gruyeresuisse

29/06/2014

Edouard Fontannaz l'"argonaute"

 

 

 

Fontannaz.pngŒuvres visibles LAC Vevey et FLAC Lausanne. 

 

 

 

 

 

La réalité, le quotidien restent paradoxalement ce qui hante l'art de Fontannaz même si ses œuvres sont habitées d’une forme d'abstraction ou de symbolisme - ces deux termes sont utilisés ici uniquement afin de suggérer combien le propos pictural s'éloigne d'une peinture réaliste. Le Vaudois dérange l'ordre par des combinaisons de figures et des effacements. Elles ne cessent de jouer sur les variations de couleurs, de rapports de tons et de cadrages. Chaque toile se construit lentement en diverses couches même si parfois un spontanéisme  initie l'œuvre. Elle est néanmoins reprise, érodée, "usée" jusqu'à ce que l'artiste parvienne à atteindre une vision intérieure du monde qu'il reprend "à sa main". Son travail reste le moyen de partir du monde afin de fonder un langage obstiné dont les formes touchent aux questions esthétiques et existentielles qui se posent à l’artiste comme au regardeur afin de les déplier hors du temps (même si elles se nourrissent de lui).

 

 

 

fontannaz atelier.jpgFontannaz atteint une sublimation dans une époque où souvent ne se conjuguent que le mou et le rien. Afin de faire surgir les ombres blotties dans l’homme et permettre l'apparition d'un sens noyé dans le silence l'œuvre passe par redéploiements et reprises. L’énigme du monde, des choses et de l’être émerge en cet effort qui la rend encore plus riche à travers les couleurs et les lignes. Une telle peinture  par effet retour se rapproche du réel d'où elle est sortie. Mais désormais une autre vie  l'innerve. Le chaos organisé et sa torsion deviennent une chose mentale faite de fissures et de failles. Néanmoins l'artiste reste le combinateur de constellations obstinées. Son œuvre ressemble au vaisseau Argo qui ne comportait aucune création mais rien que des combinaisons. Accolée à une fonction immobile, chaque pièce était infiniment renouvelée, sans que l’ensemble ne cesse d’être le vaisseau. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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26/06/2014

Michael Rampa et l’aquarelle

 

 

 

Rampa Bon.jpgMichael Rampa, « Dregs Blossom», Galerie Christopher Gerber, Lausanne, du 26 juin au 27 juillet 2014.

 

 

 

Michael Rampa est un magicien de l’aquarelle. L’invention mystérieuse (accentuée par le titre ambigu de l’exposition) en jaillit non par éclatement mais en discrétion et effacement. L’immobilité des modèles (parfois décentrés), l’amplification discrète de quelques détails évitent les crues intempestives et par trop réalistes. Tout demeure calme au sein d’une sérénité physique et poétique. L’artiste ne se préoccupe pas d’être « actuel ». Il propose par effacement un lambeau de merveilleux érotique arraché à la robe de la réalité (c’est peut-être d’ailleurs ainsi qu’il faut comprendre le titre de cette « fleur de lie»). A mi chemin entre le réveil et le crépuscule l’aquarelle suscite une présence volontairement indécise. D’autant que les modèles de l’artiste en leurs grâces lascives ne sont pas sans faire penser à un Balthus devenu encore plus allusif.

 

 

 

1970545_1408928312701973_955193693_n.jpgFace aux incarnations charnues et les matières trop lourdes et claquantes Rampa émeut par les diaphanéités de sa technique. L’intelligence de la construction est au service de l’émotion. Elle trouve sa puissance par effet d’éther. Tout se joue entre chair et esprit dans une approche où l’importance du « toucher » du pinceau sur des trames graphiques crée une impression épidermique. La sensualité semble sinon s’abolir du moins se retenir aux aurores amoureuses d’îles bienheureuses où le regardeur se passe de carte, de boussole ou de GPS s’il est tant soit peu de son époque. Rampa tourne le dos à cette dernière. Il opte pour le point du jour de l’imaginaire et du rêve. L’aquarelle renforce son don d’explorateur poétique. Un jet de souvenir tombe, fait un creux puis remonte sous forme d’aigrette discrète. Une femme apparaît. Elle  soumet le regardeur à une étrange initiation pour le sortir  de son simple état de voyeur.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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Barbara Cardinal : lapin levé garde ses oreilles

 

 

 

CARDINAL 2.jpgBarbara Cardinal, "Until The Wild Feeling Leave" expo solo, Galerie d'art contemporain Christopher Gerber, Lausanne.

 

Barbara Cardinal cultive un art électrique à base de courts jus (à l'orange à mère). Cela a un nom : c'est l'existence. Chaque image  couvre la pensée de gerçures. Parfois ses personnages féminins laissent leur liquette au clou et exhibent leurs seins : avis aux mateurs que médusent ces mets d'us et coutume. Vagin vagine, voisin voisine. Bleu Giotto sur les jambons mal cuits. Gobant le vide, broutant de broc le bric; dans la trop brusque prospérité du vice l’artiste fit le vide 

 

CARDINAL.pngLoin des affairistes qui vulgarisent l’art Barbara Cardinal reste une originale : elle se moque des emballages et des ivresses de l’ego. Elle sait que le secret est indicible : il ne se définit pas et reste  inappropriable, incompréhensible, mais émerge dans l'œuvre en face émergée d'un iceberg selon des dissemblances déraisonnables et des révélations sans vraisemblance. Là où l'"à-part" prend place la pensée ne peut se dire : elle se dessine. On dira que c'est de la peinture qu'une poule contre un mur a picoré. Restent des trous, des loques à la Pollock. L'art en exil  nage comme huile dans la rage. Il est d'une certaine manière sadique puisqu'il ne provoque que du passage. Dessous il y a la bête. La sainte dessus chante dans le supplice de ce qu'on appelle l'humain. Elle est la mère armée dont la poésie visuelle accorde une profondeur océane aux abysses humains et animaux.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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