gruyeresuisse

13/01/2014

Les dissections visuelles de Vera Ida Muller

 

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Dans les œuvres de Vera Ida Muller, d’une technique à l’autre l’élan de lumière  brise l’obscur en le piégeant de contours souvent bruts mais parfois « glissés ». La native de Saint-Gall travaille désormais à Berlin. Elle propose la débandade des horizons afin de montrer des confins où s’amorce la fragilité. Néanmoins une densité persiste là même où des ruptures créent des élancements complexes en particulier dans ses peintures. Dans le fond de l’image, au sein de ses effacements Vera Ida Muller place le regardeur  « entre deux chaises ». Comment tenir debout en de tels suspens et de tels glissements de niveaux et de surface. En 2 D comme en 3 D il n’y a plus de « plans » stables. Se perdent les repères là où l’ombre se veut extensible mais où la clarté la conteste. L’une et l’autre forment deux fleuves adjacents jusqu’à leur jonction.  D’une époque à l’autre les sillages changent en divers types de reculs et d’avancées. Par exemple la photographie caviardée saisit par le revers ce qu’on oublie de contempler. Il y a parfois un ciel sur un plancher  ou sur un lit. Cela s’appelle Eden et enclos. L’artiste y noue des entrelacs, crée des enchâssements. Ils font une fois de plus enfler l’ombre et ronfler la lumière. Dans ses dessins le fusain rejoint le frais des lisières.  Et par le scintillement de l’apparence minimale chaque oeuvre impose un recueillement : manière pour l’être de se confronter à son propre silence et de se poser la question essentielle de l’art : celle du point de vue.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

12/01/2014

Aline Fournier : fragrances incisives et ouatées

 

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Peu à peu la Valaisanne Aline Fournier construit son propre langage aussi bien par le portrait, le paysage ou la photographie commerciale. Dans le premier, portée par le regard d’une femme sur une autre la photographie, le portrait a priori "érotique" possède un côté plus délicat que transgressif. Le repli du fantasme permet des narrations sculpturales dans leurs lignes et  volumes. De  Martigny, l’artiste propose une vision où s’impose ce qu’elle nomme « une perte sensorielle » revendiquée comme telle au profit de scènes visuelles où la scénographie et la préparation prennent une part importante.  L’érotisme reste  innocent et simple. Il ne cultive pas l’ambiguïté. Une forme de tendresse bienveillante s’impose. Elle est synonyme ni de combat, ni d’insécurité. Le jeu entre la photographe et son modèle se crée en libre intelligence. Celle-ci permet l’appel de l’esprit à travers le corps et élimine un abandon de surface et joué.  Le portrait de nu accède donc à une autre valeur que la simple exhibition. Et même lorsque l’artiste propose des prises aux lignes qui surprennent elles transcendent toujours  la simple mécanique gymnique. Un secret demeure caché là où pourtant Aline Fournier invente une réelle communication entre le modèle, le regardeur et elle-même sans la moindre provocation douteuse. Si ce n’est celui d’une dérive plus douce qu’appuyée, caressante qu’impétueuse.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

11/01/2014

L’érotisme ludique du studio Ed-66

 

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Le regard sur le dessous implique un regard sur le jeu. L’oublier serait l’erreur suprême que le Studio genevois  Ed-66 refuse. L’humain dans la plénitude de sa chair n’est plus relégué à l’état d’animal. Le corps érotique n’est en rien paré comme une viande de boucherie et il échappe autant à tout opprobre moraliste. Demeurent des éblouis d’ivresses que généralement la pesanteur interdit. Contrairement à ce que pensait Baudelaire la volupté unique et suprême ne réside plus « dans la certitude de faire le mal ». Pour autant le studio  refuse de sacrifier à une vision romantique et spirituelle. Surgit à l’inverse une légèreté et une drôlerie.  Le sexe s’impose dégagé de sa honte. La photographie libère de la violence de la servitude, de l’assujettissement aux calculs. L’être peut enfin accepter des accords considérés comme inavouables. Il embrasse avec plaisir une forme de défaillance face à la raison. Ce jeu est donc nécessaire. Certains croient monter alors les marches d’un échafaud. Mais ils ne font que détruire ce qu’une forme de piété mal placée stigmatise de toute sa hauteur. Avec le Studio Ed-66  l’érotisme sauve le supplicié. Il joue et se rit de la raison là où se caresse et de dilue toute une mystique du « péché de chair ».

 

 

 

Jrean-Paul Gavard-Perret