gruyeresuisse

05/07/2014

Shirana Shahbazi : barocco metrico

 

 

shahbazi portrait.jpgD’une poignée de fruits, d’un crâne et d’un tremblement qui à peine secoue un rideau noir Shirana Shahbazi transforme la vanité et  la nature morte en une maison aussi grande qu’un corps de femme. Par ses toiles figuratives tout frémit sans cause vraie et égare. A l’inverse par effet de frontons et de surface dans les œuvres au géométrisme abstrait l’artiste irano-suisse, renouant avec une avant-garde zurichoise, impose à la fois une distance (par l’abstraction) mais aussi une proximité par la force des couleurs. Humble dans les natures-mortes elle devient ferme ici, en des pas de côté pour feindre une danse ou parer un coup de grâce.

 

shahbazi.pngLa double postulation la peinture accroche la lumière selon diverses modalités : celle d’une bougie fiévreuse d’un côté un soleil de l’autre. Les deux créent une intensité où l’histoire de l’art est revisitée  avant de s’en remettre à de nouvelles clartés qui ne cherchent pas à battre l’estrade. Par ce corps dual la créatrice « montre » le sien. Beauté d’amour ou amour de la beauté ? S’accorder à l’un fait le jeu de l’autre. Cette complicité éblouissante change le morbide en théâtre troublant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Francis Baudevin architecte de la couleur

 

 

 

Baudevin.jpgL’art conceptuel et abstrait de Francis Baudevin reste un lieu idéal pour creuser par éclats le silence du monde et tenter de lui faire « avouer » des secret intimes. La géométrie des formes  ne cesse de lutter contre toute viscosité. L’artiste refuse les effets de sédimentation et - de plus en plus - tout excès de théâtralité. L’émotion est là mais latente. A travers des formes et couleurs élémentaires elle sacrifie tout lien  avec un quelconque modèle, thème ou narration afin de dégager une force singulière créatrice d’une énergie qui échappe à la fatigue comme à l’appris.

 

 

Soumis à des disproportions comme à des proportions, à une force d’éclosion des couleurs ( que les volumes cernent avec sobriété) le regardeur semble échapper au réel mais de fait y reste confronté. Un effet de bascule se produit à travers l’épure et en fonction de « séries » aux teintes crues afin  d’explorer plus à fond les propriétés spatiales de la  peinture que les volumes engloutissent.  Ils semblent des éléments d’un « work in progress » modulable de reprises en reprises dans lequel le « mur » vierge garde un rôle prépondérant et fait fonction d’isolant pas rapport à tout effet de diégèse.

 

Baudevin 2.jpg

 

Le géométrisme y prend une importance capitale et précises pour suggérer divers états plus que de sentiments. Le travail de Baudevin ne se veut pas à connotation psychologisante, littéraire voire même conceptuelle même si l’œuvre jouxte cette dernière. Néanmoins le peintre aime se laisser surprendre par son instinct et le geste qui en découle. Il est vrai que ce geste  est « armé »» de tout ce que le créateur  porte en lui de connaissance technique, historique. En ce sens il est le digne successeur de l’école de Zurich dont il porte le registre plastique plus loin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:07 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

03/07/2014

Sophie Alfonso à contre-oubli

 

 

 

Alphonso.jpgSophie Alfonso : TMProject, Genève.

 

 

 

Si dans les collages de Sophie Alfonso la nuit palpite parfois d’étincelles, les dieux et les hommes sont voilés comme des tambours. Ce sont des lépreux qui trainent armes et crécelles dans un théâtre où persiste malgré tout la tendresse là où  un visage d’enfant songe. Sans son silence où tout mot deviendrait bulle et la douleur se fait nulle. L’artiste fait croitre qu’un tel ange est irremplaçable même si dans d’autres images l’histoire des hommes est vue par des yeux plus désespérés. Des obus chargés à dos d’hommes portent la mort telle une maîtresse brune qui repousse tout amour. Néanmoins dans une telle œuvre rien n’est forclos. Le dessin par sa technique et sa facture casse les effets  de l’horreur, il évite que nous butions sur le paraître et fait refuser les Maîtres vus parfois dans la puissance d’une contre-plongée.

Alfonso 3.jpg

 

La jeune créatrice ouvre le réel, le pousse dans une immensité céleste. Reste   l’étrange qui arrache le quotidien de sa nasse. Contre le jeu sans pitié des hommes l’œuvre  impose à tous les médusés de diableries une poésie  d’émoi. Une comète enfonce Jupiter sur un fond de bleu, des rêveries apparaissent : une fillette éblouissamment belle n’a pas besoin de prendre des poses. Son simple regard suffit. Elle crée un salutaire malaise face aux malentendus et aux mensonges des Ubu et de ceux qu’ils abusent. Tout reste néanmoins ambivalent en une telle œuvre. Elle échappe donc aux niaiseries. Rêvant Lorca, reniflant les Alphonso 2.jpgorages sa créatrice redresse la torsion des tripes. Une lune arbore sa blondeur ; tout ce qui surgit à sa lumière dérange. Mais il ne convient plus de laisser à la noirceur son emprise : soudain Eros devient simple autant que clair le jour.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret