gruyeresuisse

23/05/2014

Not Vital : l’image la plus simple n’est pas la plus simple des images

 

 

 

 Not Vital.jpgNot Vital, “Heads” Galerie Thaddaeus Ropac, Paris, 22 mai- 24 juin 2014.

 

 

 

Depuis l’ouverture de son atelier en Chine Not Vital poursuit de manière de plus en plus radicale une de ses thématiques majeures : la représentation de têtes humaines au moyen de sculptures, dessins, peintures. A partir de 2009, prenant pour sujet ses propres assistants chinois, l’artiste a entamé une série de portraits sous forme de sculptures. Elles sont exposées en partie à Paris et représentent à ce jour ce que l’artiste a produit de plus beau - même si ce mot doit être (parait-il) honni de la critique. Leur force esthétique tient de la puissance de formes qui ferait passer Brancusi lui-même pour un baroque !

 

La monochromie des dessins dans leur exécution rapide et leur aspect flou sont métamorphosés dans la sculpture en surfaces lisses, parfaites, brillantes « minimalissimes » et qu’il faut scruter de près tant Not Vital les travaille avec une économie de détails. Les « Têtes » deviennent des modèles d’abstractions quasi pures. Elles imposent leur universalité. Le revêtement enrobe les reliefs convexes et concaves d’une même pellicule brillante créée par une haute technologie mise au point par l’artiste. Chaque pièce  se couvre de reflets en ouvrant un jeu d’éloignement et de proximité (la première domine), de chaleur et de froideur qui saisissent le spectateur. De telles œuvres sont autant des figures primitives que de science-fiction.

 

Vital.jpgNot Vital oblige l’image à revenir à un état premier qui impose une relecture des formes admises. Elle donne structure à une avant-forme ou si l’on préfère une forme affranchie dont le spectateur doit «dévisager » les contenus. Dans ce qui peut sembler  gouffre d’ombre, l’éclosion de miracles, l’ascension de merveilles ont lieu et affichent l’absolu de leur évidence.

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

Les paradis terrestres de Myriam Boccara

 

 

 

 Boccara oui.pngMyriam Boccara, « La tendresse des collines », Galerie LigneTreize, Carouge, 17 mai – 26 juin 2014.

 

 

 

A six ans Myriam Boccara rêvait de se marier au « nom » de la robe de dentelle qu’elle confectionnait pour une marionnette. Depuis ce temps fidèle à cette composition de figure l’artiste décompose le géométrisme fixe pour lui donner plus de légèreté. La surface plate du support devient  épaisseur diaphane et temps soulevé. Chaque œuvre ressemble à  un aquarium d’air, à un étirement dans l’espace là où se crée la débandade des horizons afin de montrer des confins. S’y s’amorce la fragilité d’une danse. Tout bascule, s’échappe, s’envole. Néanmoins chaque œuvre tient parfaitement en équilibre dans  les suspens et les glissements de niveaux.

 

 

 

Boccara 3.jpgMyriam Boccara parvient à ne rien figer par la forme « fixe » de la peinture et quel qu’en soit la technique. Le monde devient pénétrable, fertile, hospitalier. Mais surtout poétique. Le figuratif dans sa (relative) stylisation géométrique reste charnel en diable. Une volupté se déploie mais avec sobriété. Les couleurs avivent l’esprit dans une atmosphère qui ignore le déchet et la ruine. Le précipité du monde ne se fait plus par sédimentations poisseuses mais en divers types d’assomptions. Plutôt que de trancher, le dessin qui charpente les œuvres retire toute rugosité revêche. L’émotion délicate est là pour accorder nouvelle douceur du monde sans la moindre mièvrerie. La peinture permet donc de franchir le seuil où se brise l’obscur. L’Eden est à portée de mains en un moins du monde qui fait son intégralité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/05/2014

Eros Bacchus : sévices divins

 

 

 

 

 

bacchus 2.jpg «  éros Bacchus, l’amour et le vin », Château-Musée du Vin d'Aigle du 23 mai 2014 au 28 février 2015 et catalogue Editions Humus, Lausanne.

 

 

 


 

Toute une  sélection d’œuvres d’arts venues d’époques différentes, d’objets issus des arts populaires, de cartes postales, d’ex-libris et d’étiquettes de vin montre comment opèrent  de concert deux ivresses.  Certains artistes contemporains présents sont presque déplacés dans ce superbe concert : que vient y faire une Marie Morel ? Néanmoins il ne faut surtout pas bouder une telle fête. D’autant que le vin rend l’homme dit-on plus vigoureux. Ce qui est certain : il  n’affaiblit pas la femme. Du moins si l’on en croît les transports amoureux aux configurations nombreuses présentées ici. Eve et son breuvage y prennent  robe (provisoirement pour la première), cuisse et bouquet.

 

Bacchus.jpgLe masque d’éros devient l’orpailleur de cérémonies informelles destructrices de l’abstrait.  Il booste le désir vers ce qu’il est : indicible et essentiel. Sous l’effet de la dive bouteille celui-ci ignore ses limites et cultive des dissonances que certaines chansons bachiques réunies ici poussent vers le refus de la mort. Sauf bien évidemment de la petite…

 

Bacchus 3.jpgPar l’ivresse alcoolique monte un  ordo amoris dont le désordre programmé à dessein soustrait l’être à sa retenue. L’exposition et le livre tombent donc à pic pour opposer la voix qui chante l’amour aux discours moraux et aseptiques. Sur un lit blanc défait des cuisses en deviennent plus dorées surtout lorsque le désir se multiplie de bulles dorées.  Des Vénus qui ne devaient pas se croiser s’y abandonnent ne gardant sur elles que leurs bagues et des mots débraillés. Qu’importe si l’histoire de l’ivresse n’est que celle de moments volés. Ils ne durent que le temps de l’emprise et de l’étreinte où le rouge du vin  se mêle au rouge Chanel. Il faut donc en profiter et venir retrouver en « éros Bacchus » la douce piqûre de rappel aux plaisirs qu’on voudrait donner pour démodés au non du safe-sex et des sodas généralisés.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret