gruyeresuisse

05/01/2014

Les dessins d’Olivier Estoppey : solipsisme du monde

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Lithographies d’Olivier Estoppey : Atelier Reynald Métraux, Lausanne

 

 

 

Dans l’œuvre protéiforme d’Olivier Estoppey le dessin garde une spécificité particulière. L’ellipse répond par son économie à ce qui dans ses autres approches prolifère.  Le langage plastique est imparable : il devient le sujet même du dessin, ses brisures d’espaces, son discours figural ou abstrait. L’autorité du trait quoiqu’en équilibre instable s’impose par son effacement et son minimalisme. Dans la « convexité » spatiale le graphite crée des instances grammaticales et rhétoriques en rétractation. Elles sont tout autant des ouvertures. Le geste de création diffracte, déstabilise, fragmente le réel afin d’ébranler jusqu’à la fixité de sa représentation. L’image absorbe le papier et le papier l’enveloppe tout autant.

 

Restent au centre de la feuille une hantise, une diaphanéité. Elles transforment la maison du monde selon une couture commune avec les dessins de Giacometti.  Comme lui Estoppey ne retient que le bâti des formes fondamentales, vierges, vivaces.  Le trait souffle des lignes, engage des traversés du proche au lointain, de l’habitat à l’habité. Le dessin dans sa simplicité inscrit une géographie précaire et ailée. En lieu et place des  volatiles dodus courant sur leurs pattes dans certaines ses sculptures de l’artiste : seul le trait devient la « pierre d'appel » primitive et sourde. Le dessin semble disparaître dans  la lumière du jour en ses délocalisations du réel. Le monde se vaporise mais n’est en rien une écume atmosphérique. Dans la blancheur du support le graphisme le plus ramassé devient éblouissant par ses effluves pénétrants. Parfois ils rendent visibles les structures sous-jacentes, parfois celles-ci demeurent presque invisibles comme si elles surgissaient de dessous la peau d'un lait immaculé.


Jean-Paul Gavard Perret

 

 

 

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03/01/2014

Plaidoyer pour une photographie vivante

écal.jpg« ECAL Photography » sous la direction d’Alexis Georgacopoulos, Nathalie Herschdorfer et Milo Keller, ECAL Lausanne, Hatje Cantze, Ostfinldern,  296 pages, 50 Euros

 


Du 15 novembre au 15 décembre 2013 l’Ecole cantonale d’art de Lausanne a présenté à Paris  l’exposition « ECAL Photography » dans la galerie Azzedine Alaïa. Cette exposition se double d’un  livre magnifique construit sur un choix de tirages dû à la commissaire d’exposition Nathalie Herschdorfer spécialiste de la photographie émergente, ainsi qu’à Milo Keller et Alexis Georgacopoulos directeurs de l'ECAL. L’école est devenue un des meilleurs centres de formation au monde. Beaucoup de futurs plasticiens, graphistes, designers industriels, typographes, cinéastes, designers d’interaction y fourbissent leur savoir et leur technique. Les photographes ne sont pas oubliés comme le prouve cette publication. Elle souligne combien la nouvelle photographie qui se dégage d’ascendances américaines pour explorer des territoires plus ambitieux ouverts par des  Marten Lange, Lydia Goldblatt, Massimo Bartolini et autre Aleix Plademut. Les jeunes artistes réunis ici proposent leur propre indignité nécessaire face à ce qu’il est coutume de voir. Ce qui n ne les empêche pas de d’aimer et de faire aimer leur art dont ils connaissent grâce à l’ECAL le nécessaire background. Portraits, paysages, vanités trouvent des scénographies inédites. Chaque jeune artiste s’abandonne à son « vice » avec orgueil et fièvre afin de s’accaparer  des êtres et les choses pour proposer aux yeux rouillés d’autres visions entre humour, méchanceté ou tendresse. Parfois le cliché ressemble à un nuage hasardeux qui traverse les cieux, plus loin il fait tomber une pluie rageuse et brève. Puis reviennent les histoires  qui  tiennent lieu de vérité comme de leurre, de rêverie ou portraits inversées Le regardeur trouve toujours un fétiche (ou le propre fétiche de ce dernier) où se raccrocher : miel du temps sur un mur blanc ou dans les remous bleus d’une piscine, coffre clair, lutrin de fesses, armoire secrète, femme en extase ambigüe, etc..  Sont donc proposées des sources qui glacent la bouche ou brûlent l’estomac. C’est ainsi qu’on se rapproche du monde et de son absence d’horizon pour le dégager tant que faire se peut.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

02/01/2014

Les eaux troublantes de Florence Henri ou le masque de la nudité

 

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Dans l’apparente droite ligne des photographes surréaliste Man Ray en tête, la suissesse Florence Henri reste une oubliée. Son art  chic et choc du nu  et ses effets de réel en rupture par le truchement de narrations aporiques gardent un maniérisme fascinant. L’artiste y bouscula son époque. C’est pourquoi les USA où elle vécut longtemps la boudèrent. L’atmosphère plus « girl power » que « girly » de ses prises ne correspondait pas à l’atmosphère de l’entre deux guerres saisit par une énième bouffée moralisatrice. Qu’une femme elle-même se permette de telles incartades fut encore plus intolérable.

 

 

 

L’approche de Florence Henri reste spécifique. Son esthétique est la métaphore même du féminin. Par de subtils décalages la créatrice montre combien l’adhésion des photographes masculins à leur modèle était un piège à filles et au regard. A l’inverse dans ses prises un classicisme particulier fait partir en cacahuète le « style » surréalisme dont l’artiste  illustre certes les plaisirs mais surtout la vacuité des jeux. Face aux corps ready-made et aux radis maigres que les surréalistes proposèrent elle renvoie les voyeurs  à leur anorexie mentale. Les seins et leurs anges drapés de leur seule nudité déroulent le fil de narrations où l’intime avance néanmoins masqué. Preuve que la nudité couvre autant qu’elle montre. Elle n’opère pas à cœur ouvert. Les fables et femmes diffractées  consument la nuit en des mains électriques. Aucune d’elles ne poursuit l’absolu : car lorsqu’on court après il galope.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:06 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)