gruyeresuisse

26/01/2014

Philippe Halsman du people au délire lyrique

 

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Philippe Halsman, « Etonnez-moi ! », Musée de l'Elysée, Lausanne du 29 janvier au 11 mai 2014

 

Halsman a inventé une spatialité aérienne en résolvant différentes questions techniques pour créer un système de formes en mouvement et des assemblages de diverses variations. Dès lors le messager d'un monde  a priori « people »  Philippe Halsman n'a cessé de le déclore. Celui qui réalisa 101 couvertures du magazine Life reste le créateur d’icônes d’icône (Marylin Monroe entre autres). Par ce qui devint  la « jumpology » il fomenta des images mouvements. Elles séduisirent Salvador Dali avec lequel il travailla pendant plus de 30 ans. Le Musée de l’Elysée ne se contente pas de proposer pas une simple galerie des portraits de l’artiste. Faisant appel aux archives familiales inédites  l’exposition propose une vision d’ensemble de la carrière du photographe : de ses débuts à Paris dans les années 30 au succès de son studio new-yorkais jusqu’à la fin des années 70.

 

 

 

Le temps fixe de la photographie trouve une nouvelle dimension spatiale et prouve que si tout dans le monde ne fait que passer il est possible de retenir dans l’instant une solidité de figure. Chaque image devient une tabulation et une incarnation des signes les plus volatiles et éphémères en des surfaces qui parfois éliminent la dualité abstraction/figuration. L’espace photographique devenu cinétique s’introduit une théâtralité du signe afin d'en prolonger les échos en un récit poétique.  Lambeaux de sérénité, bouchées cosmiques, soupes d’électrons : les figures semblent se diviser et s’unir.  Une métamorphose a lieu dans la pléthore  répétitive faite d’harmonies et de rebondissements. Halsman propose un monde « oignon ». Le "peler" revient à laisser échapper une insurrection savamment contrôlée : le réel trouve sa liberté et prolonge l'élan des signes qui jusque là le cernaient.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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25/01/2014

Cyril Torrent et les femmes arcs-en-ciel

 

Torrent 1.jpgStudio Cyril Torrent, Genève.

 

 

 

Les mises en scène du corps féminin dans les photographies de Cyril Torrent sont l’aboutissement autant d’une pensée que d’un sentiment. Le créateur se confronte au nu en tant que langage de sublimation. Les effets de lumière sculptent le corps pour en saisir l’arc-en-ciel dont le sommet est toujours plus haut que l’orage. Jamais le créateur ne se laisse cerner par le pur effet de réel pas plus qu’il ne tombe dans des spéculations spécieuses ou de prétentieuses élucubrations où s’enchevêtreraient de laiteuses mystiques. Animé d’une extraordinaire liberté vis-à-vis du réel le corps nu est, certes, un moyen d’expression fécond mais il est là pour transcender le réel. Plutôt de provoquer la destruction de la femme en tant qu’idole évanescente il l’élève encore. A coup d’astuces plastiques il privilégie le corps sans d’autres buts que de le magnifier. Certains lui reproche un côté esthétisant, maniériste. Le photographe l’assume puisque le nu exposé n’empêche en rien un certain goût pour le mystère. A ce titre Cyril Torrent tient la femme pour le sujet poétique premier. Il crée des opérations visant  au merveilleux dans une fluidité et une légèreté qui révèle néanmoins une certaine solitude dans lequel le voyeur est remisé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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22/01/2014

Le romantisme particulier d’Alexandre Baumgartner

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Alexandre Baumgartner  sans tomber dans un art conceptuel dégage l’art du romantisme  par sa façon de substituer l’affectivité à l’intelligence afin de repousser les limites plastiques. Aux découvertes intuitives du peintre de Bâle se superposent des connaissances intellectuelles "hérissées" dans ses réalisations d’alternatives diverses. S’il reste romantique dans son désir angoissé de parvenir à accomplir  ce qu’il cherche il  reste néanmoins classique dans la sobriété de ses réalisations même lorsque « l’esprit » d’une telle recherche pourrait inspirer à beaucoup d’autres  un certain relâchement. Conscient du rôle primordial du travail Alexandre Baumgartner refuse toute emphase lyrique. Il  « l’abstrait » dans une poésie de la retenue. Quoique proche d’une mélancolie panthéiste façon Amiel, il substitue à l’émotion béante et au don d’observation le moyen d’aller au-delà de la surface des choses tant par la stylisation des formes que par le kaléidoscope des couleurs. Il existe dès lors un abîme inéluctable entre la banalité de la vie et la magie de l’art. En ce sens l’artiste est aussi romantique que son contraire : arrimé à la nature il en recherche le substrat en proposant des stimulations formelles et chromatiques extrêmes et essentielles. Ce que Baumgartner dégage du réel tout  en s’arrimant à lui permet de découvrir des « lois » essentielles. L’artiste reçoit le monde de manière impressive : l’intelligence vient après afin de traduire l’émotion intuitive au point que ce qui est donné devient intelligible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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