gruyeresuisse

16/06/2015

Les étoiles filées d’Yves Juillerat

 

 

 

Juillerat.jpgYves Juillerat, Exposition. Du 20 juin au 27 septembre, Musée Jurassien des Arts de Moutier.

 

Avec Yves Juillerat l’érotisme classique se rompt, vole en éclat. Sans pour autant tomber dans l'idéalisme. Le monde est là : les femmes s’y répandent parfois dans un contexte paysager urbain (« femme au mobile » 2013 par exemple). Il ne s'agit donc pas de substituer à la réalité de l' « idée » en vue d’un quelconque apaisement platonicien. Et si l'artiste assume  que l’idée transforme la réalité, celle-là n’est pas au service de l’idéalité mais d’une métamorphose des données physiques et des représentations.

 

juillerat 2.pngA Moutier le Zurichois poursuit un travail de sape contre l’imposture de productions qui clôturent le voyeur en une position d’attente et de rêverie. L’apparente « naïveté » de la représentation casse les vulgates du  pareil et du même en créant des« reprises » ironisées de maîtres tels que Balthus, Hopper, etc.. Effaçant par la présence sur le nu d’un soutien-gorge ou d’un maillot de bain, l’artiste cache  mais suggère tout autant ce qui est attendu et qui devient parfois traumatisant (le corps est « entravé »), parfois simplement drôle. Il s’agit  de franchir la frontière des fantasmes (ils enferment) en un espace poétique à la séduction particulière où la femme reste bétonnée en sa solitude. Celle-ci  tend à transformer en masque social l’identité. D’où l’importance de cette reprise en « mains » du « nu » féminin.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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15/06/2015

Fragments de cérémonies secrètes : John Wesley

 

 

 

 

Wesley 2.pngNé en 1928 l'artiste new-yorkais John Wesley peut être classé sous le registre du pop-art. Le sien arpente l'Eros  en conformité avec le mouvement : formes simples et couleurs primaires gardent toute leur importance. La femme s'y fait pieuvre : elle capte le poisson du mâle pour l'engloutir dans sa caverne selon une thématique qui n'est pas sans rappeler l’art nippon de l’estampe. Mais il est traité de manière plus radicale et minimaliste. Nul ne sait si dans de telles scènes il existe des vainqueurs ou des vaincus.

 

Wesley.pngRestent seulement les participants d'un rituel dont John Wesley souligne les ressacs de jouissance cérémoniale. Demeurent des fragments de mêlées reptiliennes et de plaisirs dont l'artiste efface toute psychologisation. Les personnages semblent affranchis de toute convenance là où l'artiste reprend des archétypes visuels "à sa main". L'empreinte d'un sacré n'est pas absent d'escapades qui semblent intemporelles mais dont les syntaxes ne possèdent rien d'évanescentes au moment où les corps s'unissent en pénétrantes asymptotes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

John Wesley, Œuvres sur papier, Galerie Marc Jancou, Zurich.

 

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13/06/2015

Barbara Cardinale et Sylvie Mermoud sur orbite

 

 

 

Mermoud bon.jpgBarbara Cardinale & Sylvie Mermoud, « Capsule périphérique », art&fiction, Lausanne,8 planches de tailles variables
sous emboîtage, CHF 135 / € 135

 

 

Capsule périphérique est constituée de huit planches de formats variables présentant des dessins (encre et transfert) de Barbara Cardinale et Sylvie Mermoud. Tout a commencé par une histoire de boîtes aux lettres : les deux artistes s’y passaient les dessins à compléter selon un jeu à quatre mains à la recherche d’images rémanentes et obsessionnelles qui rappellent de manière métaphorique la robe de la mélancolie de Dürer, ses plis dans les jeux de dévoilement. Les artistes entre complexité et légèreté  fondent une traversée. Arrimées à leurs propres ombres et ses lumières elles renversent le jeu classique de la représentation et de la construction. Discrètes elles pénètrent l’intime moins par effet d’évidence que de voile et d’aporie. Elles instaurent une communion à la fois lyrique et austère.

 

La canicule des émotions demeure calfeutrée au sein de nimbes et par la retenue de « narrations » ironiques.  La lumière semble parfois quitter la nuit et « sortir d’un cauchemar avec l’envie que la journée à venir soit belle » (S. Mermoud). Pour ce faire, les deux plasticiennes entrainent dans un monde chargé d’émotions qui matérialisent un processus de vie.  Du bord du Léman surgit donc une œuvre duale qui est tout sauf superficielle et qui n’a rien d’un passe-temps. Y transparaît une envie de se battre avec persévérance tout en laissant place à la disponibilité du regardeur. Le partage est donc le maître mot d’une œuvre où le désir de faire est bien supérieur à celui de se distinguer à coups d’« effets ».

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret