gruyeresuisse

16/05/2014

Par delà les apparences : Swiss Press Photo 2014

 

Press Bon.jpgSwiss Press Photo 14, Allemand / français / anglais / italien, 128 pages

 

220 images en couleur, 20 E., Benteli, Zurich.

 

 

 

 

 

Chaque année, le prix de la meilleure photo de presse suisse est décerné dans six catégories (Actualité, Vie Quotidienne, Portrait, Étranger et Reportages Suisses). Ce volume rassemble les photos des lauréats et lauréates 2014 ainsi qu'un certain nombre d'autres images hors du commun. S’y découvrent bien des failles dans les apparences. Preuve que la photographie suisse est des plus vivantes. Par leurs captures de personnages connus ou anonymes, de paysages ou de situations souvent sortent de leurs gonds. Les prétendus « clichés » deviennent des reliques très particulières. Par delà le concept de référence propre à un tel genre la photographie de presse  laisse la possibilité d’imaginer des secrets en impactant les situations données d’une force parfois poétique. Servants zélés du réel  les photographes helvétiques  dressent des défis en provoquant une étrange fascination du quotidien. Leurs « opérations » (entendons ouvertures) sont propres à faire découvrir des lignes de force jusque dans des arrière-plans a priori non signifiants.  Et si nous retrouvons dans un univers que nous connaissons bien reste une énigme profonde où se joue le jeu de notre appartenance au réel donc de notre identité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:47 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Serge Cantero et la beauté des laideurs

 

 

 

Cantero 1.pngDe Lausanne Serge Cantero soigne les enflures et les enflées par le mal et accentue les bouches en cul de poule. La lippe même ornée de Rouge Chanel n’y pourra rien sinon souligner les grimaces de visages qui poussent plus au baise main qu’à l’agglomérat des lèvres. C’est dire combien de tels dessins et peintures ignorent le cosmétique  et les salamalecs. L’artiste cultive l’incontinence peu complimenteuse et ne cherche pas à se faire passer pour un paradisier bon apôtre. Avec lui les mouettes du Léman sont moins des oiseaux de paix que des lâcheuses de généreux guanos. Un tel pinson peut en pincer pour les femmes mais pas question pour lui d’en célébrer les grâces. Ses ferveurs ne vont pas jusque là. Mais les mâles ne sont pas mieux servis. Ils ressemblent dans leur graisse moins à des Cole Porter que des colporteurs de bavettes, des contrefacteurs de trémolos.

 

Cantero 2.pngGrâce à lui la faune humaine fait son cinéma non  à Hollywood mais dans un univers sale. Preuve que l’hurluberlu est peu sensible aux affres épiques et mondaines. Il n’est pas de ceux qui vont au Moevenpick manger un petit cake à l’orange ou aux raisins. A de telles mastications il préfèrera toujours les ruminations intempestives. Elles prouvent que  ce ne sont plus les magmas du cœur qui nous habitent mais du mou pour les chats. Comme eux l’artiste a du flair. Ses dessins rappellent qu’il existe un jugement sans concession mais plein d’humour sur le peu que nous sommes et sur qui nous devenons. Aux odeurs de saintetés font place des parfums plus délétères et terre à terre. Pour autant, en voyant des Castafiore devenues veuves en troisièmes noces de capitaines ad hoc, nous n’en restons que fort peu marris.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

De Serge Cantero : "Huiles" et "La paravent", Humus, Lausanne.

 

09:40 Publié dans Humour, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

15/05/2014

Accrocs de Lorenzo Bernet

 

 

 

Bernet Bon.jpgLorenzo Bernet aime  les déconstructions. Il se plaît à brouiller les pistes et les repères.  Chaque élément du réel est profané entre chaos et sérénité en une  harmonie  recomposée. Les apparences se dissolvent. Reste le vertige d’ultimes réverbérations en un équilibre précaire jusqu’au triomphe d’un enfantement où la raison et la vision ne serpentent plus comme dans une maison bien close et rassurante. Chaque œuvre  préfère à la narration une scène éclatée :  le regard passe à travers un écran transparent et se transforme en « écran total » comme on dit en cosmétologie. L’artiste met donc à distance le regardeur entre détours et détails déconstruits. Le réel se démultiplie, ricoche en visions kaléidoscopiques froidement drôles et dégingandées.

 

 

 

Bernet 3.jpgLe regardeur sort de sa passivité et de son statut au moyen de hors-scènes,  d’apartés. L’image devient champ de fouille contre une célébration superficielle de l'apparence. La mémoire elle-même se retrouve en éclat par les dénuements où l’artiste insinue un délectable cyanure. Les objets dégringolent, coulent, s’éloignent. Le voyeur est exposé aux morsures de remodelages et de casses. La représentation n’est plus un miroir. La prise déchire tous les nœuds des fantasmes d'objectivité. L’attendu est décalé loin des folies de la triste opulence matérielle.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Œuvres visibles à la Galerie Hard-Hat, Genève. Expos "Squeeze" à la galerie avril-mai 2014.