gruyeresuisse

26/12/2013

Gérard Pétrémand : Paradis et autres lieux tout autant douteux

 

Petremand livre.jpgGérard Pétremand,  Textes de Serge Bismuth, Edition Infolio, 1124 Gollion.

 

 

 

Le travail photographique de Gérard Pétremand relève du plus concret exercice d'un métier au sens où Boileau l'entendait.  L'image, au sein même de son effet de réalisme, ne figure plus car souvent elle « dérape ». Tout parle en un imaginaire paradoxal. Le paysage se métamorphose en trouées parfois strictes et parfois colorées. Livré à l'espace de l'anonymat du monde l’artiste se l’approprie pour en proposer des paradis paradoxaux. Parfois expressionnistes parfois impressionnistes (jusqu’à une forme d’abstraction plastique) les prises sont là pour décliner divers types de féeries de formes et de couleurs.

 

Face au vide des lieux demeure une outrance. Chaque création est un petit bout d’espace arraché au néant en serrant le réel au plus près. Les tranquilles discursivités plastiques et narratives sont disloquées.  Restent les suites de dissemblances dans l'espoir d'établir une équation vitale. Quelque chose se retire, se déplace par enlacement ou dessaisissement. D'où le versant étrange de l'imaginaire où se joue, pour reprendre une définition de Blanchot: "L'éloignement au coeur de la chose". D'où - aussi – la sensation d'approche (impossible), de parages (sans passages).  S’y touche une vérité humaine et inhumaine à la fois.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/12/2013

Femme et moteur, joie et douleur : Jean Fontaine

 

Jean-Fontaine Bon.jpgExpositions en cours : Musée Ariana, Genève jusqu’au 16 février 2014, Galerie Humus, Lausanne, jusqu’au 15 février 2014.

 

 

 

Plus que quiconque Jean Fontaine sait que seule l'invention poétique permet de prévenir la destruction imminente. C'est pourquoi même lorsqu'il construit ses monstres mi-êtres, mi moteurs par l’entremise de diverses matières il poursuit une visée rédemptrice. Formellement accomplies ses œuvres hissent dans un univers supérieur à celui de la science-fiction telle qu’elle se décline communément. L’ustensile consumériste (le moteur) ne lui a pas échappé mais seule la poésie est en acte dans une statuaire du corps à corps où l'éloquence visuelle, le velouté des surfaces, le mouvement et les directions des formes, le jeu des vides invisibles, la vulnérabilité paradoxale dominent. Les matériaux âpres et durs agencés pour un effet de souplesse et de légèreté démentent leurs composantes.

 

L'aventure est spectaculaire d’autant que le recours à l'acier n'est pas là non plus pour offrir une version post pop du fétichisme de l'objet. L'artiste recherche une économie symbolique des signes de notre époque en les réduisant à l'état ludique  mais où perce  quelque chose de sérieux voire de tragique. Ses hybrides sont  en effet axés sur le vivants bien que liés  aux dures contingences des matières. Néanmoins cette fidélité au matériau est éloignée de la simple compréhension formelle du principe moderniste de la vérité des matériaux. Elle se rapproche davantage des bases du travail d’un Tony Smith mais là où l’américain cultive le minimalisme abstrait Fontaine se rapproche d’une forme de « surréalité ».

 

Chaque « objet » devient un vestige et un état naissant ou, pour reprendre une expression de Giuseppe Penonne, « un point de vie et un point de mort ». L'artiste donne une dimension à la fois heuristique et technique à une recherche productrice d'une connaissance à la fois intime et inconnue. La sculpture reste le champ de fouille à la fois du temps d’où est surgi l'objet manufacturé base pour la sculpture et de celui du créateur dont l’imaginaire anticipe le futur.  Jean Fontaine crée donc des fables pénétrantes, perturbantes, des icônes primitives du futur. Demeure un presque déjà vu mais aussi et surtout un pas encore advenu qui à coup sûr ne peut qu’interroger voire inquiéter.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:17 Publié dans Fiction, Images | Lien permanent | Commentaires (1)

22/12/2013

Les mises en scène du vide d’Alexia Walther

 

Walther 1.jpg

 

 

Par ses scénographies la photographe Alexia Walther ne cherche pas à rassembler un monde mais à le défaire.  Surgit une discontinuité douloureuse et pleine d’ennui loin de toute consolation possible.  L’image n’engendre plus d’ivresse : elle ne fait que souligner de manière rituelle une souffrance qui ne se reconnaît plus pour telle mais emplit l'espace de sa sourde mélopée par une poétique particulière. Y demeure une force sourde. Celle-ci impose un tempo uniforme, décompose l'être par l'assaut réitéré de lambeaux physiques (corps avachis ou plus simplement décadrés)  dont toute âme semble avoir disparu. Les scènes (sauf dans des cas limites) ne sont pas vides mais les personnages en deviennent des acteurs absents. Le vain déploiement des actes ne peut que suggérer le vide sur lequel vaque une sorte de silence absolu même si on imagine là un son de flute, là un slow sorti d’un matériel audio.

 

 

 


L’artiste devient la naufrageuse de nos actes rituels ou quotidiens. L’art ne cherche plus la vie et devient indifférent à toutes les variations qui peuvent s'y présenter.  On peut soudain regarder la réalité du monde et ses phénomènes d'une part et l’art de l’autre.  De ce dernier émerge la capacité d'exclusion de toute phénoménalité en un travail de dépouillement. La Genevoise refuse le piège "descriptif" comme elle refuse de faire vibrer l'écume d'un simple désordre émotif des mouvements du quotidien. Loin des effets de nostalgie de prétendues d’heures exquises qui grisent, l’oeuvre en ses structures est comme projetée contre le silence dans une sous-tension essentielle.  Elle amplifie un acte de résistance qui  possède la  force de décréer le réel de tous les jours  pour en faire - d'abord -  une musique du rien.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08:09 Publié dans Genève, Images | Lien permanent | Commentaires (0)