se contente d’esquisser les jalons du mythe amoureux à travers des icônes. Il ne retranche pas le désir. Mais n’insiste pas non plus. Ne se voulant ni saint ni démon ni même amant il se revendique artiste. La femme est  représentée en solo comme si son existence devenait immersion dans sa propre peau. Elle épouse la chair là où la magie des traits et des couleurs prend le relais du sexe et de la notoriété (soit elle celle du mythe)  afin de graver une prière implicite : que rien ne vienne déranger le plaisir féminin de ce qu’il est.

 

pfund.jpgTous les mots sont tombés en chemin comme une petite monnaie. Le souffle de la couleur transcende le portrait pour interroger la force de l’éros qu’il suppose. La femme s’y fait première de cœur et de corps, de voix ou d’écriture, consciente d’éprouver la jubilation du désir et la plénitude de l’accomplissement. Elle est celle qui demeure sans jamais changer. L’étreinte la noue à elle-même. Roger Pfund le suggère dans un poème optique et muet qui ne perd jamais de vue - en dépit de ses fragments -  l’unité et l’excès. Le monde est comblé et l’espace  ouvert là où, lorsque la fleur trouve sa tige, le plan est occulté. Reste l’iconologie subtile qui s’affronte dans un mouvement de colline et de flux offert à la promesse hors de mesure.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

19/03/2014

Paul Klee : le tournant tunisien et la choséité de la peinture

 

 

 

 

 

Klee bon.jpg« Le voyage en Tunisie, 1914 – Paul Klee, August Macke, Louis Moilliet », Exposition Zentrum Paul Klee Berne, du 14 mars au 22 juin. Catalogue Zentrum Paul Klee Berne et Hatje Cantz, Ostfilden, 336 p., 29 E..

 

 

 

En 1914  Paul Klee,  August Macke et Louis Moilliet entament un séjour de deux semaines en Tunisie. Cela peut paraître bref : or ce périple est devenu mythique dans l’art du XXème siècle. Le ravissement magrébin  tisse chez chacun des trois artistes un réseau incarné singulier très subjectif qui les laisse libre d’exercer  « à leur main » leur déformation imaginaire. En ce sens ces œuvres pourraient résister aux  explications puisque les artistes ont « juste » eut une envie irrépressible de produire, de réaliser ce qui les rendaient heureux en affirmant leur identité. Macke sera explicite sur ce point. Dans une lettre à Bernhard Koehler il définit le périple comme « d’un intérêt colossal (…) je me sens comme un taureau qui quitte d’un bond l’obscurité de son box pour se retrouver dans l’arène en liesse ».

 

 

 

Néanmoins la peinture va s’en trouver retourner.  D’où l’importance de l’exposition de Berne et du livre qui l’accompagne. Les contributions critiques précisent le rôle de ce voyage à la lumière des recherches les plus récentes. Il regroupe aussi des documents essentiels : le journal « de voyage » de Klee, la correspondance tunisienne des artistes, les photos de Macke et les œuvres créées pendant ce séjour où les trois amis travaillèrent sur les mêmes motifs en discutant de leurs approches. Celle de Klee en forme le corpus le plus important.

 

 Klee bon 2.jpg

 

Le peintre découvre une nouvelle source d’inspiration pour ses inventions architecturales et picturales à travers les mosaïques de Kairouan comme par  les murs vieillis et parfois décrépis par les intempéries que l’artiste métamorphose en  parchemins  de griffures, en papiers grevés de moisissures. Klee trouve aussi un élargissement de sa technique, un recours à de nouvelles matières (plâtre, craie, sable) ou  support (le textile). Klee va enfin atteindre ce qui « manquait » jusque là à son travail : une matérialisation qui dépasse une dimension purement visuelle. Il atteint ainsi ce que Beckett demandera  plus tard à la peinture : « non la chose mais la choséité ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

18/03/2014

Thomas Hauri le renouveau métaphorique et la jouissance des images

 

 

 

Hauri 2.jpgsur Thomas Hauri, "Peinture, dessin", Editions Periferia Pro-Helvetia

 

 

 

 Thomas Hauri est un des artistes les plus intéressants de sa génération. Il poursuit un travail analytique et critique - qui englobe l'histoire de l'art, le social et le politique ainsi que l'évolution même des processus de création d'images -  par des séries d’architectures subtiles. Elles voguent parfois dans le vide. Parfois les apparences semblent perdre leur éclat par effet de surimpression et de mélange. De telles structures deviennent des raccourcis saisissants de l'évolution et de la permanence des images. L'artiste opère une subversion à l'intérieur d'un système bien huilé. Maculés, oblitérés, caviardés ses toiles et ses dessins diffusent une vision déstabilisante. Elle renvoie au premier temps de la métaphore puisque faire appel à leur détour revient à souligner l’inconsistance, l’inexistence du monde. 

 

 

 

Hauri.jpgCe travail reste de l’ordre d’un maniement calculé des rapports de l’art au monde. Le plasticien fait surgir des objets-images en évitant l’entrée en jeu d’un signifiant-maître au sein d’une  « insignifiance » programmés. Il fait pénétrer au milieu des épaves de jouissance du système signifiant. Néanmoins de la volontaire « défaillance » de l'objet-art  surgit une présence de plus en plus serrée du « réel » qui  lui manque. Là où les images semblaient se totaliser  l’artiste crée par biffures ou intervalles des labyrinthes optiques d’un imaginaire de lumière inventeur de nouvelles conjonctions perceptives. Les images de Thomas Hauri sont donc un hors-lieu porté par une création qui s’accorde au réel de la jouissance mais s'écarte d'une jouissance du réel tel qu'habituellement il est donné à voir.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 


 

08:36 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)